Quand le héros d'un documentaire tient lui-même le micro, il faut regarder avec un peu de recul. C'est le cas de TYSON, la série en quatre épisodes d'environ une heure mise en ligne d'un seul coup sur Netflix.
Elle est signée Floyd Russ, déjà derrière L'Envers du sport : Bagarre générale dans la NBA (Untold: Malice at the Palace). La série documentaire retrace depuis ce 13 octobre l'enfance violente du boxeur, son titre mondial remporté à 20 ans, ses addictions, sa fortune perdue, sa condamnation et le combat contre Evander Holyfield. Voilà pour le contenu. Reste à savoir si ce portrait dit toute la vérité, ou seulement celle que Mike Tyson accepte de raconter.
- TYSON est une série documentaire Netflix en quatre épisodes d'environ une heure, signée Floyd Russ, disponible depuis le 13 octobre.
- Elle retrace l'enfance à Brownsville, le titre mondial à 20 ans, les addictions, la fortune perdue, la condamnation et le combat contre Holyfield, avec des archives inédites et des témoignages de proches.
- Tyson menant largement le récit, les premiers avis lui reprochent de peu l'interroger sur sa condamnation pour viol et les accusations de violences conjugales, d'où un regard critique conseillé.
Ce que montre la série : de Brownsville au sommet
Le récit démarre à Brownsville, quartier dur de Brooklyn où Mike Tyson a grandi. L'enfance y est montrée sans fard, entre violence de rue et absence de repères. Puis vient l'ascension, fulgurante : champion du monde à 20 ans, présenté comme une force de la nature que personne ne pouvait arrêter. Le documentaire s'appuie sur des images d'archives inédites et sur des témoignages de proches, d'anciens adversaires, mais aussi de sa femme, Lakiha « Kiki » Spicer, et de son fils Miguel Tyson. Les addictions et la fortune dilapidée complètent le tableau d'une chute annoncée.
Le plus intéressant ici, c'est la façon dont la série fait comprendre le glissement du champion vers le personnage. Tyson n'est plus seulement un boxeur : il est devenu une figure de la culture populaire, entre mythe sportif, mèmes et caméos. La bande-annonce le résume avec sa formule, « addicted to chaos ». La série revient aussi sur son combat contre Jake Paul, premier événement de boxe en direct de Netflix, perdu aux points. La plateforme boucle ainsi la boucle avec sa propre histoire, ce qui n'est pas anodin.
Ce qui fait débat : un récit très contrôlé
Tyson parle longuement, et c'est là que le bât blesse. Les premiers avis reprochent à la série de ne pas le pousser assez dans ses retranchements sur sa condamnation pour viol et sur les accusations de violences conjugales. Un documentaire qui laisse son sujet mener la danse gagne en intimité : on entend un homme revenir sur ses failles, avec une voix et une présence rares. Il y perd en contradiction. Le procédé rappelle The Last Dance, où Michael Jordan pesait lourd sur le récit : l'émotion y était forte, la distance beaucoup moins.
Le combat contre Evander Holyfield, celui de la célèbre morsure d'oreille, illustre bien cette ambiguïté. C'est un moment que tout le monde connaît, mais qu'on peut raconter de bien des manières. Là encore, tout dépend de la place laissée à d'autres voix que celle du boxeur. La série ne ment pas pour autant : elle choisit un angle, celui d'un homme qui se regarde dans le miroir, en laissant peu de place à la contradiction.
Alors, toute la vérité ? Pas vraiment, mais une version sincère, utile et passionnante à condition de garder l'esprit critique. Et si le sujet vous accroche, Netflix proposera bientôt le spectacle solo de Mike Tyson, Return of the Mike, qui promet un autre ton.




