Je traversais chaque soir au même endroit, sans y penser. Puis l’horloge a reculé, et la nuit est tombée avant que je ne rentre chez moi.
« Je pensais qu’il m’avait vu » : pourquoi traverser au passage piéton vers 18 h après le changement d’heure n’a plus rien à voir avec le mois d’octobre

Entre 2020 et 2024, les accidents impliquant un piéton ont augmenté de 34,9 % à l'heure de pointe du soir, entre 17 h et 19 h, en novembre par rapport à octobre. C'est le constat de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), dans une étude publiée le 22 octobre 2025. Le passage piéton est le même, le carrefour aussi, et l'heure du retour n'a pas bougé : seule la lumière a changé.
Ce n'est pas octobre qui change la donne, c'est l'horloge.
Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, la France passe à l'heure d'hiver : à 3 h, il sera 2 h. Le changement tombe le dernier dimanche d'octobre, comme chaque année. Vous gagnez une heure de sommeil, certes. Mais la nuit tombe désormais une heure plus tôt sur le trajet du retour, celui des bureaux, des écoles et des courses de fin de journée.
- Les accidents de piétons entre 17 h et 19 h ont augmenté de 34,9 % en novembre par rapport à octobre.
- Le changement d'heure avance la nuit d'une heure sur le trajet du retour.
- Un gilet rétroréfléchissant renvoie la lumière des phares vers le conducteur.
Ce que le chiffre dit vraiment
Il faut le lire à la lettre. Les 34,9 % concernent l'heure de pointe du soir, et elle seule.
Sur l'ensemble du mois, les accidents corporels de piétons de novembre sont même inférieurs de 3,8 % à ceux d'octobre. Le matin, la baisse atteint 10,2 % entre 8 h et 10 h. Elle monte à 35,5 % entre 20 h et 22 h. Novembre est donc plus calme dans l'ensemble, et le créneau 17 h-19 h fait exception.
L'ONISR parle de sur-risque, et il pèse ses mots. Son raisonnement suppose une mobilité comparable entre octobre et novembre : autant de piétons, autant de voitures, les mêmes horaires. Dans ce cas, ce n'est pas la foule qui explique la hausse, c'est le risque de chaque traversée qui augmente.
Pourquoi le piéton se croit vu
Sur le trottoir, on voit arriver deux phares et l'on en déduit qu'on est vu. Le raisonnement paraît logique, il est pourtant bancal. Un conducteur qui approche d'un passage piéton à 18 h, ébloui par les phares d'en face ou occupé par la file devant lui, peut ne repérer un manteau sombre qu'au dernier moment. Les notes de l'ONISR le rappellent depuis des années : de nuit, les piétons sont moins visibles pour les autres usagers.
Un regard qui croise le vôtre ne prouve pas qu'on vous a repéré.
Le créneau 17 h-19 h concentre les sorties de bureau et d'école, deux flux qui se croisent sur les mêmes passages piétons. Jusqu'au 24 octobre, ce trajet se faisait avec davantage de lumière. Dès le 26, la clarté habituelle ne sera plus au rendez-vous.
Ce qui change pour l'automobiliste à 18 h
Rien dans votre voiture, même récente, ne remplace l'anticipation. Phares modernes, caméras et aides à la conduite facilitent la tâche, mais la première protection reste d'aborder un passage piéton à une allure qui permet de s'arrêter.
Les consignes de la Sécurité routière vont dans ce sens : ralentir, redoubler d'attention envers les usagers vulnérables et respecter la priorité aux piétons. Sa déléguée interministérielle a aussi conseillé de se tenir à au moins 1 mètre des trottoirs, ce qui laisse de la marge si quelqu'un descend sans prévenir. Les abords des écoles et des arrêts de bus méritent une vigilance particulière, car les silhouettes y surgissent entre deux véhicules. Un coup d'œil à vos feux et un pare-brise propre avant le premier trajet du soir ne coûtent presque rien.
Le premier vrai test arrive le lundi 26 octobre.
Côté piéton : se rendre visible plutôt que se croire vu
La Sécurité routière encourage les piétons, cyclistes et utilisateurs de trottinette à porter des vêtements clairs. Un gilet rétroréfléchissant renvoie la lumière des phares vers le conducteur, ce qu'un manteau sombre ne fait pas. Elle recommande aussi de se méfier des angles morts des bus et des poids lourds. Un piéton qui longe un autobus à l'arrêt peut rester invisible pour la voiture qui le dépasse.
Avant de vous engager, attendez de voir le véhicule ralentir nettement, au lieu de vous fier à un simple échange de regards. Une voiture qui décélère a, selon toute vraisemblance, repéré le piéton, alors qu'une voiture qui garde sa vitesse ne l'a peut-être pas fait. Traversez ensuite sans courir et sans regarder votre téléphone.
Un hiver entier à surveiller
Novembre, décembre et janvier concentrent 30 % des accidents mortels de piéton sur la période 2020-2024. En moyenne, 149 piétons sont tués chaque année de novembre à janvier. Ces trois mois ne représentent pourtant qu'un quart de l'année.
En élargissant à octobre-janvier sur 2015-2024, la part monte à 42 % de la mortalité annuelle des piétons. Quatre mois sur douze, soit un tiers du calendrier, pour plus de quatre décès sur dix. Octobre, que l'on croit encore clément, appartient donc déjà à la saison à risque. Le changement d'heure accentue ce trait à l'heure de pointe du soir, quand le trajet du retour bascule dans l'obscurité.
La tendance n'a rien d'une lubie récente. Une note de l'ONISR datée de 2018, portant sur 2013-2017, relevait déjà 52 % d'accidents corporels de piétons en plus lors de l'heure de pointe du soir en novembre.
Cette même note précisait que la baisse de 24 % observée entre 20 h et 22 h ne compensait qu'en partie la hausse de 17 h-19 h. Le schéma se retrouve sur 2020-2024, avec un mois entier en léger recul mais une heure de pointe en nette hausse. Avant le lundi 26 octobre, glissez un vêtement clair ou un gilet rétroréfléchissant dans le sac, et gardez 1 mètre de marge avec le trottoir au volant.
Sources : sudradio.fr | acmfpermicomed.fr
