Je l’ai posée là un soir d’octobre, sans y penser, entre une bougie et un livre. Elle est restée sur la table basse plus longtemps que je ne l’aurais imaginé.
« Je pensais bien faire » : pourquoi poser une coupe de marrons d’Inde sur la table basse est une fausse bonne idée quand on a un chien

- Le marronnier d'Inde est classé parmi les végétaux toxiques par le CAPAE-Ouest.
- Les signes digestifs apparaissent dans les 6 heures suivant l'ingestion.
- Une coupe placée en hauteur reste hors de portée du chien.
La coupe de marrons, ce piège de saison
Une coupe de marrons d'Inde sur la table basse, c'est joli, et c'est un risque pour un chien. Le CAPAE-Ouest, centre antipoison animal et environnemental de l'Ouest, classe le marronnier parmi les végétaux toxiques. Ses feuilles, ses bourgeons et ses marrons peuvent tous provoquer une intoxication.
Certains chiens grignotent les marrons par jeu ou par gloutonnerie.
Le geste part pourtant d'un bon sentiment. On ramasse quelques fruits lors d'une balade d'octobre, on les range dans une coupe en bois, on admire le brun lustré qui réchauffe le salon. Le marronnier d'Inde (Aesculus hippocastaneum) est un arbre caduque : sa floraison survient en avril-mai et son fruit, le marron, arrive au mois d'octobre. La décoration entre donc dans la maison au moment précis où les marrons tombent, à hauteur de truffe.
Ce que renferme un marron
Le CAPAE-Ouest détaille le contenu de ces fruits : une saponine, l'esculine, aux propriétés anticoagulantes, des hétérosides et de l'acide oxalique. Les noms sont techniques, le message reste simple. Ces substances ne se limitent pas au marron, on les retrouve dans les feuilles et les bourgeons.
La dose toxique est mal connue, d'autant que la teneur en principes toxiques varie selon la saison. Impossible, donc, de décréter qu'un ou deux marrons croqués resteront sans conséquence.
Le chien n'a pas l'exclusivité du risque. Toutes les espèces animales sont sensibles, et les cas sont décrits chez les ruminants et le cheval comme chez le chien, plus rarement chez d'autres animaux de compagnie. Si un chat ou un lapin partage votre salon, la coupe n'a pas davantage sa place à portée de patte.
Six heures pour voir venir
Les signes cliniques apparaissent dans les 6 heures qui suivent l'ingestion. Ils sont d'ordre digestif : nausées, vomissements, diarrhée, douleur abdominale. Pour une ingestion modérée, la guérison survient en général en 24 h. Un chien barbouillé le soir peut donc paraître remis le lendemain, ce qui ne dispense pas de l'avoir surveillé de près dans l'intervalle.
Dans les cas les plus graves, la mort peut survenir par paralysie respiratoire.
Les formes sévères s'accompagnent de troubles nerveux : abattement, paralysie, convulsions. Le centre antipoison les rattache aux intoxications massives, c'est-à-dire à un chien qui a avalé beaucoup de marrons, pas à celui qui en a mâchonné un. Mais la frontière entre les deux dépend d'une dose que personne ne sait mesurer.
Si la coupe a été entamée
En cas d'ingestion importante, appelez sans attendre votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire. Le CAPAE-Ouest, qui a rédigé la fiche sur le marronnier, en fait partie.
Attendre les premiers vomissements pour décrocher le téléphone serait un mauvais calcul, puisque les signes peuvent mettre jusqu'à 6 heures à se manifester. Au bout du fil, le professionnel vous demandera sans doute ce que le chien a mangé, en quelle quantité approximative et depuis quand. Comptez les marrons restants dans la coupe : c'est l'indice le plus concret dont vous disposez.
La coupe n'est d'ailleurs pas la seule source possible. Les animaux s'intoxiquent en mangeant les marrons à l'automne, mais aussi les feuilles et les bourgeons de l'arbre. Un marronnier planté au fond du jardin, ou le long du chemin de promenade quotidien, demande donc un coup d'œil à chaque saison. Les branches coupées et rapportées à la maison relèvent de la même prudence que les fruits.
Marron d'Inde ou châtaigne : la confusion qui trompe
La confusion a la vie dure, parce que les deux fruits partagent la même couleur brune et le même éclat poli. Le marron d'Inde n'a pourtant aucun lien avec la châtaigne qu'on grille l'hiver. Cette dernière se mange, pas lui.
Le marron d'Inde n'est pas comestible.
Le réflexe à adopter tient en une question, posée avant de remplir la coupe : de quel arbre vient ce fruit ? Un marron ramassé sous un marronnier d'alignement ou de parc n'a rien à faire dans la maison d'un chien, qu'il soit entier ou grignoté. Au moindre doute sur l'identité du fruit, mieux vaut le laisser au pied de l'arbre.
Décorer l'automne sans risque
La première parade tient à la hauteur. Une coupe posée sur une étagère haute ou sur le dessus d'un meuble reste hors de portée d'un chien, y compris d'un bon sauteur. Jugez l'altitude sur les capacités du plus agile de la maison, pas sur sa taille apparente.
Côté alternatives, les pommes de pin et les courges font d'excellents substituts. Les premières offrent le même camaïeu de bruns et d'ocres, les secondes apportent des orange, des verts et des crèmes que le marron n'a jamais eus. Une coupe garnie de pommes de pin, flanquée de deux ou trois courges, donne à la table basse une allure d'automne sans aucun fruit de marronnier.
Si vous tenez à vos marrons, offrez-leur un emplacement où le chien n'accède jamais, comme une pièce dont la porte reste fermée. Pendant les promenades, surveillez l'animal au pied de l'arbre, puisque les marrons tombés au sol restent à sa portée.
Le marronnier ne menace pas que l'automne : sa floraison survient en avril-mai, et ses feuilles comme ses bourgeons figurent aussi parmi les parties pouvant intoxiquer. Un bouquet de branches coupé au printemps dans le jardin appelle donc la même vigilance qu'une coupe de marrons en octobre. Et si un doute s'installe un jour, la fiche du CAPAE-Ouest sur le marronnier reste consultable en ligne.
Sources : centre-antipoison-animal.com | ncbi.nlm.nih.gov | goodflair.com
