Ce soir, j’ai rallumé le chauffage et poussé les radiateurs, comme chaque automne. Pourtant, je n’ai jamais vraiment eu chaud. Puis j’ai découvert comment les Japonais font le calcul inverse, et ce qu’ils glissent sous leur table.
Les Japonais ne chauffent pas tout le salon en hiver, et ils ont pourtant moins froid que nous : leur secret se cache sous une table basse

Premier soir froid de l'automne : on rallume le chauffage et on pousse les radiateurs pour que tout le salon monte en température, du canapé au coin repas, alors qu'on ne quitte pas son fauteuil. Les Japonais font le calcul inverse. Dans beaucoup de maisons japonaises, seules certaines pièces sont chauffées, et le reste reste froid.
Chez eux, on chauffe les jambes, pas l'air.
L'outil de ce tour de main porte un nom, le kotatsu. C'est une table basse équipée d'une source de chaleur et recouverte d'une épaisse couette. Pendant la saison froide, on le décrit là-bas comme le cœur de la maison. Son principe tient en une phrase, et sa popularité en un hiver : une fois les jambes glissées dessous, on n'a plus très envie d'en sortir.
- Le kotatsu est une table basse dotée d'une source de chaleur, recouverte d'une couette épaisse.
- Il chauffe les jambes et le bas du corps au lieu de réchauffer tout l'air d'une pièce.
- Une bouillotte, une table basse et un plaid épais permettent de reproduire l'effet chez soi.
Une table basse, une couette, une source de chaleur
La structure est simple. Sous un plateau de bois est fixé un élément chauffant électrique, et le tout est recouvert d'une couette épaisse, le kotatsu-buton. Cette couverture retient l'air chaud et transforme l'espace sous la table en cocon pour les jambes.
On s'installe autour, assis sur des coussins, les jambes et les pieds glissés sous la couverture. Le haut du corps reste dans l'air de la pièce, le bas baigne dans la chaleur.
Autour de cette table, la famille regarde la télévision, discute, joue, travaille ou dîne. Une corbeille de mikan, ces agrumes typiques de l'hiver japonais, y trône presque toujours à côté du thé. Le kotatsu est à la fois chauffage, table et canapé, et devient le lieu de vie de la maison.
Chauffer le corps plutôt que la pièce
Le kotatsu concentre la chaleur là où le corps en a besoin, au lieu de réchauffer tout l'air d'un volume qu'on n'occupe qu'à moitié. Il consomme bien moins qu'un radiateur ou qu'un climatiseur.
Chez nous, on passe la soirée à un seul endroit, canapé ou fauteuil, mais on chauffe la pièce entière, recoins compris. Un radiateur qui souffle réchauffe aussi l'air près du plafond, que personne n'habite. Le kotatsu réduit le volume à chauffer à l'espace sous la table. Les jambes y gagnent une chaleur directe, sans attendre que tout le salon monte en température.
Cette logique doit aussi à l'architecture. Les maisons traditionnelles ont été pensées pour laisser circuler l'air en été plutôt que pour conserver la chaleur en hiver. De là vient en partie cette façon de vivre par zones, avec des coins chauffés et d'autres glacés.
Le plaisir vient aussi du contraste entre l'air frais de la pièce et le cocon chauffé.
Un usage qui tient bon
On pourrait y voir une relique. Or l'usage perdure aujourd'hui, chaque hiver, et sortir le kotatsu marque l'entrée dans la saison froide. La comptine Yuki, chantée depuis 1911, met en scène un chat blotti sous la table pendant que le chien court dans la neige.
Il existe plusieurs versions. L'oki-gotatsu, la plus classique, est simplement posé sur le sol, tandis que le hori-gotatsu se loge dans un creux du sol. Dans les deux cas, on s'assoit les jambes repliées ou allongées sous la table.
Le kotatsu n'est d'ailleurs pas seul dans cette logique. Les Japonais utilisent en général des équipements individuels, des tapis électriques aux climatiseurs réversibles en passant par les sièges de toilettes chauffants. Chaque appareil sert un usage précis plutôt qu'un volume entier.
La version maison, sans prise de tête
Reproduire cela chez soi demande peu de matériel : une table basse, un plaid épais, une bouillotte ou une petite chaufferette. Ce n'est qu'une adaptation, pas un vrai kotatsu, puisqu'aucun élément chauffant n'est fixé sous le plateau.
Posez la bouillotte sous la table, étalez le plaid sur le plateau en le laissant retomber largement sur les côtés, puis glissez-y les jambes. Asseyez-vous sur un coussin ou un pouf bas, comme autour d'un kotatsu. Baissez vos radiateurs de deux degrés le temps de la soirée. Plus le plaid est épais, mieux il devrait retenir la chaleur sous la table.
La bouillotte, elle, n'a ni fil ni prise.
Une chaufferette électrique demande plus de prudence. Lisez sa notice avant de la glisser sous un plaid, car tous les appareils ne sont pas conçus pour être recouverts. Au moindre doute, gardez la bouillotte.
Ce que vous sentirez, et ce qui varie d'une maison à l'autre
Le ressenti attendu est celui d'une chaleur qui monte des pieds vers les genoux, pendant que la pièce paraît un peu plus fraîche autour de vous. Un gilet sur les épaules complète le dispositif pour les longues soirées devant un film ou un livre.
Le résultat dépend pourtant de votre logement. L'isolation, l'exposition et la température de la pièce avant que vous ne baissiez les radiateurs changent beaucoup la sensation. Dans un salon déjà frais, deux degrés de moins se feront sentir plus vite que dans une pièce bien tempérée. Aucun chiffre d'économie ne peut donc être promis pour cette version maison.
Gardez en tête une différence de taille : le vrai kotatsu garde sa source de chaleur allumée sous le plateau, alors que votre bouillotte refroidira au fil de la soirée. Prévoyez de la réchauffer ou d'en avoir une seconde si la soirée s'étire.
Sources : nippon.com | bienchezsoi.net
