On a tous une pharmacie familiale qui ressemble à un petit laboratoire personnel, pleine de flacons entamés depuis des années, et on a tous cette certitude tranquille que l'on sait soigner un enfant malade puisqu'on en a déjà élevé plusieurs. Sauf que la médecine a bougé, les recommandations aussi, et ce qui marchait sans problème il y a trente ans peut aujourd'hui être carrément déconseillé. C'est exactement ce qui est arrivé à une grand-mère qui gardait son petit-fils couvert de boutons de varicelle : par réflexe, par envie de l'aider, elle lui a donné un sirop qui traînait dans son armoire à pharmacie pour faire baisser la fièvre. Chez le pédiatre, sa fille a eu droit à une explication claire sur les risques de ce geste pourtant plein de bonnes intentions. Un rappel utile pour tous les grands-parents, parce que l'amour ne suffit pas toujours à savoir quel médicament donner, et que ce n'est vraiment pas une question de compétence mais d'information à jour.
- En cas de varicelle, seul le paracétamol doit être utilisé pour faire baisser la fièvre, à l'exclusion de tout anti-inflammatoire non stéroïdien.
- L'ibuprofène, le kétoprofène et d'autres anti-inflammatoires (Célestène, Nifluril, Solupred, aspirine) augmentent le risque de complications cutanées bactériennes graves en masquant les symptômes.
- Avant de donner un médicament à un enfant gardé, mieux vaut vérifier sa composition, demander l'avis des parents ou du pharmacien plutôt que se fier à un ancien flacon ou à sa propre expérience.
Ce jour-là, j'ai voulu bien faire en donnant ce sirop à mon petit-fils
La scène est banale et pourtant tellement révélatrice : un petit-fils fiévreux, couvert de boutons caractéristiques de la varicelle, une grand-mère qui veut simplement soulager son inconfort, et un flacon de sirop retrouvé dans l'armoire à pharmacie, probablement prescrit des années plus tôt pour un autre enfant ou une autre occasion. Sur l'étiquette, rien d'alarmant en apparence, juste un médicament contre la fièvre comme on en a tous connu. Le geste part d'une intention sincère, celle de rendre service à sa fille et de rassurer un petit bonhomme qui ne se sent pas bien. Mais ce sirop contenait un anti-inflammatoire non stéroïdien, de la famille de l'ibuprofène, et c'est précisément ce type de médicament qui pose problème en cas de varicelle. Quand la fièvre est tombée, tout le monde a pu croire que le remède avait fonctionné. C'est seulement lors de la consultation chez le pédiatre que l'alerte a été donnée, et que la grand-mère a compris qu'elle n'avait rien fait de mal intentionnellement, mais qu'elle était simplement passée à côté d'une information essentielle.
Pourquoi l'ibuprofène est dangereux en cas de varicelle selon l'ANSM
L'Agence nationale de sécurité du médicament, l'ANSM, a été particulièrement claire sur ce point lors d'une actualisation de ses recommandations : en cas de fièvre ou de douleur, notamment dans un contexte d'infection courante comme une angine, une otite, une toux ou une infection cutanée, le paracétamol doit être privilégié. La varicelle fait explicitement partie des situations à risque. L'agence a recensé des cas de complications infectieuses, parfois d'issue fatale, chez des adultes comme chez des enfants ayant pris des anti-inflammatoires non stéroïdiens, que ce soit sur prescription médicale ou en automédication, comme c'était le cas ici. Une enquête de pharmacovigilance menée par les centres régionaux de Tours et de Marseille a ainsi recensé, depuis l'année 2000, 337 cas liés à l'ibuprofène et 49 cas liés au kétoprofène. Le mécanisme en cause est assez simple à comprendre : ces molécules peuvent masquer la fièvre ou la douleur, ce qui retarde le diagnostic d'une complication en cours et laisse le temps à l'infection de s'aggraver. L'Assurance Maladie insiste sur ce point précis concernant la varicelle : les anti-inflammatoires non stéroïdiens augmentent le risque de complications cutanées bactériennes, car les boutons de varicelle constituent justement des portes d'entrée idéales pour les bactéries. C'est pour cette raison que l'ibuprofène et le kétoprofène sont présentés comme contre-indiqués dans cette maladie, et le CHU de Nantes élargit même la liste des produits à éviter en citant le Célestène, le Nifluril, le Solupred ou encore l'aspirine, tous à éviter en cas de varicelle.
Le paracétamol reste la seule solution sûre pour calmer la fièvre de nos petits-enfants
Face à cette profusion de médicaments disponibles sans ordonnance, la règle à retenir reste heureusement assez simple : en cas de varicelle, on mise sur le paracétamol seul, et on laisse de côté tout le reste. L'ANSM le recommande clairement, tout comme le CHU de Nantes qui précise de pouvoir l'administrer jusqu'à quatre fois par jour en cas de fièvre, en respectant bien sûr les doses adaptées au poids de l'enfant. Pour les grands-parents qui gardent régulièrement leurs petits-enfants, quelques réflexes simples permettent d'éviter ce genre de confusion.
- Vérifier systématiquement la composition des médicaments avant de les donner, même ceux qui semblent familiers.
- Se débarrasser des anciens flacons de sirop périmés ou dont on ne connaît plus l'origine exacte.
- Toujours demander aux parents quel médicament donner, plutôt que de se fier à sa propre pharmacie.
- Noter le nom du traitement autorisé sur un papier bien visible lors de chaque garde d'enfant malade.
- Appeler le pharmacien en cas de doute, il saura toujours orienter vers la bonne molécule.
Cette vigilance n'est pas anodine, surtout quand on sait que la varicelle touche énormément d'enfants chaque année en France : selon le réseau Sentinelles, cité par la Haute Autorité de Santé, environ 449 000 cas ont été estimés en 2024, avec un âge médian de 4 ans et 90 % de la population déjà infectée à l'âge de 9 ans. Autant dire que la plupart des grands-parents seront un jour ou l'autre confrontés à ces fameux boutons qui démangent, et qu'il vaut mieux être préparé plutôt que surpris.
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Donner du paracétamol seul, à la dose indiquée par le pédiatre | Donner de l'ibuprofène ou du kétoprofène sans avis médical |
| Vérifier la composition exacte de chaque médicament | Utiliser un vieux sirop retrouvé dans l'armoire à pharmacie |
| Demander aux parents quel traitement est autorisé | Se fier uniquement à son expérience passée |
| Appeler le pharmacien ou le médecin en cas de doute | Penser qu'un anti-inflammatoire est toujours une option sûre |
Au fond, cette histoire n'a rien d'une faute grave, c'est simplement le résultat d'une information qui n'avait pas encore circulé jusqu'à l'armoire à pharmacie familiale. Les recommandations médicales évoluent, et il n'y a aucune honte à devoir les réapprendre, même après avoir élevé ses propres enfants sans accroc. Ce qui compte, c'est de garder cette ouverture d'esprit qui permet d'ajuster ses habitudes, et de continuer à demander conseil sans se sentir diminué dans son rôle de grand-parent. Être présent, rassurant et disponible pour ses petits-enfants reste la part la plus précieuse de cette place unique, bien plus déterminante que le choix exact d'un sirop dans l'armoire à pharmacie.


