Le téléphone sonne, la voix est assurée, le taux affiché semble d’une évidence totale. Je m’apprêtais à envoyer 40 000 € avant qu’un simple détail ne me fasse hésiter.
J’ai failli placer mes économies sur un livret à 6 % garanti proposé au téléphone : au guichet de ma banque, on m’a expliqué ce que ce taux aurait dû me faire comprendre tout de suite

Un taux de 6 % garanti, proposé par téléphone, contient déjà sa propre réponse : aucun placement sans risque n'en rapporte autant. Au guichet de ma banque, on me l'a fait comprendre après que j'avais voulu placer 40 000 € sur ce livret. Le détail qui a tout fait basculer tenait au RIB du destinataire.
- Aucun livret garanti ne propose durablement 6 % : les taux réglementés sont fixés par les pouvoirs publics.
- L'ACPR a inscrit 1 190 entités frauduleuses sur sa liste noire en 2025.
- Un RIB au nom d'une autre société ou à l'étranger est un signal d'alerte majeur.
- Le registre REGAFI et l'ORIAS permettent de vérifier si un intermédiaire est autorisé.
Pourquoi 6 % garanti ne peut pas exister
Garanti et 6 % ne vont pas ensemble.
Le Livret A, le LDDS et le LEP bénéficient de la garantie de l'État. Leur taux est fixé par les pouvoirs publics, donc identique dans toutes les banques, et personne ne peut vous en proposer un meilleur au sein de cette famille de produits. Les livrets bancaires et les comptes à terme classiques peuvent afficher des taux promotionnels, mais sur quelques mois et des montants plafonnés. Un taux élevé, durable et garanti n'existe pas.
Le mot « livret » porte en français une promesse implicite : capital garanti, argent disponible, aucun risque. Les escrocs le savent, conservent le mot et lui accolent un taux sans rapport avec la réalité de l'épargne sans risque, de 5 à 10 % selon les cas recensés par les sites spécialisés.
Plus de 1 000 inscriptions par an sur la liste noire de l'ACPR
L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) tient une liste noire des sites et entités qui proposent en France des crédits, des livrets d'épargne, des services de paiement ou des assurances sans y être autorisés. En 2024, elle y a procédé à 1290 inscriptions, dont 205 au dernier trimestre. Pour 2025, le total s'établit à 1190, dont 146 sur les trois derniers mois.
La quasi-totalité de ces offres concerne de faux crédits ou de faux livrets d'épargne. Pour 62 % d'entre elles en 2025, l'escroc usurpe l'identité d'un établissement ou d'un intermédiaire autorisé, en France ou dans un autre pays de l'Espace économique européen.
Le nom d'une banque connue ne prouve donc rien au téléphone.
Des offres qui ressemblent à de vrais livrets
Ces fausses offres promettent des rendements de 4 à 8 %, et garantis, selon le service public d'information Assurance Banque Épargne Info Service. Les bannières publicitaires qui y conduisent peuvent apparaître en naviguant, y compris sur les sites de grands médias. Dans mon cas, le premier contact est venu du téléphone.
Les profils visés sont souvent ceux qui disposent d'une somme à placer, après la vente d'un bien ou un héritage. La documentation est impeccable, l'espace client fictif, le taux « garanti ».
Un taux de 6 % sur 40 000 €, cela fait 2 400 € d'intérêts par an sur le papier. Cette somme a de quoi séduire n'importe quel épargnant. À titre de comparaison, le Livret A, plafonné à 22 950 €, ne pourrait même pas accueillir ce montant. L'écart entre l'offre et ce que les produits réglementés peuvent verser était donc visible dès la première minute de conversation.
Le RIB du destinataire, premier détail que le guichet examine
C'est le RIB du destinataire qui a fait réagir ma banque. Un livret légitime se loge dans l'établissement qui le propose, avec ses propres coordonnées bancaires. Un compte ouvert au nom d'une autre société, d'un particulier, ou domicilié à l'étranger, relève du signal d'alerte.
Les sites spécialisés dans les recours contre les arnaques citent parmi les signes d'alerte un virement demandé vers un compte au nom différent de l'établissement, ou vers un IBAN étranger. S'y ajoute la pression du temps, avec des offres limitées aux 100 premiers souscripteurs ou valables 48 heures.
Un conseiller en agence a l'habitude d'examiner des ordres de virement, ce qui lui donne un regard que l'on n'a pas toujours seul devant son écran. Lui montrer l'offre et les coordonnées du destinataire avant d'envoyer les fonds peut se faire en une seule visite. Dans mon cas, c'est ce passage par la banque qui m'a fait comprendre ce que le taux annonçait.
Trois vérifications avant tout virement
Premier réflexe : s'assurer que l'interlocuteur est autorisé à proposer des produits bancaires ou d'assurance. L'ACPR recommande de consulter le registre des agents financiers REGAFI, le registre des organismes d'assurance REFASSU et le site de l'ORIAS, qui tient le registre des intermédiaires en assurance, en banque ou en financement participatif. Si la société ou la personne qui vous sollicite n'apparaît sur aucun de ces registres, ne répondez pas à sa proposition. Restez vigilant face à l'usurpation d'identité : un nom inscrit au registre a pu être copié.
Deuxième réflexe : demander si le produit est couvert par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution. Un vrai livret bancaire l'est, à hauteur de 100 000 € par déposant et par établissement, et un faux livret ne pourra pas le prouver.
Troisième réflexe : appeler INFO ESCROQUERIES au 0 805 805 817, service et appel gratuits du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30. L'ACPR recommande aussi un signalement sur le site internet-signalement.gouv.fr, même sans préjudice subi. Un signalement peut aider à protéger d'autres épargnants.
Une offre valable 48 heures ne mérite pas votre signature.
Quand l'arnaque emprunte le nom des autorités
Les escrocs empruntent aussi le nom des autorités elles-mêmes. L'ACPR alerte sur la multiplication des usurpations d'identité de l'ACPR, de la Banque de France et de l'Autorité des marchés financiers, lors de tentatives d'hameçonnage ou de demandes de frais de déblocage de crédits, de transferts ou de récupération de fonds. En 2025, 99 sites internet ou courriels frauduleux de ce type ont été inscrits.
Un interlocuteur qui exige des frais pour débloquer un crédit, un transfert ou récupérer des fonds relève de cette mécanique. Le réflexe reste celui d'avant le virement : couper la conversation, puis vérifier par un numéro que vous avez trouvé vous-même.
Des rendements supérieurs à 5 % existent sur des placements comme le financement participatif, les actions ou les fonds, mais sans garantie, car le risque de perte y est réel. Aucun intermédiaire sérieux ne s'engage sur un rendement futur. Rien ne vous empêche d'apporter une proposition en agence avant d'envoyer le moindre euro.
Sources : argent-et-salaire.com | acpr.banque-france.fr | changer-la-banque.com
