Chaque automne, je balançais les pommes ridées sans y penser. Un ornithologue, croisé aux premières gelées, m’a montré que la corbeille cachait mon erreur.
Je jetais les pommes flétries de ma corbeille chaque automne : aux premières gelées, un ornithologue m’a expliqué ce que les oiseaux y perdaient

- Le pain est déconseillé aux oiseaux sauvages : il contient trop de sel et gonfle leur estomac.
- La LPO cite la pomme et la poire de saison, y compris flétries, parmi les aliments utiles.
- Le nourrissage se pratique uniquement en hiver, dès les premières gelées jusqu'en mars.
Le bout de baguette, geste de tout le monde
Dans la corbeille de fin de semaine, il reste souvent deux pommes tavelées et une poire devenue blette. Le réflexe consiste à les jeter, puis à aller émietter sur la terrasse le bout de baguette qui a durci. L'ornithologue que j'ai croisé aux premières gelées m'a expliqué que j'avais tout à l'envers.
Le pain nuit aux oiseaux, le fruit flétri les aide.
Je jetais ces fruits chaque automne sans y penser, au compost les jours de bonne conscience, à la poubelle les autres. Il ne m'a pas fait la leçon, il m'a simplement renvoyé aux recommandations de la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux. J'ai relu sa page consacrée au nourrissage, crayon en main. Ce qui suit en est tiré, et je m'y tiens.
Émietter du pain passe pour un geste de bon voisinage avec la nature, presque un rite de terrasse. La LPO écrit pourtant sans détour que le pain ne convient pas aux oiseaux sauvages.
Premier grief, le sel : le pain en contient trop pour eux. Second grief, la digestion, car les oiseaux ne savent pas la mener à bien et le pain provoque des gonflements dans l'estomac. La LPO ajoute que le gluten peut provoquer des maladies du foie. La biscotte, le biscuit et le gâteau rejoignent le pain sur la liste de ce qu'il faut proscrire.
Pâtes, riz, blé et graines salées figurent sur la même liste noire.
La pomme tavelée, bonne pioche
Côté fruits, la LPO cite en toutes lettres la poire et la pomme de saison parmi les aliments à proposer. Elle mentionne aussi les fruits flétris, ce qui change le regard porté sur la corbeille. Ce que je tenais pour un déchet figure au menu. Une peau ridée ne semble donc rien disqualifier.
Une antenne régionale de la LPO va plus loin : les vieilles pommes raviront les grives, écrit-elle, et la poire flétrie y trouve aussi sa place. D'autres espèces s'y intéresseraient sans doute, mais les sources consultées ne les nomment pas.
Reste l'emplacement. La LPO conseille de déposer la nourriture en hauteur, à l'abri des intempéries et hors de portée des prédateurs. Un point d'eau aide aussi en période de gel, quand l'eau liquide devient difficile à trouver.
Pas avant les premières gelées
Le calendrier compte autant que le menu. La LPO préconise une aide en période hivernale uniquement, dès les premières gelées, soit entre fin octobre et mi-novembre selon les régions, et jusqu'en mars.
L'intensité varie : un nourrissage quotidien à volonté, ou une aide limitée aux périodes de gel et d'enneigement. Une fois commencé, mieux vaut rester régulier et éviter l'arrêt brutal. Les doses se réduisent ensuite progressivement, quand l'aide ne sert plus. Côté hygiène, la LPO conseille un nettoyage des mangeoires une fois par semaine.
En dehors de l'hiver, la LPO ne recommande aucun nourrissage.
Le reste du menu, sans fausse note
Pour compléter les fruits, les mélanges de graines font figure de valeur sûre : tournesol, millet, maïs, avoine, cacahuètes. Les cacahuètes se donnent non grillées et non salées. Les pains de graisse complètent le tableau. La LPO cite un mélange optimal à parts égales de tournesol noir, de cacahuètes et de maïs concassé, soit un tiers de chaque.
Les graisses animales n'ont leur place que non salées et en petite quantité, et les graisses de conserve sont à éviter. La LPO recommande plutôt des graisses d'origine végétale, jamais à base d'huile de palme, et déconseille le lard salé comme les restes de viande ou de fromage.
Les boules de graisse vendues en filet demandent de la méfiance : la LPO prévient que le filet peut devenir un piège mortel. Elle conseille de l'ôter et de placer la boule dans un distributeur. Le lait est à bannir, car les oiseaux ne le digèrent pas.
Trier avant de jeter, nettoyer avant de remplir
Depuis cette conversation, je trie avant de jeter. Une pomme franchement pourrie irait sans doute au compost, puisque la LPO parle de fruits flétris et non de fruits dégradés à l'extrême.
Le bout de baguette, lui, change de destination : chapelure, pain perdu ou croûtons pour la soupe. Il ne quitte plus la cuisine. Les moineaux de la terrasse ne m'en veulent pas, du moins je n'ai rien remarqué.
Si vous découvrez des oiseaux morts ou affaiblis près de votre mangeoire, la LPO demande d'arrêter le nourrissage et la mise à disposition d'eau. Elle conseille de retirer tous les points de nourriture et de vider les points d'eau, afin d'éviter tout rassemblement d'oiseaux.
Quand le printemps revient
À l'approche de mars et de températures plus clémentes, la LPO invite à diminuer les doses avant d'arrêter. La LPO Auvergne-Rhône-Alpes donne la raison de cet arrêt : les lipides des graines et des boules de graisse ne conviennent pas aux futurs poussins, qui doivent être nourris exclusivement de protéines. De nombreuses espèces deviennent alors insectivores.
La même antenne ajoute que la dépendance à un lieu de nourrissage doit cesser, pour que les oiseaux retournent chercher eux-mêmes une nourriture adaptée à leur biologie. La diminution progressive des doses, conseillée par la LPO, prépare cette transition.
Sources : lpo.fr | neozone.org
