« J’ai réduit mon temps de travail pour nos trois enfants » : pourquoi leur père touche lui aussi la même hausse de pension

Par Marc C.

« J'ai mis ma carrière entre parenthèses pour élever nos trois enfants, c'est moi qui ai sacrifié mon salaire, pas lui. » Ce type de témoignage revient souvent chez les mères arrivées à la retraite, surprises de voir leur conjoint toucher la même majoration de pension qu'elles, alors qu'il n'a jamais réduit son temps de travail. Ce sentiment d'injustice repose pourtant sur un malentendu : la majoration pour trois enfants n'a jamais eu vocation à compenser une baisse d'activité professionnelle. Elle obéit à une tout autre logique, aujourd'hui remise en question par le gouvernement, qui prépare une réforme du dispositif.

La majoration de pension pour trois enfants : un droit commun aux deux parents

Le principe est simple, mais souvent mal connu : dans le régime général, tout parent ayant eu ou élevé au moins trois enfants voit sa retraite de base majorée de 10 %, que ce soit le père ou la mère. Dans la fonction publique, la règle est similaire, avec 10 % pour trois enfants et 5 % supplémentaires par enfant à partir du quatrième. Cette majoration ne s'applique pas uniquement aux enfants biologiques : les enfants recueillis ou ceux du conjoint y ouvrent également droit, à condition d'avoir été élevés pendant au moins neuf ans avant leurs 16 ans. Le cabinet du ministre du Travail le confirme, les pères et les mères sont aussi nombreux à bénéficier de cette hausse. La différence ne se joue pas sur l'accès au dispositif, mais sur les montants perçus.

À retenir
  • La majoration de 10 % pour trois enfants est accordée au père comme à la mère, sans lien avec une réduction d'activité professionnelle
  • En 2020, les pères percevaient 62 % des montants versés (136 €/mois en moyenne) contre 38 % pour les mères (77 €/mois), du fait du calcul proportionnel aux pensions de base
  • Le gouvernement prévoit, dans le budget Sécurité sociale 2027, de remplacer cette majoration proportionnelle par une allocation forfaitaire identique pour tous, applicable aux pensions liquidées à partir du 1er juillet 2027.

Pourquoi le père bénéficie de la même hausse malgré l'absence de réduction d'activité

La majoration de pension pour au moins trois enfants est accordée au père comme à la mère. Elle n'est pas réservée au parent ayant réduit son activité. C'est précisément ce point qui crée l'incompréhension dans de nombreux foyers. Le dispositif a été conçu comme une reconnaissance collective du fait d'avoir élevé une famille nombreuse, et non comme une compensation individuelle liée à une carrière interrompue ou à temps partiel. Résultat, un père qui a travaillé à temps plein toute sa carrière touche la même majoration de 10 % que sa conjointe, même si c'est elle qui a mis sa carrière en pause. Or, comme les pensions de base des hommes sont généralement plus élevées, cette majoration proportionnelle profite davantage à eux en valeur absolue. Les chiffres de 2020 cités dans la présentation du budget sont parlants : 62 % des montants versés allaient à des pères, contre 38 % à des mères, avec un bénéfice moyen de 136 euros par mois pour un homme contre 77 euros pour une femme. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a résumé le problème sans détour : « un enfant rapporte plus pour un homme que pour une femme », jugeant que « ce n'est pas normal ». Son cabinet estime que les hommes captent aujourd'hui les deux tiers de l'effort de solidarité du système de retraite envers les familles nombreuses.

Ce que cette règle change concrètement pour les couples avec enfants

Face à ce constat, le gouvernement a inscrit une réforme dans le projet de budget de la Sécurité sociale 2027, dévoilé le 1er octobre 2026. L'idée consiste à remplacer la majoration proportionnelle de 10 % par une allocation forfaitaire, dont le montant serait fixé par décret. L'objectif affiché est de corriger l'écart entre pères et mères, en versant une somme identique à tous les parents concernés, indépendamment du niveau de leur pension de base. Si elle est adoptée, cette mesure ne s'appliquera qu'aux pensions liquidées à partir du 1er juillet 2027 : les retraités actuels ne perdront rien et continueront de percevoir la majoration de 10 % telle qu'elle existe aujourd'hui. La fédération Familles de France suit ce dossier de près et a demandé de « ne créer aucun nouveau perdant parmi les familles nombreuses », rappelant que cette majoration reconnaît avant tout les conséquences concrètes de l'éducation d'au moins trois enfants, quel que soit le parent qui a porté l'essentiel de cette charge.

Situation Règle actuelle Réforme envisagée
Pensions déjà liquidées Majoration de 10 % maintenue Aucun changement
Pensions liquidées à partir du 1er juillet 2027 Majoration de 10 % de la pension de base Allocation forfaitaire fixée par décret
Montant perçu Proportionnel à la pension, donc plus élevé pour les hommes Identique pour tous les bénéficiaires

Pour les couples ayant élevé au moins trois enfants, cette réforme pourrait rebattre les cartes dès 2027. Les familles concernées ont donc intérêt à suivre l'évolution du projet de loi et à se renseigner sur la date prévue de leur départ à la retraite, car le dispositif qui s'appliquera dépendra directement du moment où la pension sera liquidée.

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Je m'appelle Marc et je suis rédacteur finances pour de nombreux médias. Je me suis spécialisé au fil de mon expérience dans de nombreux domaines liés à la finance : la retraite, l'épargne, les investissements et placements financiers, le pouvoir d'achat, et les sujets liés à la banque. J'aborde tous ces sujets avec passion, et avec pour objectif d'informer au mieux le grand public sur des sujets parfois complexes.

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