J’ai laissé mon parasol déporté dehors le soir de l’alerte à la tempête Austen : l’assureur du voisin m’a expliqué pourquoi cette soirée comptait

Vendredi matin, mon grand parasol reposait couché contre la baie vitrée de mon voisin. Je l’avais laissé la veille, toile refermée, en me disant que la tempête excuserait tout.

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Par L'équipe JDS

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À retenir
  • La responsabilité du gardien s'applique aux objets que l'on a sous sa garde, comme un parasol.
  • Une alerte orange publiée la veille affaiblit l'argument de la force majeure.
  • La responsabilité civile couvre les dégâts causés à autrui, pas toujours le matériel propre.

Un parasol refermé, une conscience tranquille

vendredi 23 Octobre au matin, mon grand parasol déporté reposait dans le jardin du voisin, couché contre sa baie vitrée. Je l'avais laissé la veille sur son pied lesté, toile simplement refermée, comme on le fait à la fin d'un été qui n'en finit pas. Dans mon esprit, l'affaire était classée : c'était la tempête, donc personne n'était en cause.

Or l'alerte orange datait de la veille au soir.

En Normandie, la vigilance orange vent courait dès le jeudi 22 octobre à minuit, avec des rafales attendues de 100 à 110 km/h dans les terres et de 130 à 140 km/h sur le littoral. Le vendredi, 23 départements étaient en orange, et des rafales de 120 à 140 km/h ont été relevées en Bretagne et dans l'ouest de la Manche. À 7 heures, Enedis comptait 161 000 foyers sans électricité, dont 128 000 en Bretagne, avant un bilan qui a dépassé 288 000 foyers. Une grande toile montée sur un bras déporté offre une belle prise au vent, même refermée.

Ce que disait le papier du voisin

Mon voisin n'a pas crié, il a lu. Son assureur, que j'ai eu au téléphone ensuite, m'a expliqué en quelques phrases pourquoi la soirée de jeudi comptait davantage que la journée de vendredi.

Le principe tient en une ligne : on est responsable du dommage causé par les choses que l'on a sous sa garde. C'est l'ancien article 1384, alinéa 1, devenu l'article 1242 du Code civil. Un parasol planté dans mon jardin, sur mon pied, relevait de ma garde, et ce qu'il cause en voyageant relève de moi.

Le raisonnement se déplace alors : la question n'est plus de savoir si le vent a soufflé fort, mais si le gardien a fait ce qu'il fallait avant qu'il souffle. Entre l'alerte de jeudi soir et les dégâts de vendredi matin s'ouvrait une nuit entière, et c'est dans cette fenêtre qu'une toile seulement refermée risque de peser peu.

La tempête n'est pas un passe-droit

Seule la force majeure exonère le gardien. Elle suppose un événement irrésistible, imprévisible et extérieur. La tempête n'en constitue pas systématiquement une : les juges apprécient au cas par cas. Ils vérifient, notamment, si l'événement était prévisible.

Chaque dossier se juge pourtant séparément.

Une vigilance orange publiée la veille plaide plutôt contre l'idée d'un événement imprévisible, et c'est l'argument que mon interlocuteur a posé, sans en faire une certitude. Un défaut d'entretien manifeste pourrait par ailleurs engager le gardien au moins en partie : un pied insuffisamment lesté, une articulation fatiguée, un mât rongé par la rouille. Dans ce genre de litige, l'heure de publication de l'alerte et l'état du matériel pourraient peser autant que la force du vent.

Ce qui reste à votre charge

Le versant rassurant d'abord : si un objet du jardin s'envole et cause des dégâts à autrui, la responsabilité civile les prend en charge. La baie vitrée ou la pergola du voisin relèvent donc de cette garantie, sous réserve des termes de votre contrat.

Le versant moins agréable concerne le parasol lui-même. Sans extension de garantie jardin, les dégâts à son propre matériel restent à sa charge. Un article de Maison Travaux rappelait d'ailleurs que barbecue, trampoline ou abri de jardin risquent de ne jamais être remboursés. Le parasol déporté, qui vit dehors toute la belle saison, appartient à la même famille de biens exposés.

Cherchez dans votre contrat d'habitation la mention d'une extension jardin ou d'un équipement extérieur, et regardez ce qu'elle liste. Si le mot parasol n'y figure pas, demandez à votre assureur, par écrit, s'il est couvert. Une réponse écrite se range dans le dossier de la maison et se retrouve le jour où l'on discute d'une facture.

Le geste de jeudi soir

Dès l'alerte orange, couchez le parasol et retirez la toile. Refermée, elle forme encore un volume que le vent peut saisir ; retirée, elle ne peut plus servir de voile, et un mât à plat ne risque plus de basculer chez le voisin.

Rangez la toile à l'abri, dans le garage, le cellier ou l'abri de jardin. Si le mât se démonte, déposez-le à plat, loin de la clôture mitoyenne. Le pied lesté, trop lourd à déplacer, peut rester en place une fois le reste mis à l'abri.

Retirer une toile coûte quelques gestes, une baie vitrée coûte autrement plus.

Boelo, la seconde dépression du week-end

Une seconde dépression, Boelo, arrive ce week-end des 24 et 25 octobre. Son cœur passe bien plus au nord, vers l'Écosse, et la France devrait surtout recevoir de la pluie : 20 à 40 mm sont attendus d'ici dimanche soir sur une large partie du pays, hors tiers sud. Des rafales jusqu'à 90 km/h sont annoncées près de la Manche dans la nuit de samedi à dimanche. Une vigilance jaune pluie-inondation est prévue dès samedi midi dans 4 départements : Pas-de-Calais, Somme, Seine-Maritime et Manche.

Ce n'est pas Austen, et personne ne vous demande de ranger tout le jardin pour 90 km/h. Mais un grand parasol laissé toile en place, la nuit, sans personne pour le voir partir, resterait exposé à un vent de cet ordre.

Les prévisions restent des prévisions : la vigilance jaune pourrait s'étendre vers le nord-est et passer localement à l'orange si les cumuls se confirment, entre les Hauts-de-France et la Champagne-Ardenne. Météo-France surveille de près le Pas-de-Calais, déjà fragilisé par les pluies des jours précédents. La carte de vigilance du site de Météo-France se consulte le soir même, avant de décider du sort du parasol.

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