Je l’ai retrouvé au fond d’un tiroir, ce vieux chèque de 300 €, et le guichet a refusé de l’encaisser. J’ai d’abord cru que la somme était perdue à jamais.
Un chèque de 300 € retrouvé au fond d’un tiroir et refusé par la banque : la somme n’est pas perdue, à condition de s’adresser à la bonne personne

- Un chèque peut être présenté pendant un an et huit jours à compter de sa date d'émission.
- Passé ce délai, la banque ne paie plus, mais le signataire reste redevable de la dette.
- L'action contre l'émetteur se prescrit par cinq ans à compter du moment où l'on pouvait agir.
- Une lettre recommandée avec accusé de réception constitue une mise en demeure efficace.
Le chèque n'est pas la dette
Un chèque de 300 € vieux de deux ans, refusé au guichet, n'est pas pour autant de l'argent perdu. Le réflexe est de le froisser et de passer à autre chose, ce qui serait une erreur. La banque ne vous devait rien : c'est la personne qui a signé qui vous doit cette somme.
Passé le délai, la banque se retire, mais le signataire reste débiteur.
Le chèque n'est qu'un moyen de paiement, pas la créance elle-même. Quand il devient inutilisable, la dette qu'il devait régler (une facture, un remboursement entre amis, un dépannage) continue d'exister, et vous pouvez la faire valoir par un autre moyen.
Un an et huit jours : comment le délai se calcule
En France métropolitaine, un chèque doit être présenté à l'encaissement dans un délai de 8 jours, selon l'article L131-32 du Code monétaire et financier. Personne ne respecte ce délai, et la banque accepte d'ailleurs le chèque bien au-delà. La vraie limite vient de l'article L131-59 : la banque reste tenue de payer pendant un an à compter de l'expiration de ces 8 jours. D'où la formule que tout le monde retient, un an et huit jours.
Le point de départ est la date inscrite sur le chèque, pas celle où vous l'avez reçu, ni celle où vous l'avez retrouvé. Un chèque daté du 10 mars 2026 peut être déposé jusqu'au 18 mars 2027 inclus. Vérifiez la date à la loupe, car quelques jours d'écart suffisent à faire basculer le papier d'un côté ou de l'autre de la limite.
Les délais de présentation s'allongent pour un chèque payable en France mais émis à l'étranger : 20 jours depuis l'Europe ou un pays riverain de la Méditerranée, 70 jours depuis le reste du monde. Le chèque de banque suit le calendrier ordinaire, même si les fonds ont été débités d'avance.
Ce que la banque peut refuser, et ce qu'elle ne change pas
Une fois l'échéance dépassée, la banque du bénéficiaire peut refuser le dépôt. Celle de l'émetteur n'a plus à débiter le compte, même largement approvisionné. Il est donc inutile d'insister auprès du conseiller, qui applique simplement le Code monétaire et financier.
Gardez pourtant le chèque, même refusé, car il atteste la dette.
Le signataire a peut-être changé de banque, voire clôturé son compte depuis. Rien de cela n'éteint la somme due : seule l'action contre la banque se prescrit au bout d'un an, pas celle contre la personne.
S'adresser à l'émetteur, dans le bon ordre
La première démarche est un appel, un message ou un courrier à la personne qui a signé. Beaucoup règlent l'affaire en cinq minutes, parfois gênés d'avoir oublié, parfois sans savoir que leur chèque n'avait jamais été présenté. Demandez-lui un nouveau chèque daté du jour, ce qui relance un délai d'un an et huit jours. Mieux vaut encore un virement, qui n'a aucune date de péremption à surveiller : un RIB s'envoie en trente secondes.
Si le silence s'installe, une lettre recommandée avec accusé de réception fait office de mise en demeure. Joignez-y une copie du chèque (l'original reste chez vous), rappelez l'origine de la somme et fixez un délai de réponse raisonnable, quinze jours par exemple. Conservez le récépissé postal, qui prouvera la date de votre demande.
Si l'émetteur persiste à se dérober, le conciliateur de justice, gratuit, peut intervenir. Pour les litiges inférieurs à 5 000 €, une tentative de résolution amiable précède en principe la saisine du tribunal.
Cinq ans pour agir
L'article 2224 du Code civil fixe à cinq ans la prescription de droit commun. Le délai court à partir du jour où le créancier a connu, ou aurait dû connaître, les faits lui permettant d'agir. Vous disposez donc d'une marge confortable, mais un chèque oublié depuis quatre ans appelle une réaction rapide.
Le compteur court dès que vous pouviez agir, pas dès la découverte.
Pour une somme comme 300 €, la voie judiciaire est rarement la première idée. Elle existe pourtant : la requête en injonction de payer permet d'obtenir un titre exécutoire sans audience, à condition de produire des pièces. Le chèque périmé, accompagné de la facture ou des échanges de messages, fait précisément partie de ces pièces.
Quand il n'y a pas de dette à réclamer
Un chèque offert pour un anniversaire, une naissance ou un mariage relève du cadeau, pas de la créance. Si l'émetteur ne souhaite plus le régulariser, vous n'avez guère de dette à invoquer, seulement sa bonne volonté. Un coup de téléphone chaleureux reste alors la seule voie réaliste, et elle se gère avec tact : on n'envoie pas de recommandé à sa belle-sœur.
Pour un remboursement entre proches ou un acompte, rassemblez ce qui prouve l'origine de la somme. Un SMS, un courriel ou une facture suffisent souvent à établir que 300 € étaient bien dus.
Les bons réflexes pour la suite
Déposez désormais tout chèque dans la semaine qui suit sa réception, et notez dans votre agenda, le jour même, la date limite d'un an et huit jours. Si vous le glissez dans un tiroir, photographiez-le d'abord : la date, le montant et le nom de l'émetteur seront toujours consultables. Les chèques reçus d'un particulier méritent la même rigueur que ceux d'un professionnel.
Une nuance de taille pour finir : la lettre recommandée ne fait pas repartir le délai de cinq ans, contrairement à une demande en justice ou à une reconnaissance écrite de la dette par l'émetteur. Un message du type « oui, je te dois 300 €, je vire cette semaine » peut donc valoir davantage qu'un courrier solennel, à condition de le conserver.
Sources : droit-travail.org | letribunaldunet.fr | assurez-vous.fr
