Début novembre, j’ai entouré le tronc de mon pommier d’une bande collante, sans trop y croire. Un matin de décembre, elle en portait des dizaines.
J’ai posé une bande collante autour du tronc de mon pommier début novembre : en décembre, j’ai compris ce qui grimpait chaque nuit

Ce qui grimpait chaque nuit le long du tronc, c'était des femelles de phalène brumeuse, aussi appelée cheimatobie (Operophtera brumata), un papillon qui ne vole pas. Elles mesurent environ 6 mm, marchent vite sur 6 longues pattes et ressemblent davantage à de petites araignées qu'à des papillons.
Ma bande collante, posée début novembre, en portait des dizaines un matin de décembre.
- Les femelles de la cheimatobie n'ont pas d'ailes et montent le tronc à pied.
- Elles sortent de terre surtout en novembre, par temps doux et humide.
- Une femelle pond environ 120 œufs, un par un, sur les petites branches.
- Les chenilles éclosent au moment où les bourgeons s'ouvrent, en mars-avril.
Une femelle sans ailes, qui monte à pied
Chez cette espèce, les ailes de la femelle sont atrophiées. Dès sa sortie de terre, elle n'a donc qu'un seul moyen d'atteindre les branches : escalader le tronc, centimètre après centimètre, souvent de nuit.
Le mâle, lui, est un papillon ordinaire, brun-gris, avec 20 à 25 mm d'envergure. Il vole jusqu'à la femelle, s'accouple avec elle sur le tronc ou plus haut, et c'est elle qui gagne ensuite les petites branches pour pondre.
Une seule règle d'or pour ce petit insecte : monter.
Pourquoi novembre, et pourquoi pas plus tôt
Les adultes sortent de terre d'octobre à décembre, en grand nombre en novembre, et parfois jusqu'en janvier. Leur sortie suit les pluies d'automne et les premiers froids, ce qui explique qu'on les découvre au moment où le jardin semble s'endormir.
Le froid ne les arrête pas vraiment. Ils supportent jusqu'à -15 °C, mais ne sont actifs qu'au-dessus de 0 °C, avec un confort idéal entre 5 et 11 °C. Une soirée humide et douce de novembre est donc leur terrain de jeu favori.
On conseille d'ordinaire de poser la bande fin septembre ou début octobre. Poser plus tard n'est pas une erreur perdue d'avance : la sortie culmine en novembre, et une bande posée au plus vite garde son utilité.
Ce que la bande a retenu sur mon pommier
Le principe est simple. Une bande collante entoure le tronc, sous les premières branches, et piège les femelles qui montent. Celles qui restent collées ne pondront pas dans la couronne de l'arbre.
Le détail qui change tout, c'est l'ajustement. La bande doit être bien serrée, sans le moindre espace entre elle et l'écorce, sinon les femelles passent dessous comme dans un couloir. Sur un vieux tronc rugueux, cela demande un peu de patience et parfois de combler les creux.
S'il y a un tuteur, il faut le traiter de la même façon. Une femelle qui contourne le tronc par le tuteur se moque éperdument de la bande principale.
Sur la bande de mon pommier, la récolte de décembre m'a surtout appris une chose : l'activité ne s'arrête pas à la première soirée froide.
Cent vingt œufs par femelle, un par un
Une femelle pond en moyenne 120 œufs, avec une fourchette de 100 à 200. Elle les dépose un par un sur l'écorce des petites branches, de la fin de l'automne jusqu'en janvier, ce qui rend la ponte presque invisible à l'œil nu.
Ces œufs passent l'hiver sans bouger. Ils n'éclosent qu'au moment où les bourgeons s'ouvrent, en mars-avril, comme si les chenilles avaient calé leur réveil sur celui de l'arbre.
Ce calage est précisément ce qui rend l'insecte redoutable : les jeunes chenilles trouvent des bourgeons tendres dès leur naissance.
Au printemps, des chenilles qui font le dos rond
Les chenilles sont vertes et avancent en faisant le dos rond, à la manière des arpenteuses. Elles trouent d'abord les feuilles, puis s'attaquent aux bourgeons et aux fleurs, et creusent parfois les jeunes fruits.
Leur appétit dure 4 à 5 semaines. Sur un pommier ou un cerisier, ce laps de temps suffit à compromettre une floraison entière, donc une partie de la récolte.
Fin mai, elles descendent au bout d'un fil de soie et s'enterrent à 8-10 cm de profondeur pour se transformer. Les adultes en sortiront à l'automne : une seule génération par an, mais une génération qui se prépare toute l'année.
Quels arbres, quelles années à risque
Le pommier n'est pas seul concerné. Cerisier, prunier, abricotier, châtaignier, groseillier, cassissier et bien d'autres feuillus figurent parmi les arbres visités par ce papillon.
Les attaques sont plus fortes après un été pluvieux suivi d'un automne doux et humide, soit exactement les conditions qui favorisent la sortie des adultes. Si vous venez de traverser ce type de saison, mieux vaut surveiller vos troncs.
Une bande collante ne règle pas tout à elle seule. Elle réduit le nombre de femelles qui atteignent les branches, rien de plus, et certaines peuvent passer entre deux contrôles ou à la faveur d'un défaut de pose. Elle se combine donc avec une observation régulière de l'arbre au printemps.
Passez voir votre bande une fois par semaine jusqu'en janvier, vérifiez qu'elle colle toujours à l'écorce et remplacez-la si elle est saturée ou desséchée. Les derniers pontes tardives peuvent encore se jouer à la mi-janvier.
Sources : ira.agroscope.ch | planete-agrobio.com
