Ils sont partout : dans nos frigos, nos placards, nos pauses déjeuner. Les produits ultratransformés — plats préparés, céréales du petit déjeuner, biscuits, barres chocolatées, charcuteries reconstituées — occupent désormais une place dominante dans notre alimentation. Dans un avis publié en janvier 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) alerte sur les risques potentiels liés à leur consommation excessive et propose pour la première fois des recommandations quantitatives claires.
Produits industriels, plats préparés… Ce que l’Anses recommande désormais face à leur omniprésence

Une consommation qui explose… et inquiète
D’après les dernières enquêtes de consommation, les aliments ultratransformés représentent en moyenne 35 à 40 % des apports caloriques quotidiens chez les adultes en France. Chez les enfants, ce chiffre peut grimper à plus de 50 %. Une progression constante depuis vingt ans.
Ces produits sont conçus à partir d’ingrédients industriels modifiés (protéines isolées, huiles hydrogénées, sirops de glucose, additifs), souvent dépourvus des caractéristiques nutritionnelles de l’aliment d’origine. Ils sont formulés pour être pratiques, peu coûteux, stables, et très appétents.
Mais cette transformation massive a un revers. Plusieurs études épidémiologiques, analysées par l’Anses, mettent en lien la surconsommation de produits ultratransformés avec une augmentation du risque de maladies chroniques : obésité, diabète de type 2, hypertension, maladies cardiovasculaires, voire certains cancers.
Des recommandations nouvelles pour les consommateurs
Dans son rapport de janvier 2025, l’Anses recommande pour la première fois de limiter la part des aliments ultratransformés à moins de 20 % de l’apport énergétique total journalier.
Cette recommandation vise à fournir un repère concret pour les consommateurs, tout comme les repères précédents sur les fruits, légumes ou acides gras saturés.
L’Agence insiste également sur la nécessité :
- de privilégier les aliments bruts ou peu transformés (légumes frais, viandes non transformées, produits laitiers simples),
- de préparer davantage ses repas soi-même, en évitant les produits industriels prêts à consommer,
- d’éviter le cumul de produits contenant plusieurs additifs ou agents texturants (comme les gommes, amidons modifiés, arômes artificiels).
Tableau : Exemples de produits ultratransformés courants et alternatives possibles
| Produit industriel courant | Catégorie | Alternative plus saine |
|---|---|---|
| Plat cuisiné en barquette | Plat préparé | Repas fait maison à partir d’ingrédients simples |
| Céréales sucrées pour enfants | Petit déjeuner | Flocons d’avoine avec fruits frais |
| Yaourts aromatisés allégés | Produit laitier | Yaourt nature + fruits ou miel |
| Nuggets de poulet industriels | Viande transformée | Filets de poulet panés maison |
| Barres chocolatées énergétiques | Encas | Fruits secs, oléagineux, carré de chocolat noir |
| Charcuterie industrielle reconstituée | Viande transformée | Jambon cuit découenné sans additif |
Un enjeu de santé publique… et d’information
Le principal problème, selon l’Anses, réside dans la difficulté à identifier ces produits au quotidien. Si certains affichent une liste d’ingrédients à rallonge, d’autres paraissent anodins. L’Agence appelle donc à améliorer l’étiquetage et à former davantage les professionnels de santé à conseiller leurs patients sur ce point.
Elle rappelle aussi que les effets sur la santé ne viennent pas uniquement des additifs pris isolément, mais aussi de la synergie entre les composants et de la structure même des aliments qui affecte leur assimilation par l’organisme.
Des réponses politiques encore timides
Malgré ces recommandations, l’encadrement réglementaire des produits ultratransformés reste très limité. Le Nutri-Score, par exemple, ne prend pas toujours en compte le niveau de transformation, ce qui peut induire en erreur.
Plusieurs experts et ONG réclament désormais :
- une révision du Nutri-Score pour intégrer la notion d’ultratransformation,
- une taxation des produits industriels fortement transformés,
- une politique active de promotion des produits bruts et du fait maison dans les cantines, hôpitaux, et lieux publics.
Un changement progressif mais nécessaire
L’Anses ne diabolise pas tous les aliments industriels, mais elle encourage une vigilance renforcée. Le message est clair : moins de produits ultratransformés dans nos assiettes, plus de simplicité et de naturel. Une orientation qui suppose aussi de repenser notre rapport au temps, à la cuisine et à la culture alimentaire, dans une société où la commodité prime souvent sur la qualité.
L’alimentation ultratransformée n’est pas un phénomène marginal : c’est une habitude profondément ancrée. En publiant ces nouvelles recommandations, l’Anses ne vise pas seulement à informer, mais à amorcer un virage culturel vers une alimentation plus durable, plus saine… et plus consciente.