Après quinze ans en Croatie, un voyageur découvre l’Albanie et ses rivages intacts. Entre Ksamil et Saranda, la même beauté méditerranéenne mais à des tarifs d’une autre époque : 30 à 50 % moins chers que la Croatie.
J’ai découvert ce petit pays par hasard : je ne retournerai plus jamais en Croatie

Quinze ans de Croatie. Quinze étés à retrouver la même mer, les mêmes odeurs de pin et de lavande, les mêmes conversations de terrasse sur les prix qui montent. Et puis, par un enchaînement de hasards, un vol complet vers Split, une promotion sur Tirana, une curiosité mal contenue — l'Albanie. Depuis, la question ne se pose plus.
À retenir
- La Croatie a augmenté ses prix de 50 % en 2025 — une alternative méditerranéenne existe à quelques centaines de kilomètres
- Ksamil offre les mêmes eaux turquoise que Hvar, mais à une fraction du prix : 30 à 70 € la nuit contre 90 € minimum en Croatie
- Une fenêtre de grâce existe encore : l'Albanie reste authentique avant que le surtourisme ne la transforme
La Croatie qu'on aimait : un souvenir de plus en plus cher
Disons-le sans nostalgie excessive : la Croatie des années 2000 était une révélation. Hvar avant les yachts. Dubrovnik avant les croisières. Une côte adriatique encore un peu rugueuse, où l'on trouvait une chambre chez l'habitant pour trois fois rien et où le poisson du déjeuner sortait du filet du matin.
Derrière la carte postale, une hausse inquiétante des prix et les défis liés au surtourisme menacent désormais cet équilibre fragile. Le coût moyen d'un séjour a augmenté de 50 % en 2025, sous l'effet combiné de l'inflation, des taxes touristiques et d'une demande qui ne faiblit pas. Dubrovnik, surnommée la "perle de l'Adriatique", est devenue un point chaud du surtourisme : même hors saison, la vieille ville est prise d'assaut par les visiteurs. Lorsque 3 000 € la nuit pour une villa surplombant la mer s'affiche en août, le kilo de sardines double lui aussi. Le mécanisme est implacable.
La Croatie reste belle, cela ne se discute pas. Mais elle est devenue, pour une semaine en famille au mois de juillet, une destination comparable à la Côte d'Azur en tarifs. Quelques centaines de kilomètres plus au sud, un autre littoral attend, avec la même lumière et des prix d'une autre époque.
Ksamil et Saranda : ce que Hvar était il y a vingt ans
La Riviera albanaise s'étend sur 170 km entre Vlorë et Sarandë, au pied des monts Cérauniens qui plongent directement dans la mer Ionienne. Ce n'est pas l'Adriatique exactement, c'est la mer Ionienne, le bras qui sépare l'Albanie de Corfou, visible à l'œil nu depuis les hauteurs de Saranda. La ville est située sur un large golfe, face à l'île grecque de Corfou. Trente minutes de ferry séparent les deux destinations.
Ksamil est souvent surnommée les "Maldives d'Europe" avec son sable blanc et ses eaux turquoise. L'expression peut faire sourire, mais l'eau, elle, ne ment pas. On nage dans une eau à 24°C au-dessus de fonds qu'on voit à six mètres. À 13 km de Saranda, Ksamil aligne quatre îlots entourés d'une eau turquoise quasi fluorescente que l'on rejoint en pédalo ou en bateau taxi. Le tout pour une fraction du prix d'une excursion depuis Hvar.
Le différentiel budgétaire est réel. L'Albanie est 30 à 50 % moins chère que la Grèce ou la Croatie, avec un budget quotidien de l'ordre de 40 à 60 € par jour à Ksamil. Les hôtels et appartements du centre-ville de Saranda oscillent entre 40 et 80 € par nuit. Ksamil, à environ 13 km au sud, est idéal pour ceux qui recherchent un cadre naturel préservé, avec des hébergements allant de 30 à 70 € la nuit. On est loin du studio dubrovnikien à 90 € en août.
Une destination qui n'est plus un secret, mais pas encore un piège
En 2025, la station de Saranda a connu un nouvel essor : la promenade maritime entièrement réhabilitée accueille cafés, restaurants de bord de mer et concerts d'été, tout en conservant des prix nettement inférieurs à ceux des Cyclades voisines. La comparaison avec la Grèce n'est pas anodine : Corfou est là, à portée de regard, avec des tarifs deux fois supérieurs pour des paysages comparables.
Ce qui rend encore ce territoire précieux, c'est la superposition des registres. Le site archéologique de Butrint, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, rassemble des traces des civilisations grecques, romaines et vénitiennes étalées sur plus de deux millénaires. Trois heures de visite permettent d'apprécier les mosaïques, le théâtre antique et les vestiges intégrés dans un écrin naturel exceptionnel. La plage de Ksamil se trouve à quatre kilomètres. Archéologie le matin, baignade l'après-midi : le programme s'organise sans effort.
La route côtière SH8 mérite à elle seule le voyage. Elle longe la côte sur 120 km entre Saranda et Vlorë, en passant par le col de Llogara à 1 027 mètres. On monte depuis le niveau de la mer dans une forêt de pins noirs, puis la route redescend en lacets avec une vue plongeante sur la mer Ionienne, 800 mètres plus bas. Les villages côtiers comme Ksamil, Himara ou encore Dhermi conservent une atmosphère tranquille, où les traditions locales se mêlent aux influences méditerranéennes.
Les grues à Ksamil et Dhërmi prouvent que la machine est lancée. Mais en 2026, il reste encore une fenêtre. L'authenticité n'est pas encore un argument marketing.
Comment y aller depuis la France
La logistique, souvent brandied comme obstacle, ne tient plus. Au départ de France, Wizz Air propose le plus de vols directs vers Tirana, depuis Paris-Beauvais, Lyon et Nice. Ryanair dessert Paris-Beauvais et Marseille. Transavia opère des liaisons saisonnières depuis Paris-Orly, Bordeaux, Lyon et Nantes. Un vol direct Paris-Tirana dure environ 2h30.
Depuis Tirana, il faut compter environ quatre heures de route ou de bus pour rejoindre Ksamil et la Riviera albanaise. Une alternative plus directe existe pour les voyageurs du sud de la France : un ferry relie Saranda à Corfou en 30 minutes, et Corfou est desservie depuis plusieurs aéroports français. Les citoyens français n'ont pas besoin de visa pour un séjour inférieur à 90 jours. Un passeport valide ou une CNI suffit, à condition que le titre soit valable au moins 3 mois après la date de retour.
L'Albanie jouit d'un climat méditerranéen avec un été très ensoleillé et chaud. La fin du printemps et le début de l'automne, mai et septembre, sont les périodes les plus agréables. Septembre en particulier offre ce que juillet n'a plus : la mer chaude, la lumière oblique de fin d'été, et une fréquentation qui respire. Avec plus de 300 jours d'ensoleillement par an, Saranda coche toutes les cases du séjour réussi sur la côte. La même promesse qu'une certaine île croate, il y a vingt ans, mais cette fois, le billet d'avion laisse encore de quoi dîner face à la mer.
Sources : stox-office.com | croisiereonline.ca