Après des années à Santorin, un couple découvre que le prix réel du voyage n’était pas dans la chambre d’hôtel, mais dans l’expérience confisquée par le surtourisme. À quelques heures de ferry, les petites Cyclades comme Sikinos offrent l’inverse : authenticité, sérénité et des tarifs divisés par quatre.
On réservait Santorin chaque année : une île sans touriste à côté nous a fait comprendre ce qu’on payait vraiment

Chaque été, Santorin accueille des vagues de touristes qui font queue vingt minutes pour saisir la même photo d'une chapelle bleue devant la caldeira. En 2024, l'île a enregistré 3,4 millions de visiteurs, soit 220 touristes pour 100 habitants. Pour un couple qui revient fidèlement depuis des années, ce chiffre ne surprend pas. Ce qui surprend, c'est de réaliser que le vrai prix du voyage n'était pas dans la facture de l'hôtel.
Ce prix-là, c'est celui de l'expérience confisquée. Files aux restaurants, réservations obligatoires trois mois à l'avance pour une terrasse, hausse des tarifs d'hébergement de 37 % depuis 2023, un studio basique atteignant environ 250 euros par nuit en haute saison. À Santorin, les files d'attente pour prendre LA photo devant les chapelles d'Oia peuvent durer 20 minutes. On payait le décor. La Grèce, elle, était ailleurs.
À retenir
- Santorin : 220 touristes pour 100 habitants, chambres à 250€/nuit, files de 20 minutes pour une photo
- À Sikinos, 250 habitants accueillent les vrais voyageurs : chambres à 50€, dîners à 12€, zéro chaînes internationales
- Le secret des Grecs : mai est la fenêtre d'or où les petites îles restent vierges et les prix n'ont pas explosé
Ce que révèle une île de 250 habitants
Située au cœur des Cyclades, entre les îles plus connues d'Ios et de Folegandros, Sikinos est une destination qui a su préserver son authenticité et son atmosphère paisible. Loin du tourisme de masse, cette petite île montagneuse d'environ 41 km² séduit par sa simplicité, ses paysages arides et son rythme de vie tranquille. Avec une population d'environ 250 habitants, elle offre une expérience de la Grèce insulaire d'une autre époque. Aucun aéroport, aucun hôtel de chaîne, aucune enseigne internationale.
Le ferry depuis Santorin prend environ deux heures. La traversée la moins chère entre îles voisines des Cyclades peut descendre à 3 euros pour les liaisons inter-îles les plus courtes, et les petites traversées entre Cyclades secondaires restent dans des ordres de grandeur similaires. Vous débarquez à Alopronia, un petit village de pêcheurs avec sa plage de sable, l'un des deux principaux lieux de vie de l'île. Une route sinueuse mène ensuite vers les hauteurs, où se niche Chora, la capitale, qui se divise en deux quartiers : Kastro et Chorio. En mai, personne ne vous attend à quai avec un panneau publicitaire.
On ne vient pas à Sikinos pour la beauté de ses plages qui bordent le port, ni pour des promenades faciles dans ce relief accidenté et aride. On plonge dans l'île sauvage de Sikinos pour assister au retour des pêcheurs, pour s'immerger de quiétude et de pittoresque, pour retrouver les joies d'un bonheur simple et authentique. C'est exactement ça. Le patron de la taverne vous demande d'où vous venez. Pas pour le protocole, parce que vous êtes vraiment les seuls Français de la semaine.
La pré-saison de mai : le moment que les guides n'osent pas recommander
Les meilleurs mois pour un séjour confortable sont le printemps (avril à juin) et l'automne (septembre à octobre). Ces saisons offrent un climat doux avec des températures souvent comprises entre 20 et 25 degrés Celsius, évitant la chaleur intense de l'été et les foules importantes. Sur les petites Cyclades en mai, cette équation prend une dimension supplémentaire : les prix de l'hébergement n'ont pas encore subi la pression de la haute saison.
Une chambre propre, blanchie à la chaux, avec vue sur la mer : 50 euros la nuit dans une pension familiale, parfois moins. Le dîner dans une taverne du port, poisson du jour, salade, carafe de vin local, tourne autour de 12 euros par personne. Les repas tournent autour de 25-35 euros par jour pour deux : gyros à 4 euros le midi sur le pouce, taverne au déjeuner à 10-15 euros. Sur les îles secondaires en pré-saison, on descend bien en dessous de ces moyennes. De Naxos, un tour des petites Cyclades s'organise avec des billets de ferry à 7-8 euros. Le budget journalier global d'un couple raisonnable reste autour de 100 euros tout compris, transport inclus.
À comparer avec Santorin en juillet : la même chambre dépasse les 200 euros, le même poisson grillé arrive dans une assiette dont le prix a été multiplié par trois, et le ferry depuis Athènes coûte une quarantaine d'euros dans les deux sens. Les prix y augmentent de 20 à 50 % en juillet-août. Ce n'est pas seulement une question de budget. C'est une question de rapport au lieu.
Folegandros, Schinoussa, Donoussa : les trois noms à connaître
Protégée par des falaises abruptes qui s'élèvent jusqu'à 300 mètres au-dessus de la mer à certains endroits, Folegandros est longtemps restée à l'écart du tourisme. Si aujourd'hui l'île est devenue à la mode et que l'on peut sentir en saison l'excitation touristique dans la chora et sur les plages, Folegandros a su garder son authenticité et une ambiance toute particulière qui en font l'une des destinations les plus intéressantes des Cyclades. Sa Chora perchée sur la falaise, joyau de Folegandros et son cœur battant, avec ses maisons blanchies à la chaux, ses bougainvilliers et ses jasmins qui embaument ses petites rues dallées, est sans aucun doute l'un des plus beaux villages médiévaux des Cyclades. En mai, les places restent libres le soir.
Plus petite encore, Schinoussa séduit par son atmosphère décontractée et ses plages de sable fin. Cette île minuscule de 8 km² est l'endroit idéal pour se ressourcer loin de l'agitation du monde. Quant à Donoussa, l'île est captivante avec ses plages aux eaux turquoise. Des cèdres sur certaines parties de l'île transfusent un panorama naturel impressionnant, leur arôme rendant l'atmosphère encore plus unique. Les quelques tavernes traditionnelles servant des mezze locaux sont à ne pas manquer.
Ces trois îles sont reliées par l'Express Skopelitis, une petite légende insulaire qui assure la liaison quotidienne vers Irakliá, Schinoússa, Koufoníssia et Donoússa. L'expérience à bord est déjà un voyage : on discute sur le pont pendant que le bateau cabote d'île en île, s'arrêtant devant des criques inaccessibles autrement. Ce bateau, lui, n'est pas dans les guides grand public.
Ce que les Grecs ont compris que les brochures n'écrivent pas
Tout le monde se précipitait pour découvrir des îles plus connues comme Santorin ou Mykonos. C'est précisément ce qui fait tout le charme des îles discrètes : on y trouve surtout des locaux, qui vivent leur vie paisible, sans être agacés par les rencontres intempestives avec les touristes. Sur Sikinos ou Schinoussa, cette dynamique est encore plus radicale. Le pêcheur qui rentre à 7h du matin ne fait pas semblant pour les touristes. Il rentre, simplement.
Les Athéniens eux-mêmes viennent sur certaines îles comme Sifnos pour ses atouts culinaires, un signe que ces destinations gardent une clientèle locale qui n'est jamais là par défaut. Sur les petites îles en pré-saison, vous croiserez des retraités grecs, des randonneurs allemands, et quelques Français qui ne le disent à personne. Le bouche-à-oreille fonctionne d'autant mieux qu'il reste confidentiel.
Un dernier chiffre à garder en tête : Santorin a instauré en 2025 une taxe de 20 euros par passager de croisière en haute saison, preuve que la saturation a atteint un seuil que même les autorités locales reconnaissent. Pendant ce temps, sur Sikinos, le monastère de Zoodochos Pigi construit en 1690 est accessible à pied, gratuitement, avec vue à 360 degrés sur la mer Égée, et personne devant vous dans le cadre.
Sources : stmartinweek.fr | fr.netferry.com