« Je ne nettoie jamais ma tablette en avion » : quand j’ai appris ce qui y survit 7 jours, j’ai changé de réflexe

Une étude de l’Université Auburn révèle que les tablettes d’avion sont plus contaminées que les toilettes, avec des bactéries survivant jusqu’à 7 jours. Les compagnies aériennes ne nettoient ces surfaces que visuellement entre les vols, laissant les passagers exposés à des risques d’infection.

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Par L'équipe JDS

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La tablette d'avion. Ce plateau en plastique gris que l'on rabat machinalement devant soi, sur lequel on pose son verre de jus d'orange, son magazine, son sandwich sous cellophane, voire, avouons-le, son visage quand la fatigue l'emporte sur l'inconfort. Une surface à laquelle on ne pense jamais à toucher autrement qu'avec ses mains nues. Et c'est précisément le problème.

Des chercheurs de l'Université Auburn, en Alabama, ont testé la survie de deux agents pathogènes sur différentes surfaces d'avion : le staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM) et l'Escherichia coli (E. coli). Le résultat donne à réfléchir avant de mordre dans son prochain encas à 10 000 mètres d'altitude. La tablette que chaque passager abaisse et relève au minimum une fois lors d'un vol affiche 2 155 UFC, unités formant colonie, c'est-à-dire des bactéries vivantes, par centimètre carré. Ce ne sont pas les toilettes qui sont les plus contaminées dans l'avion, mais bien ces tablettes. Le bouton de chasse que l'on évite du bout des doigts ? Nettement moins sale.

À retenir

  • Les bactéries peuvent survivre 7 jours entiers sur une tablette d'avion — plus longtemps qu'on ne l'imaginerait
  • Ces surfaces sont nettoyées moins souvent qu'on le croit, souvent uniquement pour paraître propres
  • Un geste de 30 secondes avec une lingette suffit à éliminer le risque

Sept jours. Pas sept heures, sept jours.

Les chercheurs ont reproduit les conditions habituelles d'un vol, 24 °C, 18 % d'humidité, et observé que les SARM survivent une semaine entière dans le tissu de la poche des sièges, tandis que les E. coli persistent quatre jours sur les accoudoirs et trois jours sur les plateaux. Trois jours sur la tablette. les bactéries laissées par le passager du vol précédent, celui du mardi matin vers Lyon, ou celui du jeudi soir vers Barcelone — sont toujours là, bien vivantes, quand vous prenez votre siège le vendredi.

Le risque de transmission à partir de surfaces lisses, comme le plastique des tablettes ou des volets de hublots, est le plus élevé de toutes les surfaces testées. Le plastique, contrairement au métal ou au tissu, offre aux bactéries une adhérence presque idéale dans un environnement sec et chaud. Le SARM est responsable d'infections cutanées parfois graves, voire mortelles ; l'E. coli, elle, provoque des épidémies alimentaires. Ces deux-là ne sont pas des passagers anodins.

Un chiffre surprenant, glissé en note dans les conclusions de l'étude : le risque de transmission du SARM devient très faible après 24 heures et quasiment nul après 48 heures. Bonne nouvelle, donc, mais pour l'E. coli en revanche, le risque demeure élevé sur les tablettes même après 3 jours. C'est là que le bât blesse, précisément parce que c'est sur cette surface-là que vous posez votre repas.

Ce que les compagnies font (et ne font pas) entre deux vols

On aimerait croire que les équipes au sol s'occupent méthodiquement de chaque tablette entre chaque rotation. La réalité est plus nuancée. Une responsable qualité chez Servair, spécialiste du catering aérien, l'a résumé sans détour : la désinfection concerne surtout les offices, les galleys et parfois les toilettes. Pour les courts-courriers, le nettoyage se limite à enlever papiers, chewing-gums et journaux, pour que l'avion soit visuellement propre. Visuellement. Le mot est dit.

Selon des témoignages d'hôtesses de l'air, la désinfection en profondeur des cabines se fait seulement quatre fois par an, selon le règlement régissant les compagnies aériennes. Les équipes de nettoyage travaillent sous une pression temporelle extrême : les rotations se succèdent parfois à moins de 45 minutes d'intervalle. Les tablettes sont souvent insalubres et les équipes de nettoyage n'ont tout simplement pas le temps de les déplier l'une après l'autre. Une logique économique compréhensible, mais dont les passagers portent les conséquences sur leurs plateaux-repas.

La pandémie de Covid-19 a bousculé ces habitudes, du moins temporairement. Airbus, Safran et plusieurs compagnies ont investi dans des technologies de désinfection par ultraviolets ou par spray électrostatique. Safran Cabin a développé des solutions utilisant la lumière UV pour désinfecter les surfaces dans les cabines. Une PME tarbaise, Adhetec, a mis au point un film adhésif antibactérien et antiviral pour tablettes, dont les microsphères céramiques génèrent des hydroxydes qui détruisent les enveloppes des agents pathogènes, solution déjà adoptée par Corsair. Ces innovations restent minoritaires et inégalement déployées selon les compagnies et les types de vol.

Le réflexe qui change tout : deux lingettes, trente secondes

La bonne nouvelle, c'est que la parade est d'une simplicité désarmante. Les lingettes désinfectantes peuvent être transportées dans les bagages à main, et les restrictions sur les liquides en aéroport ne s'appliquent pas à elles. Elles passent les contrôles de sécurité sans contrainte, sans sac transparent, sans pesée au millilitre près. Une petite pochette de dix lingettes tient dans une poche de veste.

Passer une lingette désinfectante sur les accoudoirs et sur les tablettes escamotables, véritables nids à microbes, est le geste recommandé par les professionnels de la santé en voyage. Deux lingettes, l'une pour la tablette, l'autre pour l'accoudoir et la ceinture, c'est d'ailleurs le conseil systématique des membres d'équipage eux-mêmes, qui voyagent avec des lingettes antibactériennes. Trente secondes à l'installation. Pas davantage.

Un dernier point mérite d'être signalé, car il nuance utilement le tableau : ces recherches étaient soutenues par les industriels de l'aviation, soucieux d'optimiser leurs procédures de nettoyage et de désinfection, et dans ces expériences, la survie des bactéries était observée sans aucun protocole de désinfection, l'objectif étant de récupérer des données brutes. Ces chiffres représentent donc un scénario maximal, sans intervention. La réalité d'un vol implique au moins un nettoyage sommaire. Mais "sommaire" et "rassurant" ne sont pas synonymes — et une lingette dans la poche de veste reste, à ce jour, la variable la plus fiable de l'équation.

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