Après 60 ans, on peut continuer la vitamine D même pendant l’été

Contrairement à une croyance médicale persistante, l’été n’efface pas le déficit en vitamine D chez la majorité des Français. L’étude ENNS montre que 80 % de la population souffre d’une insuffisance, même pendant les beaux jours. La biologie du vieillissement et le mode de vie contemporain expliquent cette réalité souvent ignorée par les prescriptions saisonnières.

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Par L'équipe JDS

Non, la supplémentation en vitamine D n'a pas à s'arrêter mécaniquement en mai après 60 ans : la synthèse cutanée baisse avec l'âge et l'été ne compense pas l'hiver. Le déficit concerne une large part de la population toute l'année. La décision de poursuivre ou d'arrêter se prend avec son médecin, pas seulement au calendrier.

Pourquoi le retour du soleil ne règle-t-il pas la question ?

L'étude nationale nutrition santé (ENNS), menée sur 1 587 adultes entre 2006 et 2007, a mesuré une concentration moyenne de 23 ng/mL en 25-hydroxyvitamine D. Les participants ont été inclus de février 2006 à mars 2007 afin de tenir compte de la saisonnalité de l'alimentation et de l'ensoleillement. Résultat : le déficit est plus marqué entre novembre et mars, mais il concerne une large part de la population toute l'année.

En cause, une réserve courte : les réserves constituées au soleil ne tiennent pas jusqu'au printemps. Trois semaines de vacances au soleil en juillet ne constituent donc pas un matelas suffisant pour tenir jusqu'en mars. Le corps stocke cette vitamine dans le tissu adipeux et dans le foie, mais ces réserves ont souvent été largement utilisées pendant l'hiver.

Le mode de vie aggrave le tableau. Les facteurs associés à un risque de déficit modéré à sévère sont notamment :

  • la vie sédentaire en intérieur et un faible niveau d'activité physique ;
  • l'usage d'écrans solaires qui bloquent les UVB ;
  • une alimentation pauvre en poissons gras ;
  • une pigmentation cutanée foncée ;
  • une résidence dans une zone à faible ensoleillement.

Après 60 ans, la peau fabrique-t-elle encore assez de vitamine D ?

Après 60 ans, l'efficacité de la synthèse cutanée de la vitamine D chute de près de 75 %, même en cas d'exposition régulière au soleil. À exposition identique, la peau produit environ quatre fois moins de vitamine qu'à 30 ans. À ce vieillissement cutané s'ajoute souvent un mode de vie plus sédentaire, qui limite l'exposition : les deux facteurs se cumulent.

Foie et reins voient aussi leur mécanique enzymatique faiblir, ce qui complique l'activation de la vitamine D3. Et à concentration plasmatique équivalente, une insuffisance en vitamine D a un retentissement clinique plus important chez une personne âgée que chez un adulte jeune : ce qui reste sans symptôme à 40 ans peut précipiter une fracture ou aggraver une sarcopénie à 70 ans. L'effet principal démontré par les études interventionnelles reste la réduction du risque de chute et de fracture.

L'alimentation peut-elle compenser ?

La vitamine D de l'organisme provient à 80-90 % de la synthèse cutanée sous l'effet des rayonnements ultraviolets, contre 10 à 20 % seulement de l'alimentation. Les adultes français consomment en moyenne 3,1 µg de vitamine D par jour via les aliments, loin des 15 µg quotidiens recommandés en l'absence d'exposition au soleil.

Les sources alimentaires existent : poissons gras, jaune d'œuf, certains champignons, produits laitiers enrichis. Mais l'apport journalier ne peut pas être raisonnablement atteint en mangeant du poisson gras plusieurs fois par semaine, et en consommer tous les jours n'est pas recommandé en raison des risques liés à la toxicité des métaux lourds.

Peut-on arrêter la vitamine D en mai ?

Plusieurs recommandations médicales suggèrent de poursuivre la supplémentation pendant les premières semaines du printemps, surtout chez les personnes exposées à un risque de carence. La fenêtre mai-septembre où le soleil suffirait théoriquement à couvrir les besoins suppose des conditions rarement réunies : 15 à 20 minutes d'exposition quotidienne, peau découverte, ciel dégagé, sans crème solaire. L'Anses rappelle que 15 à 20 minutes d'exposition en fin de matinée ou dans l'après-midi peuvent couvrir les besoins.

Deux limites subsistent. À la latitude de la France, entre 42° et 51° Nord, les UVB sont insuffisants entre novembre et mars pour permettre une synthèse cutanée efficace. Et les habitudes de vie, activité en intérieur et protection solaire, comptent davantage que la latitude. Les données ne montrent pas d'effacement du problème : en 2019, plus de 70 % des adultes français présentaient encore une insuffisance d'apport en vitamine D, voire une carence dans 6,5 % des cas.

Chez une personne qui passe régulièrement du temps à l'extérieur au printemps et en été, la production naturelle peut progressivement rétablir un niveau satisfaisant. Pour les personnes âgées, celles qui travaillent exclusivement en intérieur ou dont la peau est peu exposée au soleil, la supplémentation peut rester pertinente pendant une partie de l'année. Dans tous les cas, la décision se discute avec son médecin.

Quelles doses et quelle forme privilégier après 60 ans ?

Les experts recommandent de supplémenter systématiquement les personnes âgées en vitamine D : 800 à 1 000 UI par jour en prise quotidienne, ou une ampoule de 80 000 à 100 000 UI tous les deux à trois mois. La prise quotidienne ou hebdomadaire modérée est aujourd'hui préférable à la dose unique massive, mieux tolérée et plus régulière : l'ampoule trimestrielle produit un pic puis une chute rapide.

Faut-il doser la vitamine D dans le sang ?

Le dosage n'est pas recommandé de façon systématique en dehors de certaines situations particulières : suspicion d'ostéomalacie, transplantation rénale, chirurgie bariatrique, chutes répétées chez la personne âgée. Un dosage sanguin annuel, idéalement en sortie d'hiver, permet toutefois d'ajuster la supplémentation : un bilan d'une vingtaine d'euros, pris en charge par l'Assurance Maladie uniquement dans ces indications précises. Il apporte une réponse personnalisée là où le calendrier médical propose une règle générale.

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