Un somnifère pris pendant deux décennies devient progressivement dangereux avec l’âge : ralentissement des réflexes, risque de chute majoré de 41%, voire augmentation du risque de démence. Pourtant, la France reste championne d’Europe de la prescription de benzodiazépines chez les seniors, avec des médicaments rarement réévalués depuis leur initiation.
Arrêter les benzodiazépines après 65 ans se fait très progressivement

Après 65 ans, une benzodiazépine ne devrait pas être prescrite plus de trois mois, rappelle la Haute Autorité de santé, alors que des millions de seniors en prennent depuis des années. L'arrêt ne se fait jamais brutalement : la déprescription se fait par paliers adaptés à chaque personne, sur la durée nécessaire. En jeu, un risque de chute majoré et des troubles de la mémoire et de la vigilance.
Pourquoi les benzodiazépines font-elles chuter après 65 ans ?
Avec l'âge, les fonctions hépatiques et rénales diminuent, ce qui allonge le temps d'élimination des médicaments : une molécule qui traversait l'organisme en quelques heures à 45 ans peut encore circuler dans le sang huit à dix heures plus tard chez une personne de 75 ans. La sédation, la faiblesse musculaire et la confusion qui en découlent augmentent le risque de chute, notamment au moment de se lever la nuit. Les chutes sont une cause majeure de fractures du col du fémur et d'hospitalisation chez les personnes âgées.
Quel risque de chute les études mesurent-elles ?
Plusieurs méta-analyses ont chiffré ce risque : l'usage des benzodiazépines y est associé à une augmentation du risque de chute chez les personnes âgées.
Combien de seniors français en prennent ?
En 2022, 13 % des personnes de 65 ans et plus ont reçu au moins une prescription « potentiellement inappropriée » de benzodiazépines au cours de l'année, soit environ deux fois plus qu'en Suède et six fois plus qu'au Danemark. En Ehpad, près d'un résident sur deux est concerné, souvent avec une ordonnance jamais réévaluée depuis l'entrée en établissement. Ces molécules restent très largement prescrites chez les plus de 65 ans.
Les benzodiazépines abîment-elles la mémoire ?
Les médecins observent des troubles de la mémoire immédiate et une baisse significative de la vigilance. Chez certains patients âgés, la confusion mentale induite par les somnifères imite les symptômes d'une démence et fausse le diagnostic. Une étude publiée dans le Journal of Alzheimer's Disease, observationnelle et donc à interpréter avec prudence, rapporte une augmentation du risque de démence chez les personnes âgées qui prennent régulièrement des benzodiazépines pour une insomnie chronique, par rapport à celles qui en prennent rarement ou jamais. Le chercheur à l'origine de ces travaux souligne qu'il existe « clairement une différence de signal entre benzodiazépines à durée de vie longue et celles à durée courte », les premières étant déjà identifiées comme dangereuses chez les personnes âgées.
Combien de temps peut-on prendre un somnifère après 65 ans ?
La durée de prescription ne doit pas dépasser trois mois chez les personnes âgées, selon les recommandations françaises de la Haute Autorité de santé et les recommandations internationales. Les critères de l'American Geriatrics Society (2023) sont plus tranchés encore : ces molécules sont à éviter chez les plus de 65 ans pour l'insomnie et l'anxiété courante, sauf indications particulières.
Comment arrêter les benzodiazépines après 65 ans ?
Jamais d'un coup. Un arrêt brutal après des années de traitement expose à un rebond d'anxiété et d'insomnie, parfois à des convulsions dans les cas les plus sévères. La Haute Autorité de santé insiste sur la progressivité, avec des paliers adaptés à chaque personne.
- Fixer avec son médecin une réduction par paliers, sans calendrier standard.
- Prévoir un accompagnement dans la durée : pour un usage ancien, la déprescription se fait par étapes, sur plusieurs mois.
- Associer si besoin des approches non médicamenteuses, en relais du traitement.
Que demander à son médecin lors du renouvellement ?
Des fiches d'information patient, diffusées dans plusieurs régions par les Omédit, ont été conçues pour ouvrir la conversation avec le généraliste. Deux questions simples méritent d'être posées : quelle molécule exactement est prescrite, et quelle est sa durée d'élimination ? Toutes les benzodiazépines ne se comportent pas de la même façon dans un organisme vieillissant, et cette donnée change parfois toute la discussion.
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Sources : has-sante.fr | ma-sante.news
