Les cartons de livraison semblent être le paillage zéro déchet idéal, mais ils cachent une réalité chimique préoccupante. Encres toxiques, huiles minérales, PFAS : ce que vous ignorez sur ces boîtes recyclées pourrait contaminer votre sol. Explorez les alternatives vraiment saines pour votre jardin.
Je gardais tous mes cartons de livraison pour le potager : un jardinier m’a expliqué pourquoi il ne faut surtout pas faire ça

Pendant des années, récupérer les cartons de livraison pour les étaler au potager semblait être le geste zéro déchet par excellence : gratuit, biodégradable, pratique. Un jardinier aguerri m'a remis en question cette certitude avec une précision déconcertante. Le problème n'est pas le carton en lui-même. C'est le carton de livraison, spécifiquement.
À retenir
- Les cartons de livraison contiennent des résidus chimiques toxiques : encres pétrolières, huiles minérales et PFAS
- Le processus de recyclage accumule les polluants qui se libèrent dans le sol humide du potager
- Paille, feuilles mortes et BRF sont des alternatives gratuites, naturelles et réellement bénéfiques pour vos cultures
Ce que contient vraiment un carton de colis
Un carton brun ondulé, de prime abord, ressemble à de la cellulose compressée. Le carton est composé de 40 à 50 % de cellulose. Jusque-là, rien d'alarmant. Mais la fabrication industrielle ne s'arrête pas là. Le carton est produit à partir de fibres de cellulose vierge ou recyclées, auxquelles s'ajoutent des charges minérales ou végétales, et les restes de tous les adjuvants chimiques utilisés dans le processus de fabrication : floculants, agents de désencrage, dispersants, antimousse, et des colorants, car le carton même brun serait grisâtre s'il n'était pas teinté.
Les encres posent un problème particulier. L'encre utilisée pour l'impression est une pâte épaisse qui contient des colorants, des huiles, des essences, des alcools, des résines. Les cartons et cartonnettes d'emballage contiennent souvent des encres chimiques d'origine pétrolière ; les encres de couleur vive utilisées pour certaines impressions peuvent contenir des produits chimiques et des métaux lourds. Le carton de votre dernière commande en ligne, couvert de logos colorés et de numéros de suivi imprimés, entre typiquement dans cette catégorie.
La question des huiles minérales est encore plus préoccupante. Les huiles minérales figurent parmi les contaminants les plus scrutés dans le carton recyclé. Elles proviennent principalement d'anciennes encres d'impression présentes dans les papiers collectés pour recyclage. L'Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) a lancé une alerte au sujet des emballages alimentaires en papier et en carton : ceux-ci contiennent souvent des huiles minérales, provenant notamment des encres et adhésifs, qui peuvent migrer dans les aliments et s'avérer cancérigènes et génotoxiques. Ce qui migre dans les aliments emballés peut évidemment migrer dans un sol potager humide.
À cette liste s'ajoutent les PFAS, ces composés per- et polyfluoroalkylés surnommés "polluants éternels". Plusieurs familles de substances font l'objet d'études, d'alertes et de mesures réglementaires dans les emballages carton : huiles minérales, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), PFAS, bisphénol A, retardateurs de flamme bromés, nitrosamines, microplastiques et nanomatériaux. Les cartons de livraison recyclés concentrent précisément ces substances issues de multiples cycles industriels.
Le problème du carton recyclé, que personne ne dit clairement
Selon des fabricants, les producteurs utilisent de plus en plus de fibres plastiques issues des bouteilles recyclées, moins chères que la cellulose de bois. Cette évolution, discrète mais bien réelle dans l'industrie de l'emballage, change la donne pour le jardinier qui croyait utiliser un matériau purement végétal. Dire que le carton est 100 % naturel parce que recyclé, c'est faux.
Le processus de recyclage lui-même pose problème. Le carton recyclé est broyé avec tous ses restes d'encres et de colles. Quand vous posez un carton de livraison sur votre sol, vous ne posez pas un seul carton : vous posez potentiellement la somme chimique de tous les matériaux qui l'ont précédé dans la chaîne de recyclage. Et une fois humide, ce carton libère dans le sol ce qu'il a accumulé.
Les rubans adhésifs et étiquettes complètent ce tableau. Les rubans adhésifs, les étiquettes autocollantes et les agrafes présents sur les cartons ne se dégradent pas et risquent de polluer durablement votre jardin. Même en les retirant soigneusement, certains cartons sont traités avec des insecticides ou des fongicides qui risquent de se retrouver dans le sol tandis que l'encre contient des composés chimiques qui polluent la terre.
La nuance qui change tout : tous les cartons ne sont pas égaux
Ici, l'honnêteté intellectuelle oblige à nuancer. Le carton n'est pas universellement toxique pour le potager. L'utilisation du carton et du papier journal est permise en agriculture biologique selon le ministère américain de l'Agriculture, à condition que le carton soit fait de produits recyclés, ne contienne pas d'encres de couleur ou de finis glacés, et ne soit pas ciré ou traité avec des fongicides.
Le carton brun ondulé, sans impression, sans plastification, sans logos colorés, reste acceptable comme paillage temporaire. Mieux vaut privilégier les cartons ondulés bruns, sans encre ni colle. Le carton de livraison e-commerce, lui, ne remplit presque jamais ces critères : impression multicolore sur au moins une face, étiquette thermique collée, bande adhésive renforcée. Pour préserver la qualité de votre sol, mieux vaut bannir les cartons imprimés, glacés ou colorés, ainsi que ceux qui portent des pelliculages brillants.
Par ailleurs, le carton peut causer de la sécheresse dans le sol s'il est très épais ou ciré. S'il n'absorbe pas l'eau, l'eau va ruisseler lorsqu'il pleut et ne se rendra pas dans la terre. À moins d'arroser très régulièrement, les légumes pourraient en souffrir. Un carton de colis dense, légèrement ciré pour résister aux intempéries du transport, crée exactement cette barrière imperméable.
Quoi utiliser à la place, concrètement
La bonne nouvelle, c'est que les alternatives existent, gratuites ou presque. La paille offre une bonne protection thermique, très aérée, riche en potassium, qui laisse bien respirer la terre. Contrairement aux restes de tontes et au foin, elle ne forme pas de croûte imperméable en séchant. Elle est très efficace contre les mauvaises herbes, à condition de la disposer en couche épaisse.
Les feuilles mortes, les déchets de tonte séchés préalablement pour éviter fermentations et moisissures, les déchets de coupe broyés et le BRF (bois raméal fragmenté) permettent d'obtenir d'excellents paillages naturels à partir des déchets du jardin. La tonte de gazon mérite une attention particulière : l'herbe de tonte est très riche en azote, et elle peut compenser un éventuel effet dépressif causé par la matière carbonée. En pratique, alterner une couche de tonte séchée et une couche de feuilles mortes deux à trois fois par saison donne un paillage équilibré, nourrissant et entièrement propre.
Pour les jardiniers tentés par le carton sous une épaisse couche de BRF (technique dite "en lasagne"), la règle reste la même : choisissez des cartons les plus bruts possibles, de préférence non traités et sans inscription, car certains sont traités avec des insecticides ou des fongicides qui risquent de se retrouver dans le sol. Un carton brun vierge d'épicerie ou de boulangerie, récupéré directement en magasin, reste infiniment plus sûr que le colis Amazon fraîchement livré. Le carton de livraison, recyclable au bac jaune, l'est précisément parce qu'il est conçu pour être retraité industriellement, pas pour se décomposer lentement à dix centimètres de vos carottes.
Source : astucesdegrandmere.net