J’ai voulu comprendre cette ligne de 2,90 € sur mon relevé : personne ne m’avait prévenu de l’option facturée depuis des années sans ma signature

Depuis dix ans, une assurance moyens de paiement était prélevée discrètement chaque mois sur un compte bancaire, représentant plus de 340 euros sans consentement explicite. En creusant le sujet, il s’avère que cette garantie est souvent inutile puisque la loi française protège déjà les usagers, et que les banques en ligne la proposent gratuitement.

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Par L'équipe JDS

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Deux virgule quatre-vingt-dix euros. Sur mon relevé bancaire, chaque mois, depuis une éternité. Une ligne discrète, coincée entre les frais de tenue de compte et je ne sais quel prélèvement automatique, intitulée « assurance moyens de paiement ». J'ai fini par cliquer, par chercher, par appeler. Résultat : je payais depuis dix ans une garantie que je n'avais jamais explicitement demandée, glissée dans mon contrat au moment de l'ouverture de mon compte, sans qu'aucun conseiller ne prenne la peine de m'expliquer à quoi elle servait ni combien elle allait me coûter sur la durée.

À retenir

  • Vous payez peut-être depuis des années une assurance que vous n'avez jamais vraiment demandée
  • La loi vous protège déjà sans cette assurance : découvrez ce qui change réellement
  • Trois minutes suffisent pour supprimer ces prélèvements : voici comment procéder

Une ligne de 2,90 euros qui en dit long sur nos habitudes bancaires

Sur dix ans, ce petit prélèvement mensuel représente plus de 340 euros. Une somme qui aurait pu financer un week-end, quelques restaurants, ou simplement rester sur mon compte. Et je ne suis visiblement pas un cas isolé : au 26 mai 2026, l'assurance perte et vol des moyens de paiement est facturée dans 119 des 121 banques la proposant, pour un prix moyen de 27,87 euros par an, avec des écarts allant de 14 euros à la Macif jusqu'à 48 euros chez Axa Banque. Mon banquier, lui, se situait pile dans la moyenne haute avec ses 2,90 euros mensuels.

Ce qui m'a le plus agacé, ce n'est pas tant le montant en lui-même que la manière dont ce service s'est retrouvé sur mon compte. L'assurance perte et vol des moyens de paiement est un produit couramment souscrit, parfois sans le savoir, un produit bancaire phare, fréquemment souscrit, mais souvent « invisible » pour les clients puisqu'elle est dans la plupart des cas incluse d'office dans les packages bancaires. on ne signe pas vraiment pour cette option précise : on signe pour un pack global qui l'embarque, comme on accepterait les conditions générales d'un site internet sans les lire jusqu'au bout.

Ce que cette assurance couvre réellement (et ce que la loi couvre déjà)

Voilà le point qui m'a le plus surpris en creusant le sujet. Avant même de songer à souscrire quoi que ce soit, la loi française protège déjà largement les usagers. D'après l'article L 133-19 et l'article L 133-18 du Code monétaire et financier, en cas de vol, votre banque doit vous rembourser intégralement et immédiatement les sommes détournées et les frais de fabrication du nouveau moyen de paiement, à moins qu'elle ne parvienne à démontrer que vous avez été négligent. Seule ombre au tableau : une franchise qui reste à la charge du client, plafonnée légalement à 50 euros.

Ce doublon entre l'obligation légale et le service payant n'a d'ailleurs pas échappé au régulateur lui-même. Le gendarme du secteur bancaire a été particulièrement sévère sur ce point : l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution a estimé que cette assurance, souvent proposée dans des offres groupées, « constitue principalement une source de revenus pour la chaîne de distribution et ne présente qu'un intérêt marginal pour le client ». Un constat sans détour, venant d'une institution qui n'a pourtant pas pour habitude de fustiger les banques publiquement.

Certes, cette assurance peut apporter un plus dans quelques situations précises : remplacement de clés perdues, de papiers d'identité volés, ou remboursement de la franchise légale de 50 euros. Mais pour la majorité des usagers qui n'ont jamais subi de vol avec violence ni perdu leur trousseau en même temps que leur carte, la garantie dort dans un tiroir. Deux banques en ligne l'ont bien compris : seules Fortuneo et BoursoBank proposent ce service gratuitement, preuve que la facturation n'a rien d'une obligation technique incontournable.

Résilier en deux clics : ce que la loi permet vraiment

La bonne nouvelle, c'est que je n'étais pas prisonnier de ce contrat. Il est possible de résilier le contrat après l'expiration d'un délai d'un an à compter de la date initiale de conclusion du contrat, sans se soucier de sa date d'échéance, et la résiliation prend effet un mois après la notification par l'assureur. C'est la fameuse loi Hamon, celle qui a déjà simplifié la vie de millions de Français pour leur assurance auto ou habitation, et qui s'applique tout aussi bien ici.

Depuis 2023, les banques ont même une obligation supplémentaire qui facilite grandement la démarche. Depuis le 1er juin 2023, si l'assureur permet de souscrire des contrats par internet, il doit mettre à disposition une interface en ligne afin de permettre la résiliation, et cette fonctionnalité doit être d'accès facile, direct et permanent. Dans mon cas, un simple message via l'espace client a suffi, sans lettre recommandée, sans justificatif, sans explication à fournir. Trois minutes, chrono en main, pour mettre fin à dix ans de prélèvements.

Un détail à garder en tête tout de même : si cette assurance fait partie d'un pack bancaire incluant carte, découvert autorisé et autres services, sa suppression seule ne fera pas systématiquement baisser le prix global de l'offre. Si cette assurance est incluse dans une offre groupée de services bancaires, la résiliation de cette seule assurance n'entraîne pas nécessairement une diminution du prix de l'offre, mais il est également possible de résilier le package et de souscrire séparément uniquement les produits et services souhaités. Il faut parfois batailler un peu plus loin que la simple case à décocher.

Un réflexe à généraliser sur tous les relevés

Depuis cette découverte, j'ai pris une habitude toute simple : éplucher une fois par an mon relevé de tarifs bancaires, celui que la banque envoie généralement en janvier et que la plupart d'entre nous archivons sans l'ouvrir. Chaque ligne mérite une question : à quoi ça sert, et est-ce que je pourrais vivre sans ? Certains contrats plus anciens, souscrits avant 2015, échappent d'ailleurs à la loi Hamon et restent bloqués jusqu'à leur date d'échéance annuelle, ce qui rend la vigilance sur les vieux comptes encore plus utile. La fraude aux moyens de paiement, elle, ne cesse de progresser d'année en année selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, ce qui rend la question de la protection légitime. Mais protection légitime ne veut pas dire facturation automatique et silencieuse : la différence entre les deux tient, très concrètement, à une ligne de 2,90 euros qu'il suffit parfois de lire pour la faire disparaître.

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