Ne bouchez pas les grilles d’un vide sanitaire, car l’humidité se condense

Le froid aux pieds m’avait poussé à boucher les grilles, en pensant bien faire. Le charpentier a planté son tournevis dans la première solive, et le bois a cédé sans résistance.

Par Cécile Ducommun

Non : boucher les grilles d'un vide sanitaire ne réchauffe pas le plancher, mais bloque la ventilation qui évacue la vapeur d'eau du sol. Cette humidité se condense alors sur les solives, et à partir de 20 % d'humidité dans le bois, la mérule peut s'installer. Le froid aux pieds, lui, ne change pas : il vient de l'absence d'isolation sous le plancher.

Pourquoi boucher les grilles ne réchauffe-t-il pas le plancher ?

Sous une maison sur vide sanitaire, la terre dégage de la vapeur d'eau toute l'année. Les grilles servent à l'évacuer, par un balayage permanent de l'air extérieur sous le plancher. Si on les obture, cette vapeur n'a plus d'issue et se dépose sur la surface la plus froide à sa portée : le bois des solives et du dessous de plancher.

Le raisonnement « moins de courants d'air, donc moins de froid » paraît logique, mais le plancher est froid parce qu'il n'est pas isolé, pas parce que l'air circule dessous. Le vide sanitaire reste un volume tampon, plus tempéré que l'extérieur en pleine gelée, et il le reste tant qu'il est sec.

À partir de quel taux d'humidité la mérule peut-elle s'installer ?

Les services de l'État situent le seuil de danger à partir de 20 % d'humidité dans le bois. Un bois sain, bien ventilé, reste en général sous ce niveau. Au-delà, et surtout dans la durée, les conditions de la mérule sont réunies.

La mérule pleureuse (Serpula lacrymans) est un champignon lignivore, qui dégrade la cellulose du bois. Il avance derrière les parois et sous les planchers, hors de la vue des occupants ; quand une trace apparaît, le mal est souvent déjà bien installé. Une averse isolée ne suffit pas : il faut une humidité durable.

Le champignon prospère dans les espaces confinés, sombres et non ventilés, comme le rappelle la direction départementale des territoires de Saône-et-Loire, dont les documents précisent qu'il n'infeste pas, a priori, les bâtiments bien conçus et bien entretenus. Les causes fréquentes sont les dégâts des eaux, les défauts d'entretien et les erreurs commises lors de travaux. Boucher une grille d'aération entre dans cette dernière catégorie.

Comment vérifier l'état des solives ?

  • Le test du tournevis ou du poinçon : une solive saine oppose une vraie résistance ; un bois attaqué se laisse traverser, s'effrite ou se fendille en petits cubes.
  • L'humidimètre à pointes : il donne une valeur chiffrée à comparer au seuil de 20 %. Relevez plusieurs points, près des grilles, au centre du vide sanitaire et sous les pièces d'eau, car l'humidité n'est jamais uniforme.
  • Les signes à surveiller : odeur de champignon ou de cave en entrant, parquet qui ressort sous le pied, plinthes qui se décollent, parfois filaments blancs ou poussière rousse.

Aucun de ces indices ne prouve à lui seul la présence de mérule, mais deux ou trois ensemble justifient de descendre sous le plancher avec une lampe.

Comment garder les pieds au chaud sans fermer les grilles ?

La solution se trouve sous le plancher, pas devant les grilles : on fixe un isolant sous les solives, côté vide sanitaire, en panneaux rigides ou en isolant projeté, choisis pour leur tenue à l'humidité. Le plancher bas représente de l'ordre de 7 à 10 % des déperditions d'une maison selon les estimations les plus couramment citées, et il commande directement la température ressentie au sol.

Les grilles, elles, restent ouvertes douze mois sur douze :

  • dégagez-les des feuilles mortes et des végétaux à l'automne ;
  • vérifiez qu'aucun pot ni tas de bois ne les masque ;
  • contrôlez que le sol du vide sanitaire est couvert d'un film polyéthylène si la terre est nue.

Que faire si les grilles sont déjà bouchées ?

Rouvrez-les sans attendre. Mesurez ensuite l'humidité des solives avec un humidimètre, photographiez les zones suspectes en notant la date, puis faites appel à un professionnel du bois si les relevés dépassent 20 %. Un second relevé en février, au cœur de la saison de chauffe, indique si le bois sèche ou si l'humidité persiste.

Faut-il déclarer la mérule en mairie ?

La loi Alur du 24 mars 2014 a posé un cadre. Dès qu'il a connaissance de la présence de mérule, l'occupant la déclare en mairie ; à défaut d'occupant, c'est au propriétaire de le faire. Dans les parties communes d'une copropriété, la démarche revient au syndicat. Les services de l'État renvoient vers le formulaire Cerfa 12010*02, celui des termites, adapté pour la mérule.

Quand des foyers sont identifiés dans une ou plusieurs communes, un arrêté préfectoral délimite des zones à risque, consultable en préfecture. Lors de la vente d'un immeuble situé dans l'une d'elles, une information sur le risque de mérule doit être fournie à l'acheteur, en application des articles L133-8 et L133-9 du Code de la construction et de l'habitation. Tous les départements n'ont pas un tel arrêté.

Le traitement suit une logique en plusieurs temps : supprimer la source d'humidité, améliorer la ventilation et le séchage, déposer les bois trop dégradés, traiter ceux que l'on conserve, vérifier les zones voisines, puis contrôler après travaux que l'humidité ne remonte pas. Dans une zone délimitée par arrêté préfectoral, les bois contaminés issus d'une démolition, même partielle, ne sont plus soumis à l'obligation d'être incinérés sur place ou traités avant tout transport (supprimée en 2015). La facture dépend de l'étendue des dégâts, rarement connue avant l'ouverture du plancher.

La DDTM de l'Eure rappelle enfin que la mérule peut provoquer des problèmes respiratoires chez les occupants, et que la responsabilité du maire peut être engagée en cas d'effondrement.

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Cheffe de rubrique Décoration, Art de vivre et Jardin paysager, j'aime les beaux objets, les parcours inspirants et les aménagements intérieurs comme extérieurs qui ont une âme. Outre ma passion pour l'aménagement intérieur et extérieur, je suis également Cheffe de rubrique Psychologie, domaine pour lequel je nourris une réelle appétence.

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