J’ai découvert cette presqu’île du Finistère en fuyant la fournaise du Sud et je ne retournerai plus jamais sur la Côte d’Azur

Fuyant la canicule du Sud, un voyageur découvre la presqu’île de Crozon et ses criques aux eaux turquoise dignes des Caraïbes. Entre Morgat, le cap de la Chèvre et la pointe de Pen-Hir, il repousse son départ d’une semaine entière, conquis par un littoral qui mêle randonnée côtière, panoramas vertigineux et baignades revigorantes.

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Par L'équipe JDS

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Trente-huit degrés à Montpellier, l'asphalte qui fond et la clim de la voiture à bout de souffle : c'est dans cet état d'épuisement thermique que j'ai posé mon sac sur la presqu'île de Crozon, dans le Finistère. Le plan initial ? Trois jours pour souffler avant de rentrer affronter la fournaise du Sud. Le résultat ? Une semaine de plus, deux allers-retours annulés, et la conviction profonde que je reviendrai chaque été tant que ces criques turquoise existeront.

À retenir

  • Des eaux turquoise à 17-18°C qui offrent une thérapie de choc face à la canicule méditerranéenne
  • Trois ambiances distinctes le long d'un seul littoral : plage familiale, cap panoramique et pointe minérale vertigineuse
  • Le GR34 condense quatre paysages bretons en une seule journée de marche, des pinèdes aux falaises abruptes

Des eaux dignes des Caraïbes, sans le décalage horaire

Personne ne m'avait prévenu. On m'avait vendu la Bretagne des ciels gris et des cirés jaunes, pas ce bleu-vert éclatant qui claque sous le soleil de juillet. La première claque visuelle, je l'ai prise en descendant vers Morgat : l'anse Saint-Nicolas et l'île Vierge offrent une qualité environnementale et une couleur turquoise de l'eau qui donnent à cet endroit l'impression d'un petit paradis. Ce n'est pas une formule marketing, c'est littéralement ce qui m'a traversé l'esprit en sortant du sentier.

La fameuse plage de l'île Vierge, coincée entre Morgat et le cap de la Chèvre, a d'ailleurs obtenu en 2014 le rang de 7ème plus belle plage d'Europe de l'année selon le site European Best Destinations. Mais aujourd'hui, on ne peut plus y poser sa serviette. L'accès y est interdit depuis 2020, pour des raisons de sécurité et de préservation de cet écosystème classé Natura 2000, tant la fréquentation menaçait l'équilibre du site. Bonne nouvelle pour les jambes et pour les yeux : le spectacle reste entier depuis les hauteurs. Le sentier côtier GR34 longe les falaises boisées au-dessus et offre de très belles vues, la plage paraissant même plus belle avec son sable blanc préservé plutôt qu'une masse de serviettes et de parasols. J'y suis resté vingt minutes sans bouger, appareil photo oublié dans le sac.

Morgat, le cap de la Chèvre et Pen-Hir : trois ambiances, un seul littoral

Morgat, justement, mérite qu'on s'y arrête plus qu'une après-midi. La grande plage de Morgat part du Grand Hôtel de la Mer et se termine sur le quai de l'ancien port de pêche, en forme de croissant face au sud-est, jouxtant le port de plaisance. C'est la version familiale et facile d'accès de la presqu'île : sable fin, eau qui reste fraîche même en pleine canicule (là est tout l'intérêt, non ?), et une poignée de crêperies pour recharger les batteries entre deux baignades.

Plus au sud, le cap de la Chèvre change complètement de registre. Fermant la baie de Douarnenez, situé dans le parc naturel régional d'Armorique, le cap est couvert d'une lande rase où l'on aperçoit des maisons bretonnes typiques en pierre. On y vient moins pour se baigner que pour prendre une claque de panorama : d'un côté la baie de Douarnenez, de l'autre les îles de Molène et Ouessant, et en face la pointe du Raz. J'ai pique-niqué là, un jeudi midi, seul avec deux moutons et le bruit du vent. Un luxe qu'aucune terrasse climatisée du Sud ne m'aurait offert.

À l'autre extrémité de la presqu'île, la pointe de Pen-Hir joue dans une autre catégorie : plus minérale, plus vertigineuse, avec ses fameux Tas de Pois qui émergent de la mer d'Iroise comme des dents de granit. C'est aussi le site le plus fréquenté du secteur, son accès étant facilité par une route et un parking qui réduisent la marche au minimum. Un conseil de terrain : y arriver avant 10 heures. Après, le parking sature et la magie du lieu se dilue dans la foule des tongs et des perches à selfie.

Le GR34, ou comment marcher sans jamais s'ennuyer

Impossible de parler de Crozon sans évoquer le GR34, ce sentier des douaniers qui ceinture toute la Bretagne. Sur la presqu'île seule, le tracé forme une boucle de 116 kilomètres avec un dénivelé positif et négatif de 2 700 mètres, généralement parcourue en 3 à 6 jours selon le rythme de marche. Rassurez-vous, on n'est pas obligé de tout avaler d'un coup : des dizaines de boucles courtes permettent de picorer les plus beaux tronçons en une demi-journée, entre Morgat, le cap de la Chèvre et Pen-Hir.

Ce que j'ai adoré, au-delà des points de vue, c'est la diversité du terrain. En une seule matinée, on traverse une pinède qui sent la résine comme en Provence, puis une lande de bruyères mauves façon Écosse, puis des falaises abruptes qui plongent dans une eau presque méditerranéenne. Ce tronçon du GR34 traverse une grande diversité de paysages : falaises abruptes, criques aux eaux turquoise, landes sauvages et plages de sable fin se succèdent au fil des étapes. Un condensé de Bretagne qui tient dans une seule journée de marche.

Comment s'organiser sans se griller les pieds ni se perdre

Pour rejoindre le point de vue sur l'île Vierge, le plus simple reste de partir de Morgat ou du hameau de Saint-Hernot et de suivre les panneaux du sentier littoral. Comptez environ 1h30 de marche depuis Morgat par un sentier mélangeant pins, landes et bruyères, ou une vingtaine de minutes seulement depuis le parking de Saint-Hernot. Prévoyez de bonnes chaussures : le chemin, escarpé et vallonné par endroits, glisse facilement après la pluie, même en été.

Côté timing, le grand paradoxe de Crozon en pleine canicule nationale, c'est que l'Atlantique reste frais même quand l'air suffoque ailleurs. On ne se baigne pas ici comme dans une piscine chauffée, l'eau tourne souvent autour de 17 à 18 degrés en plein été, ce qui explique pourquoi certains surfeurs restent en combinaison même en avril. Mais justement, c'est ce contraste qui soigne : sortir de la voiture surchauffée pour plonger dans une eau qui vous coupe le souffle, puis se réchauffer sur un rocher tiède, voilà une thérapie que ne connaissent pas les habitués des plages du Sud.

Reste un détail que j'ignorais avant d'y aller : la presqu'île entière fait partie du Parc naturel régional d'Armorique, et une bonne partie du littoral appartient au Conservatoire du littoral. Le bivouac sauvage y est donc quasiment impossible, mieux vaut réserver un gîte ou un camping à l'avance, surtout en juillet et août où les hébergements se remplissent vite. Un détail qui n'a rien changé à mon envie de repartir, la valise à moitié faite, vers ce bout de terre où l'eau turquoise n'a définitivement rien à envier à la Méditerranée.

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