Une arnaque massive par SMS usurpe l’identité de l’ANTAI, prétendant réclamer le paiement d’une amende forfaitaire de 35 euros en 48 heures. Des milliers d’automobilistes, pressés ou soucieux de respecter la loi, cliquent sur un faux lien et compromettent leurs données bancaires. Découvrez comment reconnaître ces faux messages et les gestes à adopter en cas de fraude.
J’ai réglé mon amende de 35 € dès la réception du SMS pour éviter la majoration : quand ma banque m’a rappelée, il était trop tard

Trente-cinq euros. C'est le montant qui revient presque systématiquement dans les faux SMS d'amende qui inondent les téléphones français depuis le début de l'année 2026. Le choix de 35 € n'a rien d'innocent : ce montant rappelle une vraie amende forfaitaire de 1re classe pour un petit excès de vitesse, assez crédible pour ne pas choquer. Résultat : des milliers d'automobilistes, souvent pressés ou simplement soucieux de ne pas s'attirer d'ennuis avec l'administration, règlent ce qu'ils croient être une contravention en retard. Le problème, c'est que cette amende n'existe pas, et que la carte bancaire, elle, vient d'être compromise pour de bon.
À retenir
- Pourquoi les arnaqueurs ciblent précisément le montant de 35 euros et le délai des 48 heures
- Comment ces faux sites clonent parfaitement le vrai portail amendes.gouv.fr
- Ce que l'ANTAI ne fera jamais (indice : vous envoyer un SMS)
Un scénario qui se répète à l'identique
Depuis mi-janvier 2026, l'arnaque ANTAI fait son retour en force, avec des escrocs usurpant l'identité de l'Agence Nationale du Traitement Automatisé des Infractions ciblant les automobilistes autour d'infractions au code de la route. Le texte varie peu d'une victime à l'autre : « ANTAI : Vous avez un avis de contravention impayé de 35EUR. Réglé de majorée dans 48h. Régularisez : amendes-gouv-paiement.fr ». Le nom de domaine sonne officiel, la mise en forme aussi. Une fois le lien ouvert, le site qui s'ouvre copie amendes.gouv.fr avec logo bleu, drapeau et mentions d'État. Rien ne distingue vraiment ce clone du vrai site, sinon l'adresse tapée dans la barre de navigation, un détail que peu de gens vérifient quand ils sont sous pression.
Le compte à rebours des 48 heures n'est pas un hasard non plus. La menace financière (frais de dossier, majoration, pénalités) combinée à une demande d'action immédiate court-circuite la prudence naturelle. On saisit son numéro de carte plus vite qu'on ne le ferait pour un achat en ligne classique, justement parce que l'urgence fabriquée de toutes pièces empêche de réfléchir. Une fois les coordonnées bancaires entrées, elles ne servent pas à payer une fausse amende de 35 euros : elles ouvrent la porte à des prélèvements bien plus consistants, parfois des semaines plus tard, quand la vigilance est retombée.
Pourquoi l'ANTAI ne vous enverra jamais ce genre de message
Voici le détail qui change tout, et qu'il faut garder en tête une fois pour toutes : l'ANTAI ne réclame jamais le paiement d'une amende par SMS, ses vraies notifications passant uniquement par courrier postal, l'avis de contravention jaune ou orange que l'on reçoit chez soi. Pas d'exception, pas de cas particulier. Un e-mail officiel existe bien, mais il provient uniquement de nepasrepondre_noreply@antai.gouv.fr, et jamais pour exiger un règlement dans la foulée.
Le calendrier fictif des 48 heures ne colle pas non plus à la réalité administrative. Une amende forfaitaire est majorée automatiquement si elle n'est pas payée dans les 45 jours, et cette majoration est notifiée par courrier recommandé, jamais par SMS, avec un délai de plusieurs semaines entre l'avis initial et la majoration, pas 48 heures. Autant dire que le sentiment d'urgence distillé par ces messages est entièrement fabriqué. Autre indice qui ne trompe pas : les montants. Les vraies amendes sont toujours arrondies sans centimes, contrairement aux fausses qui affichent des montants comme 35,50 euros.
Ce n'est pas un phénomène marginal. Cette arnaque par SMS, le smishing, explose en France ; près de 60 % des personnes disent avoir déjà reçu un faux message administratif. Et les variantes se multiplient : fausses amendes de stationnement, faux excès de vitesse, et même de fausses relances de péage, un secteur où les fraudes ont connu une hausse marquée, avec une augmentation de plus de 900 % en 2025. L'ANTAI n'est qu'un prétexte parmi d'autres pour arriver au même objectif : capter une carte bancaire.
Le lendemain, quand la banque rappelle enfin
C'est souvent là que le récit prend un tour amer. Le paiement effectué en urgence pour « éviter la majoration » a en réalité transmis les données de la carte à un réseau organisé. La banque, elle, détecte parfois l'anomalie a posteriori, quand une transaction suspecte déclenche une alerte. Mais entre le moment du clic et l'appel du conseiller, il peut s'écouler plusieurs heures, parfois une nuit entière, largement de quoi laisser le temps aux fraudeurs d'agir.
La marche à suivre reste la même pour toute victime, et elle ne souffre aucun délai : faire immédiatement opposition sur sa carte bancaire, contacter sa banque, capturer les preuves, changer ses mots de passe et signaler la fraude au 33700. Il faut aussi distinguer signalement et plainte : le 33700, Signal Spam ou PHAROS aident à signaler, tandis que Perceval est adapté à certaines fraudes carte, mais une plainte en bonne et due forme reste nécessaire pour que l'autorité judiciaire dispose d'un dossier exploitable. Sur le plan pénal, l'infraction n'est pas anodine : la peine de base de l'escroquerie est de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende, ce qui donne une idée de la gravité que la justice accorde à ces montages, même quand la somme initialement réclamée semble dérisoire.
Pour vérifier une véritable contravention, un seul réflexe compte : ignorer le lien reçu et taper soi-même l'adresse officielle dans le navigateur, sans jamais passer par un raccourci envoyé par SMS. Une vigilance simple, presque mécanique, mais qui reste la meilleure des protections face à des escrocs qui, eux, perfectionnent leurs clones de site un peu plus chaque mois.
Sources : cnews.fr | help-clic.fr