Vous pensiez bien faire en laissant votre mangeoire remplie toute l’année ? La LPO vous explique pourquoi cette pratique devient dangereuse dès le printemps. Au-delà des apparences bienveillantes, laisser une mangeoire active après mars nuit gravement aux oiseaux qu’elle prétend aider.
« Personne ne m’a prévenu que je devais enlever ma mangeoire » : la LPO explique ce qu’elle empêche les oisillons de faire

Vous avez passé tout l'hiver à remplir consciencieusement votre mangeoire, à surveiller l'arrivée des mésanges bleues et des rouges-gorges, peut-être même à noter mentalement lequel était "le même que l'année dernière". Et puis début mai, personne ne vous a dit que ce geste bienveillant venait de changer de nature. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) est pourtant catégorique : laisser une mangeoire en service au printemps et en été nuit aux oiseaux qu'elle prétend aider.
À retenir
- Les mangeoires printanières empêchent les oisillons d'apprendre à chasser et à se nourrir naturellement
- Les graines ne fournissent pas les protéines essentielles dont les jeunes oiseaux ont besoin pour grandir
- La chaleur transforme les mangeoires en foyers de maladies graves : salmonellose, trichomonose et poxvirose
Fin mars, la nature reprend ses droits
La LPO conseille aux Français de nourrir les oiseaux uniquement en période de froid prolongé, soit en général de la mi-novembre à fin mars. Cette fenêtre n'est pas arbitraire : elle correspond précisément à la période où les ressources naturelles s'épuisent et où les oiseaux brûlent une énergie considérable pour maintenir leur température corporelle. Les passereaux comme les mésanges dépensent jusqu'à 30 % d'énergie en plus pour se réchauffer, rendant notre aide vitale lors de gels prolongés.
Dès que le printemps s'installe, les oiseaux commencent à établir leur territoire et débutent la construction de leur nid ou recherchent la cavité où ils pondront leurs œufs. La mise à disposition de nourriture n'est alors plus nécessaire, la nature fournissant suffisamment d'aliments "de saison" à l'avifaune, y compris dans les villes. La mangeoire qui reste suspendue en mai n'est donc pas un service rendu. C'est un buffet qu'on laisse ouvert alors que le restaurant d'en face vient de proposer un menu bien plus adapté.
Ce que les graines empêchent les oisillons d'apprendre
Le problème de fond est là, et il est souvent méconnu. Ces oiseaux restent sauvages et il est essentiel pour leur survie qu'ils soient capables de se nourrir seuls au printemps et en été. À cette période, ils redeviennent insectivores et doivent nourrir les oisillons exclusivement avec des proies, chenilles, insectes volants, afin de leur fournir les protéines nécessaires à leur développement.
Cet arrêt est important car les lipides des graines ou des boules de graisse ne sont pas adaptés aux futurs poussins qui doivent être nourris exclusivement de protéines. un oisillon nourri de graines de tournesol, c'est un peu comme un nourrisson nourri de chips : riche en calories, pauvre en tout ce dont il a besoin pour grandir. Mais la conséquence va plus loin encore. Beaucoup d'oiseaux deviennent insectivores à cette saison et cela peut créer une relation de dépendance vis-à-vis des jeunes nés dans l'année qui doivent apprendre à se nourrir par eux-mêmes. Un jeune moineau qui a grandi dans l'attente d'une mangeoire bien remplie ne développe tout simplement pas les réflexes de chasse dont sa survie dépend.
Les études ornithologiques ajoutent une dimension encore plus préoccupante. D'après plusieurs études ornithologiques, les couples d'oiseaux bénéficiant d'un accès illimité à une nourriture "artificielle" pondraient plus tôt dans la saison. En plus de perturber les habitudes alimentaires des oiseaux, cette avance entraînerait un taux de mortalité élevé dans le nid, la demande énergétique des poussins se voyant ainsi décalée. Les parents ont pondu trop tôt ; les insectes, eux, suivent leur propre calendrier. Le décalage peut être fatal.
Les autres dangers que l'on ne voit pas
La chaleur transforme une mangeoire en source de problèmes sanitaires sérieux. En période chaude où la prédominance des maladies est plus forte qu'en hiver, le rassemblement d'individus de différentes espèces autour des points de nourrissage peut favoriser la propagation de plusieurs infections telles que la salmonellose, qui affecte notamment les verdiers et les pinsons. Les graines qui stagnent sous la pluie de mai ou dans la chaleur de juin moisissent en quelques jours. Ce que vous aviez soigneusement sélectionné en octobre devient en quelques semaines un vecteur d'infection.
La concentration engendrée par le nourrissage peut faire augmenter les taux de prédation par des animaux sauvages, l'épervier d'Europe notamment, ou domestiques comme les chats. Une mangeoire pleine en été, c'est aussi un point fixe, prévisible, autour duquel les prédateurs apprennent vite à s'organiser. Les oisillons qui viennent s'y aventurer, maladroits et sans méfiance, paient souvent ce manque de prudence au prix fort.
Il faut aussi mentionner un risque moins connu : parmi les maladies les plus courantes qui touchent les oiseaux de nos jardins, on retrouve la trichomonose, la gale des pattes, la poxvirose et la salmonellose. Ces pathologies circulent d'autant plus vite que les rassemblements sont fréquents et que les températures montent, accélérant la dégradation des aliments.
Ce que vous pouvez faire à la place
Décrocher la mangeoire ne signifie pas abandonner les oiseaux de votre jardin. Loin de là. Un bon repère concret : dès que les premiers bourgeons apparaissent sur les arbres et que les insectes reviennent, il est temps de réduire puis d'arrêter. La LPO recommande une transition progressive sur environ dix jours, plutôt que passer d'un coup de "mangeoires pleines" à "plus rien". Ce sevrage progressif, réduire les quantités de moitié les premiers jours, espacer les remplissages, laisser la mangeoire vide quelques heures, aide les adultes à reprendre le réflexe de chasse sans stress brutal.
À la différence de l'alimentation, vous pouvez mettre de l'eau à disposition de la faune sauvage toute l'année. Un simple abreuvoir propre, changé chaque semaine pour éviter la prolifération des moustiques, reste le geste le plus utile pendant les mois chauds. La solution la plus pertinente pour assurer une alimentation suffisante pour les oiseaux des jardins reste l'augmentation de la ressource disponible en graines, en arthropodes et autres invertébrés par une gestion plus écologique du jardin. Planter de la lavande, du lierre, laisser un coin de pelouse non tondu : autant d'actions qui attirent les insectes dont les mésanges auront besoin pour élever leurs petits.
La mangeoire reprendra sa place dès la mi-novembre. D'ici là, sachez que les oiseaux qui ont disparu de votre fenêtre ne vous ont pas abandonnés : ils apprennent, ou réapprennent, à vivre sans vous. C'est exactement ce qu'ils sont censés faire. Et les oisillons nés cet été en seront d'autant mieux équipés pour affronter leur premier hiver, avec ou sans coup de pouce humain.
Source : sciencepost.fr