Pourquoi de plus en plus de Français se font piéger par ce faux SMS de La Poste contenant toujours les mêmes 3 mots

Le faux SMS de La Poste réclamant le paiement de frais de livraison est devenu l’une des arnaques numériques les plus répandues de France. Plus de 2 millions de victimes ont déjà cliqué sur ces messages frauduleux contenant toujours la même phrase : « votre colis n’a pas pu être livré ». Une mécanique redoutablement efficace qui évolue rapidement grâce à l’IA générative et aux bases de données volées.

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Par L'équipe JDS

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Plus de 2 millions de Français ont déjà mordu à l'hameçon. Le faux SMS de La Poste réclamant le paiement de quelques euros pour débloquer un colis est aujourd'hui l'une des arnaques numériques les plus répandues du pays. Et chaque nouveau message contient presque toujours les mêmes trois mots : « votre colis n'a pas pu être livré ». Cette phrase, déclinée à l'infini depuis des années, reste le point de départ d'une mécanique redoutablement efficace.

À retenir

  • Pourquoi cette phrase en particulier fonctionne si bien depuis des années
  • Comment les criminels exploitent l'IA pour rendre les SMS indétectables
  • Ce qui se passe vraiment après que vous ayez payé ces 2 euros

Une arnaque au calendrier parfait

L'augmentation continue du e-commerce, des marketplaces et des livraisons rapides crée un environnement idéal pour ces fraudes. Plus il y a de colis en circulation, plus il existe de chances qu'un SMS aléatoire corresponde au bon moment pour quelqu'un. Les escrocs n'ont pas besoin de cibler précisément : en envoyant des millions de messages, ils savent statistiquement qu'une fraction des destinataires attend une livraison ce jour-là. Le timing fait tout.

Les fraudeurs usurpent l'identité de Colissimo, Chronopost, Mondial Relay ou encore La Poste. Le message invoque un problème de livraison et demande le règlement de frais minimes (1,99 € ou 2 €) via un lien. Ce petit montant sert d'appât : la personne ciblée hésite moins à payer deux euros qu'à ignorer un colis. Mais en renseignant ses coordonnées de carte, elle ouvre la porte à des prélèvements bien plus importants.

C'est là tout le génie cynique de cette arnaque. Deux euros ne déclenchent aucune alarme psychologique. On ne prend pas le temps de vérifier. On clique. Et c'est précisément cette micro-décision, répétée des millions de fois, qui alimente une industrie criminelle d'une rentabilité vertigineuse.

Les chiffres qui donnent le vertige

L'exploitation malveillante de données fuitées conduit à faire figurer l'hameçonnage au premier rang des menaces, tous publics confondus, en augmentation de 70 %. 2025 a ainsi été marquée par de multiples vagues d'hameçonnage par SMS, courriels ou même appels audio, de plus en plus variées et personnalisées.

Les données de Cybermalveillance.gouv.fr ne laissent pas de place au doute : l'hameçonnage toutes formes confondues reste la menace numéro 1 en France, avec 108 000 demandes d'assistance en 2025, soit 70 % de plus qu'en 2024. Et ces chiffres ne reflètent que les cas signalés. La grande majorité des victimes ne dépose jamais de plainte, par honte, par manque d'information, ou simplement parce qu'elles n'ont pas réalisé ce qui venait de se passer.

Un SMS est lu dans les trois minutes suivant sa réception dans 90 % des cas. Le taux d'ouverture atteint 95 %, contre 20 % environ pour un email. Ce chiffre explique à lui seul pourquoi les criminels ont massivement migré vers le SMS ces dernières années. Le terrain de jeu est idéal : lecture quasi certaine, réaction rapide, vigilance souvent réduite.

Une mécanique qui se sophistique à toute vitesse

Les messages frauduleux se divisent en deux grandes catégories : SMS non personnalisés envoyés en masse et SMS très personnalisés, construits à partir de données volées. Cette deuxième catégorie est celle qui progresse le plus rapidement, et c'est elle qui rend l'arnaque particulièrement redoutable pour les personnes de 55 ans et plus.

Durant l'année 2025, de multiples vols de données d'entreprises en France ont été déplorés : Free, Bouygues Telecom, SFR, Orange, Boulanger, France Travail. Ces données concernent plusieurs dizaines de millions de Français et ont rapidement été rendues accessibles aux arnaqueurs. Résultat concret : vous pouvez recevoir un SMS qui mentionne votre nom, votre prénom, parfois votre adresse, accompagné d'un faux numéro de suivi de colis. La ressemblance avec un vrai message de La Poste devient alors troublante.

En mai 2026, ces messages contiennent désormais une image du paquet générée par intelligence artificielle, avec votre nom apparent et un faux logo. L'IA générative est passée du côté des escrocs. Exit les fautes d'orthographe grossières qui faisaient office de premier filtre : les SMS frauduleux actuels sont bien rédigés, bien formatés, et parfaitement adaptés au contexte de la victime.

La victime est dirigée vers un site Internet trompeur créé aux couleurs de l'organisme dont l'identité est usurpée. Sur ce site, il est demandé de saisir des données personnelles telles que l'identité, les adresses mail et postale, la date de naissance, le numéro de téléphone mobile, les coordonnées de carte bancaire, voire des identifiants et mots de passe. La récolte de données ne s'arrête pas à la carte bancaire. Elle alimente une chaîne criminelle plus longue, revendue et réexploitée pendant des mois.

Le rapport Cybermalveillance.gouv.fr 2025 note que des équipes « terrain » sont parfois mandatées pour récupérer physiquement les cartes bancaires au domicile des personnes piégées, sous couvert d'un « faux coursier » envoyé par la banque. La cybercriminalité frappe désormais à la porte, littéralement.

Les réflexes qui font la différence

Le premier réflexe est le plus simple : ne jamais cliquer sur le lien contenu dans un SMS inattendu. Taper manuellement l'adresse du site dans la barre du navigateur (laposte.fr, par exemple) et passer par l'application officielle ou le compte personnel sécurisé pour toute démarche. Cette précaution neutralise la grande majorité des tentatives de smishing.

Aucun transporteur sérieux ne réclame de paiement par SMS pour redélivrer un colis. Cette règle, sans exception, suffit à déjouer l'arnaque à chaque fois. Si un SMS vous demande de l'argent pour recevoir votre livraison, c'est une fraude. Point.

Si vous avez cliqué et saisi vos coordonnées bancaires, le temps compte. Faites immédiatement opposition auprès de votre banque, signalez le message sur le 33700 (pour les SMS) ou sur internet-signalement.gouv.fr, et envisagez un dépôt de plainte. Conservez tous les éléments liés à l'arnaque, captures d'écran, adresse du site frauduleux, numéro de l'expéditeur — pour faciliter les démarches auprès des autorités.

L'outil 17Cyber permet à toutes les victimes de cybermalveillance d'être assistées suite à une attaque et d'être immédiatement mises en relation 24h/24 et 7j/7 avec un téléservice ou un opérateur spécialisé. Ce service, gratuit et accessible depuis un simple navigateur, reste trop peu connu des 55-75 ans alors qu'il est précisément conçu pour les aider à réagir vite et bien.

En 2025, environ 80 sites frauduleux liés à ce type d'arnaque ont été fermés. Malgré ces actions, de nouveaux sites apparaissent régulièrement, alimentés par des réseaux internationaux. L'État agit, mais la vitesse de renouvellement des plateformes criminelles dépasse largement celle de leur démantèlement. La vigilance individuelle reste, aujourd'hui encore, le rempart le plus fiable.

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