« On a payé 45 € pour deux salades à Santorin » : l’île grecque où se rabattent ceux qui ont connu la Grèce d’avant

Santorin n’est plus la destination méditerranéenne abordable d’autrefois : 45 € pour deux salades, studios à 250 € la nuit, et 70 000 touristes quotidiens envahissent cette île de 76 km². Face à cette surexploitation, Folegandros émerge comme l’alternative privilégiée pour ceux en quête de l’authentique Grèce cyclladique.

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Par L'équipe JDS

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45 euros pour deux salades. Ce n'est pas une légende urbaine : c'est le tarif ordinaire d'une taverne en vue sur la caldeira de Santorin, confirmé par des dizaines de voyageurs qui ont posté leurs additions en ligne, stupéfaits. Les prix des locations ont grimpé de 37 % depuis 2023, avec des studios basiques à 250 € la nuit en haute saison. La Grèce, dernier pays abordable de la Méditerranée ? Ce mythe a une date de péremption, et elle est largement dépassée.

À retenir

  • Santorin a perdu son âme : comment trois décennies de tourisme de masse ont transformé l'île en parc d'attractions
  • Folegandros : l'île secrète qui reste fidèle à ce que Santorin était avant le déluge Instagram
  • Le ferry qui filtre les touristes : pourquoi l'inaccessibilité relative devient le meilleur garde-fou contre la massification

Santorin, ou la carte postale devenue parc d'attractions

En 2024, Santorin a enregistré 3,4 millions de visiteurs, soit 220 touristes pour 100 habitants selon les données du Parlement européen. Sur une île de 76 km², le calcul est brutal. En été, ce sont 70 000 touristes par jour sur l'île, pour seulement 13 000 habitants à l'année. Résultat : dans les ruelles du village d'Oia, on se retrouve à faire vingt minutes de queue au moins pour se prendre en photo devant des petites églises aux dômes bleus accrochées à la falaise.

Ce qui a changé la donne, c'est la démocratisation du tourisme de masse par les paquebots. En 2023, 800 paquebots de croisière ont accosté sur l'île, déversant près de 1,3 million de passagers selon l'Association hellénique des ports. Certains lundis, ce sont 20 000 à 25 000 touristes des navires de croisière qui envahissent simultanément l'île. Les autorités ont fini par réagir : les nouvelles mesures incluent désormais une taxe de 20 € imposée aux passagers de bateaux de croisière, un plafonnement à 8 000 croisiéristes par jour, l'interdiction de créer de nouveaux hébergements touristiques, et des zones à accès limité comme le Vieux Port de Fira et certaines sections des falaises.

Ces restrictions arrivent tardivement. Entre 15 et 20 % de la surface de l'île est désormais bétonnée, contre 1 % sur les autres Cyclades. Et l'argument du retour sur investissement gastronomique ne tient plus guère : les prix pratiqués à Santorin se situent bien au-dessus de ce qu'on peut rencontrer en Crète, par exemple, où il était possible de manger pour une dizaine d'euros par personne dans des adresses comparables. Ceux qui ont connu la Grèce d'avant, disons avant 2015, avant Instagram, avant les croisiéristes de masse — ont un mot pour ça : le deuil.

Folegandros : l'île qu'on choisit quand on sait

Située entre Milos et Santorin, cette petite île cycladique est l'une des rares destinations qui ait réussi à préserver son authenticité : pas d'aéroport, les bateaux de croisière n'y ont pas le droit d'accoster, et environ 700 personnes seulement y vivent à l'année. Folegandros. Le nom lui-même semble tenir les touristes pressés à distance.

À Folegandros, on n'arrive pas par hasard. Quand on choisit Folegandros pour ses vacances, c'est qu'on est un puriste des îles grecques. La pression saisonnière y est réelle en juillet-août, mais d'une autre nature : protégée par des falaises abruptes qui s'élèvent jusqu'à 300 mètres au-dessus de la mer à certains endroits, Folegandros est longtemps restée à l'écart du tourisme, et si l'île est aujourd'hui devenue à la mode, elle a su garder son authenticité et une ambiance toute particulière.

Son joyau est la Chora, perchée à flanc de falaise. Le cœur battant de Folegandros est sa spectaculaire Chora, perchée sur un plateau en bord de falaise à 3 km du port, avec ses maisons blanchies à la chaux aux fenêtres colorées, ses bougainvilliers et ses jasmins qui embaument ses petites rues dallées. Son village principal est considéré comme l'un des plus beaux des Cyclades, avec ses places ombragées et ses tavernes traditionnelles. On y trouve des chambres confortables entre cinquante et cent euros la nuit, et les repas dans les tavernes locales coûtent entre dix et vingt euros par personne. Un écart de rapport qualité-prix qui mérite qu'on s'y arrête.

Folegandros est d'ailleurs classée parmi les dix îles les plus durables par l'Union européenne et limite volontairement sa capacité d'accueil à 5 000 lits. Un choix politique, pas seulement géographique.

Le ferry trois fois par semaine : une sélection naturelle

La question pratique se pose inévitablement. En moyenne et haute saison, de nombreux ferries desservent l'île de Folegandros depuis les principales îles des Cyclades comme Ios, Milos, Naxos, Santorin, Mykonos, Sérifos, Sifnos et Sikinos, avec des liaisons assurées tous les jours. Hors saison, en revanche, plusieurs compagnies assurent des liaisons depuis Le Pirée avec 5 traversées hebdomadaires minimum, et certaines lignes secondaires peuvent se réduire à deux ou trois rotations en basse saison. C'est là que réside le filtre naturel : une île dont on ne repart pas sur un coup de tête crée un rapport au temps que Santorin a définitivement perdu.

En arrivant de France, il faut transiter en ferry depuis Athènes via le port du Pirée (4 heures) ou à partir de Santorin (40 minutes). Cette option Santorin-Folegandros a d'ailleurs un charme particulier : faire une nuit ou deux sur l'île-Instagram pour cocher la photo des dômes bleus, puis filer vers l'authentique sur une traversée de 40 minutes. Folegandros offre presque autant de charme que sa célèbre voisine, la foule, les paillettes et les prix gonflés en moins.

Les habitués de la Grèce comparent souvent Folegandros à ce que Santorin représentait il y a trente ans, les connaisseurs la rapprochent de ce que Santorin était avant que le tourisme de masse ne transforme l'île. Cette mémoire-là a de la valeur. Elle s'échange contre quarante minutes de ferry et quelques centaines de mètres de falaise. Le premier hôtel cinq étoiles de l'île, le Gundari, a ouvert en 2024, positionné face aux falaises avec spa et suites à piscine privée — signe que Folegandros amorce, elle aussi, sa mutation vers le haut de gamme. Une raison de plus pour y aller maintenant, pendant que les tavernes servent encore le poulpe grillé à un prix qui ne vous laisse pas sans voix.

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