J’ai déposé du liquide plusieurs fois dans le mois sans y penser : le jour où la somme a dépassé un certain seuil, ma banque a lancé une procédure dont personne ne m’avait parlé

Trois petits dépôts, une vente de meubles réglée en liquide, et soudain votre banque transmet automatiquement votre dossier à Tracfin sans vous prévenir. Un seuil de 10 000 euros sur un mois suffit à déclencher une procédure systématique que la loi vous interdit presque de connaître.

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Par L'équipe JDS

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Dix mille euros. C'est le seuil au-delà duquel votre banque n'a plus le choix : elle doit transmettre votre dossier à Tracfin, la cellule de renseignement financier de Bercy, sans même avoir besoin de soupçonner quoi que ce soit d'anormal. Les dépôts ou retraits d'espèces dont le montant cumulé sur un mois civil dépasse une somme de 10 000 € déclenchent ce qu'on appelle une COSI 2. Trois petits dépôts de 3 500 euros glissés discrètement entre deux courses, une vente de meubles réglée en liquide, quelques mois d'économies déposées en plusieurs fois : peu importe la bonne foi, le mécanisme s'enclenche tout seul, sans intervention humaine, sans jugement de valeur. Et surtout, sans que la loi n'oblige personne à vous en informer clairement.

À retenir

  • Un mécanisme automatique se déclenche sans jugement ni soupçon dès 10 000 € de dépôts par mois
  • Votre banque n'a aucun droit légal de vous en informer, ni avant ni après
  • Fractionnez vos dépôts ? Vous produisez l'effet inverse recherché auprès des systèmes de détection

Un dispositif automatique qui n'a rien à voir avec un soupçon

Ce système porte un nom technique, la Communication Systématique d'Informations, abrégé COSI. Contrairement à ce que l'on imagine, il ne s'agit pas d'une accusation déguisée. Les versements et retraits en espèces, effectués sur un compte de dépôt ou de paiement, dont les montants cumulés sur un mois calendaire dépassent 10 000 € en euros et/ou en devises sont concernés. Le texte fondateur remonte à la loi de séparation et de régulation des activités bancaires de 2013, mais l'obligation de signaler systématiquement à Tracfin les dépôts et retraits d'espèces supérieurs à 10 000 € est entrée en vigueur au 1er janvier 2016. Dix ans de recul, donc, et pourtant la mesure reste largement méconnue du grand public.

La nuance mérite d'être posée noir sur blanc, parce qu'elle change tout sur le plan psychologique. La COSI est définie par des critères objectifs et a un caractère systématique sans notion de soupçon. votre conseiller ne vous juge pas, il applique une règle mécanique dès qu'un curseur est franchi. D'ailleurs, il s'agit des versements ou des retraits d'espèces effectués sur un compte de dépôts ou de paiement dont les montants cumulés sur un mois calendaire dépassent 10 000 euros, que l'opération soit unique ou répartie sur plusieurs passages en agence. Ce détail change la donne pour qui pensait qu'en fractionnant ses dépôts, il échappait à toute vigilance.

Pourquoi personne ne vous en a parlé

Voilà la partie la plus troublante de l'histoire. Une banque qui transmet une COSI n'a aucune obligation de vous prévenir, ni avant, ni après. Le silence n'est pas un oubli de votre conseiller, c'est le cadre légal lui-même qui l'impose : une banque n'a pas le droit de révéler à son client l'existence d'un signalement, qu'il s'agisse d'une COSI ou d'une déclaration de soupçon proprement dite. Ce secret professionnel, souvent qualifié d'absolu, explique pourquoi tant de particuliers découvrent le dispositif par hasard, en lisant un article ou en posant la question directement à leur agence, plutôt que par une communication officielle de leur établissement.

Il existe en réalité deux mécanismes distincts qui se superposent, et c'est bien ce qui sème la confusion. D'un côté, la COSI, purement automatique et déclenchée par un seuil chiffré. De l'autre, la déclaration de soupçon, qui repose sur une marge d'appréciation de la banque, laquelle peut malgré tout déclarer un soupçon si la cohérence du profil client lui semble douteuse, même très en dessous de 10 000 euros. La COSI ne dispense d'ailleurs pas le professionnel d'une déclaration de soupçon sur le fondement du même flux financier, les deux étant transmises sans préjudice l'une de l'autre. Un retraité qui dépose ponctuellement 7 000 euros après avoir vendu une voiture n'éveillera probablement aucune curiosité particulière. Le même retraité qui répète ce geste chaque mois, avec une pension de 1 800 euros, verra sa banque s'interroger bien avant d'atteindre le plafond automatique.

Comment traverser cette procédure sans mauvaise surprise

Rassurez-vous tout de suite sur un point : recevoir une COSI n'a rien d'une sanction. C'est une transmission d'information confidentielle vers une administration qui décidera, ou non, de l'exploiter davantage. Le rapport de Tracfin le confirme d'ailleurs à sa manière : sur les dizaines de milliers de signalements reçus chaque année, seule une minorité débouche sur une véritable investigation approfondie. Vous ne serez pas convoqué, votre compte ne sera pas gelé du jour au lendemain, et aucune trace pénale n'apparaît sur votre casier.

Ce qui change concrètement votre quotidien, en revanche, ce sont les seuils internes que chaque établissement applique bien avant d'atteindre les 10 000 euros réglementaires. Ces paliers de vigilance, souvent situés entre 1 500 et 8 000 euros selon les banques et les profils de clientèle, ne figurent dans aucune brochure commerciale. C'est précisément là que se joue votre tranquillité : un conseiller prévenu à l'avance d'un dépôt inhabituel, accompagné d'un justificatif simple (acte de vente, attestation de succession, bordereau de retrait d'un autre compte), désamorce presque toujours toute demande complémentaire au guichet. À l'inverse, multiplier les petits versements pour rester sous les radars produit l'effet inverse de celui recherché : les systèmes de détection bancaire repèrent justement ce type de schéma répétitif, souvent plus efficacement qu'un dépôt unique et assumé.

Un chiffre à garder en tête pour relativiser : la loi ne fixe aucun plafond légal au dépôt d'espèces sur votre propre compte, et vous pourriez en théorie y verser des dizaines de milliers d'euros d'un coup, à condition de pouvoir expliquer d'où vient l'argent. Ce n'est donc jamais le montant en lui-même qui pose problème, mais l'écart entre ce que vous déposez et ce que votre profil bancaire raconte de vous. La prochaine fois que vous glisserez une enveloppe de billets au guichet, gardez simplement en tête que la traçabilité commence bien avant le seuil des 10 000 euros, et qu'un mot d'explication à votre conseiller coûte nettement moins cher qu'un malentendu administratif.

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