Une mère découvre à la Carsat que ses trois enfants n’ont jamais été enregistrés sur son relevé de carrière, lui faisant perdre jusqu’à vingt-quatre trimestres de retraite. Cette situation loin d’être isolée révèle un malentendu courant : les trimestres familiaux ne s’ajoutent pas automatiquement sans déclaration préalable.
« Mon relevé de carrière semblait complet » : au guichet de la Carsat, j’ai appris que mes 3 enfants n’y figuraient nulle part

Trois enfants, zéro trimestre affiché. C'est ce qu'une lectrice a découvert en poussant la porte de sa Carsat, persuadée que son relevé de carrière était à jour depuis des années. La réponse de l'agent d'accueil a eu l'effet d'une douche froide : les majorations liées à ses enfants n'avaient jamais été enregistrées, tout simplement parce qu'elle ne les avait jamais déclarées. Une situation loin d'être isolée : chaque année, des milliers d'assurés découvrent au moment de préparer leur retraite que huit trimestres par enfant, censés leur revenir automatiquement, n'existent tout bonnement pas dans leur dossier.
Le malentendu vient d'une confusion très répandue. On imagine que la naissance d'un enfant déclenche mécaniquement l'ajout de trimestres, comme le ferait un bulletin de salaire transmis par un employeur. Ce n'est pas le cas. Ces trimestres, qui s'ajoutent au total de ceux acquis durant votre carrière, ne sont pas rattachés à une année donnée : ils apparaissent donc rarement sur votre relevé de carrière ou relevé individuel de situation (RIS). Le document que vous consultez en ligne reflète essentiellement les trimestres cotisés, pas les droits familiaux. Résultat : une mère qui n'a rien signalé peut voir son relevé afficher une carrière apparemment complète, alors qu'il lui manque discrètement deux ans de droits par enfant.
À retenir
- Combien de trimestres disparaissent vraiment quand on oublie de déclarer ses enfants à la Carsat ?
- Pourquoi votre relevé de carrière paraît-il complet alors qu'il vous manque des années de droits ?
- Quelle fenêtre de tir allez-vous manquer définitivement si vous ne déclarez pas avant cette date limite ?
Huit trimestres par enfant, mais pas pour tout le monde de la même façon
Il est possible d'obtenir 8 trimestres supplémentaires de retraite pour chaque enfant, sans limitation du nombre d'enfants : 4 trimestres sont accordés pour la maternité ou l'adoption et 4 autres pour l'éducation. Sur le papier, la générosité du dispositif est réelle : pour trois enfants nés avant 2010, cela représente jusqu'à vingt-quatre trimestres, soit six années entières de durée d'assurance gagnées sans avoir cotisé un centime. Mais la mécanique d'attribution diffère radicalement selon la date de naissance des enfants, et c'est précisément là que se niche le piège.
Pour les enfants nés avant le 1er janvier 2010, la règle est sans ambiguïté : seule la mère bénéficie de trimestres supplémentaires en contrepartie des répercussions d'une maternité ou d'une adoption : 8 trimestres supplémentaires par enfant lui sont automatiquement accordés, 4 trimestres pour la maternité ou l'adoption et 4 trimestres au titre de l'éducation. Mais ce mot « automatiquement » prête à confusion. Il signifie que le droit existe automatiquement dans les textes, pas que la Carsat l'inscrit toute seule sur le relevé. La caisse ignore tout simplement l'existence de ces enfants tant que personne ne les lui signale, avec les documents d'état civil à l'appui.
Pour les enfants nés à partir de 2010, le mécanisme se complique encore, avec une possibilité de partage entre les deux parents. Le bénéficiaire des trimestres ou la répartition de ces trimestres doivent être indiqués dans les 6 mois à partir du 4ème anniversaire de la naissance ou de l'adoption de l'enfant à l'aide d'un formulaire de déclaration. Passé ce délai, les trimestres supplémentaires sont attribués à la mère. Un couple qui souhaitait par exemple répartir les trimestres d'éducation et qui laisse filer cette fenêtre de six mois perd définitivement la possibilité de choisir, quelle qu'ait été la réalité de l'implication de chacun dans l'éducation de l'enfant.
Comment vérifier, concrètement, que vos enfants ont été pris en compte
La bonne nouvelle, c'est que la vérification et la correction sont accessibles en quelques clics, à condition de savoir où regarder. Si vous avez des enfants, sachez que vous pouvez bénéficier de trimestres supplémentaires. Pour déclarer vos enfants, rendez-vous sur le site info-retraite.fr et utilisez le service « Déclarer mes enfants », et ce quel que soit votre âge. L'intérêt de ce service tient à sa portée : cette déclaration sera automatiquement transmise à tous les régimes de retraite auxquels vous avez cotisés. Un seul formulaire suffit donc, même pour une carrière partagée entre plusieurs caisses.
Sur le terrain, l'appellation à repérer sur le relevé n'est pas toujours intuitive. Comme l'explique une conseillère Carsat dans un podcast consacré au sujet, il faut regarder les périodes où figure la mention « Maternité CPAM », des trimestres validés. Si cette mention n'apparaît nulle part alors que vous avez eu des enfants, c'est le signal qu'il manque une déclaration. Dans ce cas, direction votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr, rubrique « Compléter ma carrière et déclarer mes enfants », où vous pourrez ajouter la situation manquante et joindre les justificatifs demandés : livret de famille, acte de naissance avec filiation, ou attestations diverses selon votre cas.
Le partage entre parents, une fenêtre de tir qui se referme vite
Pour les couples séparés ou simplement soucieux d'équilibrer leurs droits respectifs, la question du partage mérite une attention particulière. La réforme de 2023 a resserré les règles : depuis le 1er septembre 2023, sur les 4 trimestres éducation par enfant né depuis le 1er janvier 2010, 2 sont automatiquement réservés à la mère, sans possibilité de les transférer au père. Les 2 trimestres restants peuvent être attribués librement, en tout ou partie, au père ou à la mère, selon un accord entre les deux parents. Autant dire que la marge de manœuvre s'est réduite, et que l'oubli coûte cher : un père très investi qui laisse passer le délai perd purement et simplement ces deux trimestres, sans recours possible.
Un détail change aussi la donne pour les mères actives dès 2026 : jusqu'à présent, ces trimestres familiaux ne comptaient pas pour un départ anticipé au titre des carrières longues. Les règles changent à partir du 1er septembre 2026, avec l'entrée en vigueur de la loi de financement de la Sécurité Sociale 2026, puisque désormais jusqu'à deux trimestres liés aux enfants (maternité, adoption ou éducation) pourront être comptabilisés afin d'améliorer l'accès des mères de famille à ce dispositif. De quoi rappeler qu'un relevé de carrière, aussi complet paraisse-t-il à 55 ou 60 ans, mérite d'être rouvert au moindre changement de règle, et pas seulement au moment de déposer sa demande de retraite.
Sources : previssima.fr | manouvellevie.groupama.fr