Réserver ses vacances à Majorque a longtemps relevé de la formalité pour des milliers de familles françaises. Un vol pas cher depuis Paris, un hôtel correct à Palma, des tapas au bord de l'eau : la recette fonctionnait depuis des décennies. Sauf que cette année, au moment de valider le panier, beaucoup ont écarquillé les yeux devant le montant affiché. Entre le surtourisme, les taxes qui grimpent et une éclipse solaire qui affole les tarifs, l'île des Baléares est en train de perdre ses vacanciers les plus fidèles.
« Un café à 4 euros, une paella à 25 » : ces additions qui laissent les touristes français sans voix
Sur les terrasses de Palma, l'addition pique désormais autant que le soleil de midi. Le café dépasse les 4 euros dans les zones touristiques, la paella s'affiche à 25 euros par personne, et les restaurateurs de l'île ont annoncé de nouvelles hausses dans les bars et restaurants pour la haute saison. Côté hébergement, la note fait carrément mal : une chambre d'hôtel aux Baléares coûte en moyenne près de 200 euros la nuit depuis le début de l'année. Et le pire reste à venir. L'éclipse solaire totale attendue le 12 août, la plus spectaculaire visible depuis 1999, a transformé l'île en aimant à curieux du ciel. Un hôtel 3 étoiles de Palma habituellement facturé 120 euros dépasse les 400 euros pour la nuit du 11 au 12 août, et les vols depuis Paris ont bondi de 50 à 100 % sur ces dates. Une famille britannique, qui a chiffré son séjour d'août à près de 5 000 livres pour un hôtel standard et les billets d'avion, a fini par réserver en Turquie. Beaucoup de Français font le même calcul.
Loyers en flambée, surtourisme et taxes en hausse : les vraies raisons d'une envolée devenue incontrôlable
Cette explosion des prix à Majorque, comme sur la Costa Brava, ne tombe pas du ciel. L'île accueille 13 millions de visiteurs par an, une pression énorme pour un territoire de cette taille. Face à la grogne des habitants, chassés de leurs propres quartiers par la flambée des loyers, les autorités des Baléares ont serré la vis : restrictions sur les locations de courte durée, frais supplémentaires pour les visiteurs, et une taxe touristique qui grimpe de 1 à 4 euros par nuit selon l'hébergement. Moins de logements disponibles, une demande toujours aussi forte, des charges qui augmentent pour les hôteliers : tout pousse les prix vers le haut. Le phénomène dépasse d'ailleurs largement l'archipel, puisque Barcelone a doublé sa taxe de séjour ce printemps. L'Espagne bon marché des années 2000 appartient au passé.
Cap sur le Portugal, la Grèce ou l'arrière-pays : où partent désormais les déçus de l'Espagne
Les habitués n'ont pas dit adieu à la Méditerranée pour autant. Le Portugal, avec l'Algarve et la côte d'Alentejo, offre des plages superbes et des additions nettement plus douces. La Grèce continentale, du Péloponnèse à la Chalcidique, séduit ceux qui fuient les îles bondées. La Turquie attire les familles avec ses formules tout compris imbattables. Et pour ceux qui tiennent absolument à l'Espagne, une solution existe : l'arrière-pays. À vingt minutes des côtes de la Costa Brava ou dans les villages de l'intérieur de Majorque, les tarifs redeviennent respirables. Autre piste sérieuse pour les plus souples : décaler son séjour en mai ou en octobre, quand les prix chutent jusqu'à 40 % par rapport au pic de juillet-août, avec en prime des plages débarrassées de la foule.
Majorque n'a rien perdu de sa beauté, mais elle a changé de catégorie tarifaire, et ses vacanciers historiques l'ont bien compris. Entre les taxes qui s'empilent, les hébergements raréfiés et une éclipse qui fait flamber le mois d'août, l'île teste la patience de ceux qui l'aimaient justement pour sa simplicité. Reste une question que beaucoup se posent devant leur écran de réservation : et si le vrai luxe, désormais, c'était de partir ailleurs ?

