Denza BAO 5 : le 4×4 qui copie tout le monde, sauf sur un point

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Par Julien Thoraval

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Jouons à un petit jeu : devinez la voiture. Une custode carrée découpée dans la vitre latérale, une roue de secours vissée sur le hayon, des flancs taillés à la serpe : jusque-là, tout désigne le Land Rover Defender. Remontez vers l'avant. Cette calandre massive et ce museau vertical, c'est du Toyota Land Cruiser dans le texte. Reculez encore, et cette caisse haute, presque cubique, aurait pu s'échapper d'un configurateur Hyundai Santa Fe. Réponse : rien de tout cela. Ce molosse de près de cinq mètres s'appelle Denza BAO 5, et il débarque de Chine.

La méthode n'a plus rien de surprenant. Pour s'installer en Europe, les constructeurs chinois s'inventent des marques premium taillées sur mesure pour nos codes, et Denza est celle par laquelle BYD compte séduire le haut de gamme. Après la sportive Z9GT, le groupe a profité du Festival of Speed de Goodwood pour révéler ce BAO 5, présenté comme son premier SUV pensé pour le client européen. Nouveauté, vraiment ? Sous nos latitudes seulement. L'engin roule déjà depuis près de trois ans en Chine sous le nom de Fangchengbao Bao 5, et se vend en Amérique latine comme en Océanie sous l'appellation B5. Reste à savoir si ce patchwork stylistique cache autre chose qu'un habile exercice de mimétisme.

Ressembler à tout le monde pour ne faire peur à personne

L'inspiration n'est pas un gros mot, mais ici elle confine à la citation. La custode arrière, ce petit carré rapporté dans la surface vitrée, est un emprunt direct au Defender ; le dessin du bloc avant, lui, lorgne franchement vers le Land Cruiser. On pourrait s'en agacer. On peut aussi y voir une stratégie assumée : proposer au client une synthèse des repères qui le rassurent déjà, plutôt qu'une silhouette inédite qu'il faudrait apprendre à aimer. Sur un segment où l'on achète autant une allure qu'un véhicule, l'argument se défend.

Le format, en tout cas, joue dans la cour des grands. Le baroudeur chinois affiche 4,92 m de long, 1,97 m de large et 1,92 m de haut pour un empattement de 2,80 m, soit des cotes calquées sur celles d'un Land Cruiser de dernière génération. Cinq places, un toit panoramique de série, une garde au toit généreuse héritée de cette posture verticale, et un coffre qui grimpe de 475 litres sous tablette à 1 736 litres une fois la banquette rabattue jusqu'au pavillon. De quoi assumer le cahier des charges familial sans transiger sur l'esbroufe tout-terrain.

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Source: DR

Un moteur essence qui ne fait (presque) pas avancer la voiture et consomme comme une compacte

C'est sous la carrosserie que le BAO 5 cesse de copier pour commencer à exister. Sa plateforme DMO, pour Dual Mode Off-road, inaugure selon Denza la première architecture hybride au monde dédiée au tout-terrain à implantation longitudinale. Derrière le jargon, une logique simple et déroutante : le bloc thermique ne sert quasiment jamais à faire tourner les roues. Ce quatre-cylindres 1,5 litre turbo de 150 ch et 240 Nm passe l'essentiel de son temps à produire du courant, à la manière d'un prolongateur d'autonomie.

Le travail, ce sont les moteurs électriques qui l'accomplissent. Un premier de 272 ch se charge du train avant, un second de 388 ch, optimisé pour le franchissement et capable de délivrer jusqu'à 8 000 Nm aux roues, s'occupe de l'arrière. Puissance cumulée : 544 ch et 760 Nm, alimentés par une batterie Blade LFP de 31,8 kWh. Le résultat vaut le détour. Un mastodonte que l'on annonce autour de trois tonnes expédie le 0 à 100 km/h en 4,8 secondes (5,0 s sur la finition Ultimate, plus lourde), là où sa vitesse de pointe reste sagement bridée à 180 km/h. On n'est pas là pour battre des records de vitesse, mais pour ne jamais manquer de couple.

Là où l'affaire devient vraiment intéressante, c'est à la pompe. Grâce à cette hybridation où l'électrique mène la danse, Denza revendique 4,2 l/100 km en consommation pondérée et 90 g/km de CO₂ (Euro 6e) pour un véhicule de ce gabarit. Un chiffre qui ferait passer bien des diesels du segment pour des dinosaures assoiffés, et qu'il faudra confirmer sur route puisqu'il s'agit d'une valeur d'homologation WLTP.

Le reste de la fiche énergétique tient la même promesse d'usage. La batterie autorise jusqu'à 90 km en tout-électrique et l'autonomie combinée grimpe à 835 km avec le plein d'essence, de quoi enchaîner les longues étapes sans planifier ses arrêts. En charge, le BAO 5 accepte 11 kW en courant alternatif triphasé et jusqu'à 100 kW en continu, soit un 30 à 80 % expédié en seize minutes. À titre de comparaison, un Defender hybride rechargeable plafonne autour de 43 km d'électrique et d'une charge rapide famélique, quand le Land Cruiser, lui, s'en tient toujours au diesel.

Un franchisseur qui a troqué le pont rigide contre des capteurs

Baroudeur, le BAO 5 l'est pour de vrai, mais sans nostalgie mal placée. Exit le vieux châssis échelle des durs à cuire d'antan : place à une structure à longerons modernisée, associée à la technologie Cell-to-Chassis et à une suspension à double triangulation aux quatre coins. La finition Ultimate ajoute le DiSus-P, un système de contrôle actif de la caisse qui ausculte en permanence une vingtaine de capteurs pour ajuster amortissement et hauteur en temps réel.

Ce dispositif offre l'argument tout-terrain le plus concret du lot. En rehaussant la garde au sol de 90 mm, jusqu'à 310 mm, il porte les angles d'attaque et de fuite de l'Ultimate à 39° et 34°, soit 5° de mieux que la version Elegance. S'ajoutent des différentiels électroniques verrouillables sur les deux essieux et un verrouillage central, un rayon de braquage contenu à 5,9 m et une carrosserie composée à 96 % d'acier haute résistance dont le toit encaisse jusqu'à douze tonnes en compression.

Reste à savoir ce que l'on gagne, concrètement, à s'installer à bord. Beaucoup d'écrans, d'abord : quatre au total à l'avant, entre le combiné numérique de 12,3 pouces, l'affichage tête haute, la dalle centrale de 15,6 pouces et un écran panoramique dédié au passager, le tout épaulé par les services Google et un assistant vocal capable de distinguer quatre zones d'écoute dans l'habitacle. La surenchère de pixels est réelle, mais elle a le mérite de laisser à chacun sa fenêtre.

Le reste relève d'un certain art de vivre embarqué, argument premium oblige. La sonorisation est signée Devialet, avec seize haut-parleurs sur l'Elegance et dix-huit sur l'Ultimate, dont des transducteurs logés dans les appuie-têtes. Les sièges massent selon un programme « spa » à dix points, se chauffent et se ventilent, et la console centrale cache un compartiment réfrigéré et chauffant de 4,5 litres, capable de tenir huit canettes entre -6 et 50 °C. Le genre de détail anecdotique sur le papier, mais qui en dit long sur l'endroit où Denza place le curseur : celui du confort ostentatoire, pas de l'ascétisme baroudeur.

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Source: DR

Une inconnue et pourtant, c'est celle qui compte

La silhouette empruntée n'est donc pas un aveu de paresse, mais un visa d'entrée. En reprenant les codes de Solihull et de Toyota City, Denza s'épargne le plus dur, convaincre un public conservateur qu'un gros 4x4 chinois peut avoir de la présence. La marque de luxe de BYD y ajoute sa technologie et sa finition du luxe pour se différencier de ses concurrents.

Reste une interrogation qui pourtant sera sans doute le nerf de la guerre. Le tarif. Pour le moment, il demeure inconnu, tout comme le malus dont il faudra s'acquitter en France. Et sans doute tout aussi massif que ce BAO 5.

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Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent. Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.

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