À une heure au sud d’Amalfi, le Cilento offre cent kilomètres de falaises et de villages pittoresques sans les embouteillages ni les prix exorbitants. Protégé par un parc national depuis 1991 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce littoral conserve l’essence du régime méditerranéen et cache des plages parmi les plus belles d’Italie.
J’ai découvert cette côte au sud de Naples par hasard et je ne retournerai plus jamais sur la côte amalfitaine

Le Cilento commence là où s'arrêtent les foules de Positano. À une heure de route au sud de la côte amalfitaine, ce littoral de la province de Salerne aligne cent kilomètres de falaises, de criques et de villages perchés, sans les embouteillages de bus ni les additions à trois chiffres pour un plat de spaghettis vue mer. J'y suis arrivée sans grande attente, un peu par erreur d'itinéraire. Je n'ai pas eu envie de repartir vers le nord depuis.
À retenir
- Une côte de 100 kilomètres protégée par la loi depuis 1991, à seulement une heure de route d'Amalfi
- Des villages de pêcheurs authentiques où Hemingway a trouvé l'inspiration et où les traditions culinaires règnent en maître
- Le berceau du régime méditerranéen étudié pendant 28 ans par un chercheur américain devenu une référence scientifique mondiale
Un littoral protégé par la loi, pas seulement par la chance
Ce qui frappe d'abord, c'est l'impression d'un paysage resté intact alors qu'il n'est vraiment loin de rien. Ce n'est pas un hasard géographique : le parc a été officiellement institué le 6 décembre 1991 pour protéger le territoire du Cilento de la spéculation immobilière et du tourisme de masse. Sept ans plus tard, le parc devient en 1998 site du patrimoine mondial de l'UNESCO, avec les cités grecques antiques de Paestum, Velia et la Chartreuse de Padula. Une inscription qui ne récompense pas seulement des plages photogéniques : le Cilento constitue un paysage culturel de qualité exceptionnelle, ses ensembles de sanctuaires et d'établissements le long de trois chaînes de montagnes reflétant l'évolution historique de la région comme voie majeure de commerce et d'interface culturelle.
Les fouilles racontent une occupation humaine vertigineuse. Les recherches archéologiques montrent que la première occupation humaine identifiée dans cette région remonte à plus de 250 000 ans, au Paléolithique inférieur, lorsque l'Homo erectus vivait dans des grottes le long de la côte. Avant les Romains, la zone marquait la frontière entre deux mondes : le Cilento était aussi la limite entre les colonies grecques de Magna Graecia et les peuples indigènes étrusques et lucaniens, et le site conserve les vestiges de deux importantes cités classiques, Paestum et Velia. Marcher sur ces sentiers côtiers, c'est traverser sans transition trois millénaires d'histoire, sans guichet ni file d'attente.
Des villages qui n'ont jamais eu besoin de bus touristiques
Castellabate donne le ton. Le village, connu dans toute l'Italie grâce à un film à succès des années 2010, garde pourtant son rythme de bourg de pêcheurs. Son centre historique est un dédale poétique de ruelles pavées, de passages voûtés et d'escaliers dérobés serpentant entre les façades en pierre grise, et le belvédère de San Costabile offre une vue panoramique qui s'étire jusqu'à Punta Licosa. Plus au sud, Acciaroli a une autre légende à raconter : Ernest Hemingway y séjourna dans les années 50, la rumeur voulant qu'un pêcheur du cru lui ait inspiré son chef-d'œuvre sur le vieil homme et la mer. Aucune plaque commémorative envahissante, aucune boutique de souvenirs à chaque coin de rue, juste un port où les étals regorgent de poissons fraîchement débarqués.
Le sud du parc réserve d'autres surprises, plus sauvages encore. Autour de Marina di Camerota, trente-deux kilomètres voient se succéder des plages d'une beauté sauvage, régulièrement primées pour leur pureté, dont Cala Bianca, sacrée plus belle plage d'Italie en 2013, et la Baia degli Infreschi, un havre naturel aux eaux translucides parsemé de grottes sous-marines. On y accède à pied ou en bateau, jamais en car. Un peu plus haut sur la carte, Palinuro tire son nom d'une légende antique : la ville doit son nom à un personnage de l'Énéide de Virgile, Palinure, barreur de la flotte d'Énée, dont le mythe plane encore sur les falaises du cap.
Le berceau d'un régime alimentaire mondialement copié
Ce qui distingue vraiment le Cilento, c'est qu'on n'y vend pas seulement du paysage. On y vit une manière de manger devenue une référence scientifique planétaire. Le Cilento est le berceau du régime méditerranéen rendu célèbre par le médecin nutritionniste américain Ancel Keys, qui dans les années 1960 séjourna vingt-huit ans à Pollica, petit port de pêcheurs, étudiant son modèle alimentaire à base de pâtes, d'huile d'olive, de légumes et de poissons. Le travail de ce chercheur n'a rien d'anecdotique : il a été le premier à théoriser le lien entre les habitudes alimentaires des habitants du Cilento et la faible incidence des maladies cardiovasculaires observée sur ce territoire. Un musée lui rend hommage aujourd'hui dans le village où il a vécu la majeure partie de sa vie.
Cette gastronomie du quotidien se retrouve dans des assiettes simples, sans prétention de palace. On y croise des pâtes locales comme les cavateddi, petits tubes de pâtes faits à base d'eau et de farine, assaisonnés d'une sauce à la viande, ou le fusillo di Felitto, une pâte aux œufs à la forme proche d'un macaroni jaune perforé, reconnue comme Presidium Slow Food. Rien à voir avec les cartes touristiques traduites en cinq langues de la côte voisine.
Le vrai contraste avec Amalfi tient moins aux paysages, finalement assez proches, qu'à l'ambiance qui les habite. Ici, pas de ruelles saturées de visiteurs ni de prix qui explosent à chaque terrasse ; le Cilento garde un rythme plus lent, plus sauvage, plus local. Le magazine britannique Time Out lui-même a récemment repéré la tendance : la région est en train d'émerger comme l'un des prochains grands coups de cœur côtiers d'Italie, avec les mêmes ingrédients que les destinations voisines plus connues. Reste une question pratique et un peu cruelle pour les habitués du Cilento : combien d'étés silencieux leur reste-t-il avant que ce secret cesse d'en être un ?
Sources : club-des-voyages.com | ulysse.com