Je pensais choisir moi-même ma date de départ à la retraite : personne ne m’avait prévenu de l’âge où mon employeur peut décider à ma place

Louise
Par Louise S

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Et si le choix de la date de départ à la retraite n'appartenait pas totalement au salarié ? Beaucoup d'actifs approchant la soixantaine sont persuadés que ce moment charnière relève d'une décision strictement personnelle, mûrement réfléchie en fonction de leur carrière, de leurs trimestres cotisés et de leurs envies. Pourtant, une disposition discrète du Code du travail permet à un employeur de trancher à la place de son salarié, sans avoir besoin de son consentement. Une règle qui prend de l'importance à mesure que les carrières s'allongent et que certains actifs choisissent de rester en poste bien au-delà de l'âge légal.

Le mythe du libre choix de sa date de départ à la retraite

L'idée reçue est tenace : chacun déciderait librement du moment où il raccroche. Dans les faits, le salarié dispose effectivement d'une large marge de manœuvre tant qu'il n'a pas atteint certains seuils d'âge. Il peut partir dès l'âge légal s'il remplit les conditions, prolonger son activité pour améliorer sa pension grâce à la surcote, ou même cumuler emploi et retraite. Le principe général reste clair : atteindre un certain âge ou pouvoir prétendre à la retraite n'entraîne pas la rupture automatique du contrat de travail. Toute clause conventionnelle prévoyant une rupture automatique liée à l'âge est d'ailleurs frappée de nullité. Autrement dit, un employeur ne peut pas licencier un collaborateur au motif qu'il a atteint l'âge légal, ni le pousser dehors parce qu'il aurait droit à une pension à taux plein. Cette protection rassure, mais elle n'est pas absolue. Elle s'efface à partir d'un âge précis, fixé par le législateur, et c'est précisément ce point que beaucoup de futurs retraités ignorent.

Entre 67 et 69 ans, l'employeur peut proposer mais le salarié garde le dernier mot

À partir des 67 ans du salarié, une procédure très encadrée entre en jeu. L'employeur peut interroger son collaborateur sur ses intentions, mais uniquement par écrit et au moins trois mois avant la date d'anniversaire des 67, 68 ou 69 ans. Le salarié dispose alors d'un mois pour répondre. S'il refuse de quitter l'entreprise, la messe est dite pour l'année à venir : l'employeur ne peut pas le mettre à la retraite et devra recommencer la procédure trois mois avant l'anniversaire suivant. Ce mécanisme protège le salarié tout en offrant un cadre clair aux entreprises. Voici, en résumé, les étapes à retenir :

  • Interrogation écrite obligatoire, trois mois avant l'anniversaire des 67, 68 ou 69 ans.
  • Délai d'un mois pour que le salarié réponde.
  • En cas de refus, aucune mise à la retraite possible pendant l'année qui suit.
  • La procédure doit être renouvelée chaque année, jusqu'aux 70 ans.

Ce ping-pong administratif peut se répéter trois fois. Tant que le salarié dit non, il reste dans l'entreprise. Une forme de veto qui donne l'illusion d'une maîtrise totale du calendrier. Sauf qu'un anniversaire particulier change complètement la donne.

À 70 ans, le couperet tombe : la mise à la retraite d'office devient possible sans accord du salarié

Voici l'information que beaucoup découvrent trop tard : à partir de 70 ans, l'employeur peut mettre son salarié à la retraite d'office, sans avoir à recueillir son accord. L'article L. 1237-5 du Code du travail est sans ambiguïté sur ce point. Plus besoin d'interrogation écrite, plus de délai de réflexion, plus de possibilité de refus. L'employeur retrouve sa pleine liberté et peut acter la rupture du contrat, dès lors que le salarié remplit les conditions pour bénéficier d'une pension. C'est ce que l'on appelle une mise à la retraite forcée. Un dernier détail mérite l'attention : un salarié recruté avant ses 70 ans peut se voir imposer cette mise à la retraite dès qu'il atteint cet âge, même s'il pouvait déjà partir à taux plein au moment de son embauche. Une nuance existe toutefois pour les personnes engagées après leurs 70 ans : dans ce cas précis, leur âge ne peut plus servir de motif de rupture, et une mise à la retraite d'office serait requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Pour visualiser rapidement les règles selon l'âge, ce tableau récapitule les possibilités offertes à l'employeur :

  • Avant 67 ans : aucune mise à la retraite d'office possible.
  • De 67 à 69 ans : interrogation écrite obligatoire, le salarié peut refuser.
  • À partir de 70 ans : mise à la retraite d'office possible sans accord.
  • Recrutement après 70 ans : l'âge ne peut plus justifier la rupture du contrat.

Connaître cette règle change la façon d'aborder la fin de carrière. Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger leur activité au-delà de 70 ans, mieux vaut anticiper une discussion avec leur employeur, envisager une reconversion sous un autre statut, ou explorer le cumul emploi-retraite. Le libre choix existe, mais dans un cadre plus étroit qu'on ne l'imagine. Alors, jusqu'à quel âge est-il vraiment possible de rester maître de son horloge professionnelle ?

Louise

Rédactrice spécialisée Argent depuis 10 ans, j'apporte ici mon expertise sur les sujets Retraite, épargne, budget ou encore immobilier. Passionnée par ailleurs par la psychologie, j'écris également à ce sujet.

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