Une enquête de 60 Millions de consommateurs révèle que certaines huiles d’olive « vierge extra » vendues en grande distribution n’obtiennent pas la qualité annoncée. Au-delà des défauts organoleptiques, toutes les bouteilles testées contenaient des traces de contaminants industriels préoccupants.
60 Millions de consommateurs vient d’alerter sur cette huile d’olive vendue dans toutes les grandes surfaces : ce qu’elle contient n’est pas de l’huile d’olive

À retenir
- Une bouteille populaire affiche « vierge extra » mais ne mérite pas cette catégorie selon les tests
- Toutes les huiles analysées contenaient des phtalates et hydrocarbures issus de la production industrielle
- Les contrôles aux frontières européennes révèlent 50 infractions par trimestre : falsification d'origine, dilution, non-conformité
Une enquête qui bouscule les certitudes du rayon huile d'olive
60 Millions de consommateurs a passé 22 références au crible, et le classement final réserve quelques surprises. Ces bouteilles trônent dans tous les rayons, entre 10 et 20 euros le litre en moyenne.
En France, on en consomme près de 110 000 tonnes par an, soit environ 1,7 litre par personne. Un geste répété à chaque repas, presque automatique, sur une salade ou dans une poêle.
Mais l'étiquette « vierge extra » ne garantit pas toujours ce qu'elle promet. Certaines bouteilles analysées ne méritent tout simplement pas la catégorie affichée sur leur devant.
Une huile qui perd son statut de "vierge extra"
Parmi les 22 références testées en avril 2025, une bouteille très présente en grande distribution a particulièrement retenu l'attention des laboratoires. Elle figure parmi les huiles qui n'obtiennent pas la moyenne et a été qualifiée de « chômée », un défaut lié à une fermentation mal contrôlée des olives avant trituration.
Concrètement, ce défaut organoleptique disqualifie l'huile de la catégorie « vierge extra » qu'elle affiche pourtant fièrement sur son étiquette. Le consommateur paye pour une qualité supérieure, mais reçoit un produit qui, sur le plan réglementaire, devrait être rétrogradé.
Ce cas n'est pas isolé. La confusion vient aussi d'une subtilité que peu de clients connaissent : certaines catégories vendues comme « huile pure d'olive » sont, par définition légale, constituées par un coupage d'huile d'olive vierge et d'huile d'olive raffinée. Le mot « pure » n'a donc rien d'une garantie de pureté botanique, c'est un mélange réglementé qui porte mal son nom.
La fraude, un problème structurel du secteur
L'huile d'olive vierge extra fait particulièrement l'objet de fraudes. Les chiffres douaniers européens le confirment sans détour.
Rien qu'au premier trimestre 2024, 50 infractions ont été constatées aux frontières de l'Union européenne : non-conformité aux normes de sécurité, falsification du pays d'origine, dilution avec d'autres huiles. Un chiffre qui donne le vertige pour un produit vendu comme un symbole de naturalité.
La Cour des comptes européenne a d'ailleurs consacré tout un rapport spécial à ce problème en 2026. Elle y pointe que les contrôles de l'authenticité, la sécurité et la traçabilité de l'huile d'olive restent appliqués de façon très inégale selon les pays producteurs.
Une question écrite déposée à l'Assemblée nationale a même interpellé le ministère de la Santé sur ce dossier. Le texte évoque les résultats particulièrement préoccupants d'une enquête publiée le 24 avril 2025 par le magazine 60 Millions de consommateurs.
Des contaminants présents dans toutes les bouteilles testées
Au-delà de la question du mélange, le laboratoire indépendant qui a réalisé les tests a mis en évidence un autre problème, plus discret mais tout aussi préoccupant. Toutes les huiles testées contenaient des traces de phtalates, ces plastifiants controversés, ainsi que des hydrocarbures MOSH et MOAH.
Ces substances proviennent essentiellement des circuits de production industriels, des tuyaux et joints utilisés pendant la trituration ou le conditionnement. Ni le bio ni le prix élevé ne protègent totalement contre ce type de résidu.
Rassurant tout de même : les analyses n'ont pas révélé de dilution massive avec de l'huile de grignons, ce résidu de pulpe et de noyaux qui n'a rien à faire dans une vierge extra. Aucun uvaol ni érythrodiol n'a été retrouvé, deux stérols dont la présence dénoncerait un mélange avec de l'huile de grignons d'olive.
La fourchette de prix, elle, reste vertigineuse d'une référence à l'autre. Dans le panel de 22 huiles testées, les prix vont de 10 à 60 euros le litre.
Ce qu'il faut vérifier avant de remplir son caddie
Un réflexe simple existe pourtant dès le rayon, avant même de comparer les scores. Il s'agit de chercher la mention « huile d'olive vierge extra », seule garantie d'un jus obtenu uniquement par des procédés mécaniques, sans solvant ni raffinage.
Sur l'étiquette, mieux vaut aussi jeter un œil à l'origine précise. Une mention vague comme « mélange d'huiles de l'Union européenne » signale souvent un assemblage de plusieurs provenances, moins traçable qu'une huile mono-origine.
La date de mise en bouteille compte davantage que le prix affiché. Une huile fraîche, stockée à l'abri de la lumière, conserve mieux ses arômes et ses polyphénols qu'une bouteille vieillissante sur une étagère éclairée.
Un secteur sous surveillance renforcée
La pratique dite de la « francisation », qui consiste à reconditionner des huiles étrangères sous des labels aux accents locaux, continue d'alimenter les soupçons des associations de consommateurs. Foodwatch réclame depuis plusieurs mois la publication systématique des marques épinglées lors des contrôles officiels.
À ce jour, cette transparence totale n'existe toujours pas sur les tickets de caisse ni sur les étiquettes. Le consommateur reste donc son propre enquêteur, une bouteille à la fois, à décrypter des mentions qui jouent parfois sur l'ambiguïté plus que sur la clarté.
Sources : letribunaldunet.fr | myjournal.fr