Environ 850 000 logements chauffés à l'électricité ont changé d'étiquette énergétique depuis le début de l'année, sans qu'un seul mur n'ait été touché. La raison tient à un simple coefficient de calcul, modifié par les pouvoirs publics, qui a suffi à faire basculer des passoires thermiques vers une classe plus favorable. De quoi réjouir de nombreux propriétaires bailleurs, encore soumis au gel des loyers depuis l'été 2022. Mais une question reste en suspens pour tous ceux qui espèrent enfin revaloriser leur bien : ce nouveau classement suffit-il à débloquer immédiatement le loyer ? Le ministère du Logement a tranché cet été, et la réponse risque de refroidir certains espoirs.
Votre DPE a changé sans travaux, mais votre loyer reste bloqué pendant le bail
Depuis le 24 août 2022, les logements classés F ou G au DPE sont soumis à un gel strict des loyers. Impossible, pour ces passoires énergétiques, de réviser le montant demandé au locataire, quelle que soit la situation du marché local. La réforme du DPE entrée en vigueur au 1er janvier 2026 a pourtant rebattu les cartes pour de nombreux logements électriques. Le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9, un ajustement technique qui améliore mécaniquement la note de nombreux biens, sans le moindre chantier de rénovation. Résultat concret : un appartement classé F peut se retrouver reclassé E du jour au lendemain. Mais attention, ce changement d'étiquette ne donne pas automatiquement le droit d'appliquer l'indice de référence des loyers dès la prochaine échéance annuelle. Le ministère de la Ville et du Logement l'a confirmé noir sur blanc dans une réponse publiée au Journal officiel : la révision du loyer reste impossible pendant toute la durée du bail en cours, même si le logement n'est officiellement plus une passoire thermique. Le nouveau DPE change la donne administrative, pas le calendrier contractuel.
Le renouvellement du bail, la vraie porte d'entrée vers une révision légitime
C'est au moment du renouvellement du bail que la situation peut réellement basculer. Si le propriétaire parvient à prouver, document à l'appui, que son logement n'est plus classé F ou G grâce au nouveau mode de calcul, il peut alors envisager une révision du loyer en toute légalité. Cette preuve doit reposer sur une attestation officielle de changement d'étiquette ou un DPE actualisé conforme à la nouvelle méthodologie. Bonne nouvelle pour les propriétaires : il n'est pas toujours nécessaire de commander un diagnostic complet. Pour un DPE établi avant janvier 2026 et toujours valide, une attestation gratuite peut être téléchargée directement sur l'Observatoire DPE-Audit de l'Ademe, à partir du numéro du diagnostic d'origine. Cette attestation actualise l'étiquette tout en conservant la durée de validité initiale du DPE. Sans ce document, aucune révision ne peut être opérée, même si le logement bénéficie objectivement d'un meilleur classement sur le papier. La règle est claire : pas de preuve, pas de révision.
Attention au piège de la reconduction tacite qui ne change rien
Beaucoup de propriétaires imaginent qu'une simple reconduction tacite de leur bail suffit à ouvrir la voie à une révision du loyer basée sur le nouveau DPE. C'est une erreur fréquente, et potentiellement coûteuse. La reconduction tacite prolonge le contrat existant sans en modifier les termes essentiels. Elle ne peut donc en aucun cas servir de prétexte pour appliquer une hausse de loyer liée au reclassement énergétique. Seul un renouvellement formel du bail ouvre officiellement la possibilité de renégocier certaines clauses, dont le montant du loyer. Confondre ces deux situations juridiques expose le bailleur à des litiges avec son locataire, voire à un recours devant la commission départementale de conciliation. Et même lors d'un véritable renouvellement, sortir du statut de passoire énergétique ne signifie pas que le propriétaire peut fixer librement un nouveau montant. Les autres règles encadrant les loyers continuent de s'appliquer, notamment dans les zones tendues ou les villes soumises à l'encadrement des loyers, où des plafonds subsistent indépendamment du DPE.
Ce qu'il faut retenir avant de toucher au montant du loyer
Le passage de la classe F ou G à E grâce au nouveau calcul du DPE représente une opportunité réelle pour de nombreux propriétaires, mais elle reste encadrée par des règles précises. La révision du loyer ne peut intervenir que lors d'un véritable renouvellement de bail, jamais pendant sa durée en cours ni lors d'une simple reconduction tacite. Un point mérite également d'être gardé en tête : une amélioration de l'étiquette DPE ne signifie pas nécessairement une amélioration de la performance énergétique réelle du logement. Un appartement qui passe de F à E uniquement grâce au changement de méthode de calcul ne devient pas soudainement mieux isolé ni moins énergivore pour ses occupants. L'enjeu dépasse d'ailleurs la seule question du loyer, puisque le classement énergétique influence aussi la possibilité de louer, le coût des travaux à envisager et la valeur du bien à la revente. Un DPE F ou G peut représenter un manque à gagner significatif sur plusieurs années pour un investisseur locatif, ce qui rend cette réforme d'autant plus stratégique à surveiller de près.
Le reclassement énergétique lève un verrou administratif, mais il ne fait pas disparaître les autres règles applicables au loyer. Avant d'envisager la moindre révision, mieux vaut vérifier la validité de son diagnostic, distinguer clairement renouvellement et reconduction tacite, et se faire accompagner si nécessaire pour éviter tout litige. Reste une question de fond : cette réforme du calcul du DPE, purement méthodologique, permettra-t-elle réellement d'accélérer la rénovation énergétique du parc locatif français, ou risque-t-elle au contraire de désinciter certains propriétaires à entreprendre de vrais travaux ?

