Il a coupé lui-même les branches du voisin qui passaient au-dessus de son jardin : son assurance a refusé de payer ce que l’arbre valait

Couper soi-même les branches qui dépassent du jardin du voisin expose à une indemnisation pour la valeur de l’arbre, et l’assurance habitation ne paiera pas. Le droit français protège le propriétaire de l’arbre, pas celui qui subit son ombre. Une simple mise en demeure suffit à obtenir légalement l’élagage.

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Par L'équipe JDS

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Vous regardez la haie du fond de jardin, celle qui déborde depuis le printemps, et vos yeux tombent sur la grosse branche du voisin qui surplombe votre terrasse depuis des mois. La tentation du sécateur, en cette saison où l'on dégage tout avant l'automne, n'a jamais été aussi forte. Elle est pourtant, sur le plan légal, une très mauvaise idée : couper soi-même les branches qui dépassent chez soi expose à devoir indemniser le voisin pour la valeur de son arbre, et l'assurance ne suit pas.

À retenir
  • Le droit français interdit de couper soi-même les branches du voisin, seules les racines et brindilles sont autorisées.
  • L'arbre reste la propriété du voisin même si ses branches avancent sur votre terrain, couper constitue une atteinte à son bien.
  • L'assurance habitation refuse de couvrir ce geste volontaire, considéré comme un acte intentionnel et non un accident.
  • Une mise en demeure écrite à titre de preuve suffit à contraindre le voisin à faire élaguer ses branches légalement.

Le geste qui semble aller de soi

Chaque automne, le même scénario se répète dans des milliers de jardins. On taille sa haie, on rabat ses arbustes, et l'on profite de l'élan pour raccourcir ce qui dépasse chez le voisin. Le raisonnement paraît imparable : c'est sur mon terrain que ça pousse, c'est moi qui subis l'ombre ou les feuilles sur la terrasse, j'ai bien le droit de couper.

Le droit français dit exactement l'inverse. Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres, arbustes et arbrisseaux du voisin peut contraindre celui-ci à les couper. Contraindre, pas couper lui-même. La nuance tient en un mot, et elle change tout.

Ce que dit vraiment l'article 673 du Code civil

Le texte est ancien, précis, et n'a pas bougé depuis un siècle. L'article 673 du Code civil est en vigueur dans sa rédaction issue de la loi du 12 février 1921 et n'a pas été modifié depuis. Il distingue clairement le haut et le bas.

Pour ce qui pousse en hauteur, la règle est stricte. L'article 673 du Code civil vous permet de contraindre votre voisin à couper les branches qui avancent sur votre propriété, mais il ne vous autorise pas à les couper vous-même. Seules les racines, ronces et brindilles peuvent être coupées par vos soins, à la limite séparative. Racines, ronces, brindilles : c'est tout. Une branche, même basse, même gênante, reste hors de portée du sécateur du voisin.

Il y a une logique derrière cette asymétrie apparente. Une racine reste discrète, on la coupe proprement sans toucher à l'équilibre de l'arbre. Une branche, elle, engage souvent la silhouette entière du sujet, sa croissance future, parfois sa survie si la coupe est mal faite. Le législateur a préféré confier ce geste technique à celui qui connaît l'arbre : son propriétaire.

Ce droit d'exiger l'élagage ne s'éteint jamais avec le temps. Le droit de couper les racines, ronces et brindilles ou de faire couper les branches des arbres, arbustes ou arbrisseaux est imprescriptible. Peu importe que la branche dépasse depuis dix ans ou depuis six mois, la demande reste recevable.

L'arbre, propriété du voisin, même quand il déborde chez vous

Un point échappe souvent au bon sens commun. En droit français, l'arbre reste la propriété de celui sur le terrain duquel il est planté, même si ses branches avancent chez le voisin. Couper une branche sans autorisation revient donc à toucher au bien d'autrui, pas à défendre le sien.

La conséquence juridique tombe logiquement. Couper soi-même ce qui dépasse constitue une atteinte au bien d'autrui. Ce n'est pas un simple différend de voisinage réglé à l'amiable une fois la coupe faite : c'est une atteinte à la propriété, qui ouvre droit à réparation.

Un arbre planté depuis quarante ans n'a rien à voir, financièrement, avec un jeune sujet de pépinière. Sa valeur ne se résume pas au prix d'achat d'un plant : elle intègre son âge, son essence, son état sanitaire, son rôle ornemental dans le jardin. C'est ce qu'on appelle la valeur d'agrément, et elle grimpe vite pour un arbre ancien, bien au-delà du coût d'un simple élagage professionnel.

En cas de litige, cette valeur n'est pas fixée au doigt mouillé. Des barèmes existent, utilisés par des experts, qui croisent l'essence, la circonférence, l'état sanitaire et la rareté de l'arbre pour aboutir à un chiffre. C'est cette expertise, et elle seule, qui déterminera ce que devra verser celui qui a sorti la tronçonneuse sans en avoir le droit.

Pourquoi l'assurance ne paiera pas la note

Beaucoup comptent, en cas de pépin, sur leur responsabilité civile habitation. Mauvais calcul. Cette garantie couvre les dommages accidentels, ceux que l'on cause sans le vouloir. Un geste réfléchi, exécuté sécateur ou tronçonneuse en main un dimanche après-midi, ne relève pas de l'accident.

Le Code des assurances est explicite sur ce point. L'article L. 113-1 du code des assurances est sans détour : les contrats couvrent l'accident, pas l'acte volontaire. Couper une branche que l'on sait appartenir au voisin, en toute connaissance de cause, entre précisément dans cette case exclue.

La jurisprudence confirme cette lecture depuis longtemps. La faute dolosive ou intentionnelle prive l'assuré de toute indemnisation. L'assureur peut légalement refuser de payer, et il ne s'en prive pas quand le dossier montre un geste délibéré plutôt qu'une maladresse.

Le distinguo entre négligence et volonté change tout aux yeux d'un assureur. Les assureurs font une différence fondamentale entre une faute commise par négligence et un acte accompli en pleine conscience de ses conséquences. Sortir la tronçonneuse pour raccourcir la branche du voisin, sans lui avoir rien demandé, entre difficilement dans la catégorie de la négligence.

La marche à suivre qui ne coûte rien

Il existe pourtant une voie simple, gratuite, et qui évite tout contentieux. Elle commence par une demande écrite, adressée directement au voisin, exposant la gêne et demandant l'élagage dans un délai raisonnable.

Si le dialogue échoue, l'étape suivante reste accessible sans avocat. Une lettre recommandée avec accusé de réception, mentionnant l'article 673 du Code civil, formalise la demande et constitue une preuve en cas de suite judiciaire.

En dernier recours, le conciliateur de justice reste la solution la moins coûteuse et souvent la plus efficace. Le conciliateur de justice est un auxiliaire de justice bénévole. Le recours au conciliateur de justice est gratuit. Il peut être saisi directement, sans passer par un avocat, pour tenter de trouver un accord avant tout passage devant un juge.

Les chiffres montrent que la méthode fonctionne plus souvent qu'on ne l'imagine. En 2022, on comptait sur le territoire 2 749 de ces auxiliaires bénévoles et assermentés. Saisis 196 434 fois cette année-là, ils ont réussi à concilier les parties dans 90 271 affaires, soit un taux de réussite de 46 %. Presque un litige sur deux se résout ainsi, sans juge, sans frais, et sans que personne n'ait eu besoin de toucher à la branche du voisin.

La saison de taille qui s'ouvre va remettre ce dilemme sur la table dans des milliers de jardins. Avant de lever le sécateur vers la branche d'à côté, mieux vaut se souvenir que la loi, elle, protège d'abord celui qui a planté l'arbre, pas celui qui en subit l'ombre.

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