Elle tient dans la paume et ne se déplie même pas sous le pouce. Il faut la glisser dans un barillet puis la tourner d'un quart de tour. Le tableau de bord s'allume, la Twingo est prête. Une clé. La dernière voiture à m'en avoir mis une entre les mains remonte à suffisamment longtemps pour que le geste ait perdu toute mémoire musculaire. Toutes les voitures essayées ces cinq dernières années ne m'avait demandé autre chose qu'un bouton, une carte ou un simple mouvement du pied vers la pédale de frein.
Sur la Twingo E-Tech Evolution, le barillet n'est pas un clin d'œil rétro raccord avec la carrosserie. C'est une réalité économique. Pour retrouver le goût de la modernité, il faut opter pour la finition Techno, 1 600 € plus haut dans la gamme, et ainsi avoir le loisir de profiter du démarrage mains libres. Un détail parmi d'autres ? Peut-être. Mais un détail révélateur de la philosophie de cette Twingo d'entrée de gamme. Ou comment pour parvenir à proposer un tarif sous le seuil psychologique des 20 000 €, Renault a du se résoudre à un exercice permanent entre les concessions qui comptent et celles qui s'oublient à l'usage.
Twingo E-Tech Evolution vs Techno : ce qui part, ce qui reste
La climatisation est manuelle. Trois molettes, zéro écran à traverser pour régler la température. Au quotidien, c'est presque un avantage. Les essuie-glaces perdent leur automatisme, le régulateur de vitesse adaptatif cède la place à un simple régulateur, la caméra de recul disparaît et le freinage régénératif se contente d'un mode B enclenché via le sélecteur, sans les quatre niveaux de palettes ni le mode One Pedal de la Twingo E-Tech Techno.
Le système multimédia conserve l'écran central de 10,1 pouces, réactif et agréable, mais dans une version simplifiée d'openR Link. Pas de services Google, pas de GPS intégré, pas de commande vocale. La réplication CarPlay et Android Auto fonctionne sans fil et couvre l'essentiel. Les deux haut-parleurs (contre six sur la Techno) peinent dès qu'on monte le volume, et c'est le genre d'économie que l'on remarque chaque jour. La sellerie noire à micro-pixels blancs est plus austère que le tissu chiné de la Techno, le volant passe du similicuir au plastique, l'insert de planche de bord est systématiquement blanc au lieu de reprendre la teinte carrosserie.
Voilà pour la colonne des pertes.
Parce que tout le reste, et c'est probablement le plus important, traverse les deux finitions sans aucune différence. Le moteur de 80 ch et 175 Nm est identique, la batterie LFP de 27,5 kWh aussi, la plateforme dérivée de la R5 (simplifiée au niveau du train arrière) ne change pas. Le confort de suspension avec les jantes 16 pouces de série et leurs flancs généreux m'a surpris sur les ralentisseurs parisiens : la Twingo filtre mieux qu'attendu pour une voiture de ce gabarit et de ce prix. Le comportement routier reste sain sur les départementales, la direction est un peu engourdie comparée à la R5 mais la voiture ne prend jamais personne en défaut.
La modularité, surtout, est intacte. La banquette arrière coulisse sur 17 centimètres, se fractionne en deux parties, et le coffre passe de 205 à 305 litres. Le sous-coffre en deux parties pour les câbles de recharge est de série. J'y ai logé deux valises de 70 litres à la verticale sans forcer. Sur 3,79 mètres de long, on en vient à espérer que certains constructeurs premium s'en inspirent pour leurs SUV XXL à peine plus logeable. Oui, oui.
Le "smile" n'est pas en option !
Et puis il y a ce que la fiche technique ne mesure pas. Le jaune Mango, sans supplément, les phares ronds, les trois faux aérateurs sur le capot, les messages cachés dans la typographie des sangles. La Twingo Evolution est strictement identique à la Techno vue de l'extérieur, à l'antenne près (classique au lieu de requin) et aux enjoliveurs. J'ai passé la semaine à collecter des « ah mais c'est la nouvelle Twingo » sur les trottoirs. Personne ne s'est jamais inquiété de la finition.
À l'usage, la liste des renoncements se résume vite à deux vrais sujets. Le premier, c'est l'absence de freinage régénératif et de mode One Pedal, dommage pour une citadine électrique qui passera l'essentiel de sa vie en ville, là où la régénération a le plus de sens. Le second, c'est la recharge rapide en option, mais il concerne les deux finitions et a fait l'objet d'un article à part entière.
Pour le reste, la Twingo Evolution donne peu l'impression d'être une voiture achetée par défaut. Les économies portent sur des éléments de confort ou de connectivité, pas sur la structure, la sécurité ou la conduite. L'écart de 1 600 € avec la Techno se justifie pour ceux qui tiennent au GPS intégré, à la caméra de recul ou aux sièges chauffants (en option sur Techno uniquement). Pour les autres, cette clé rétractable dans la poche reste la concession la plus visible du quotidien. Et finalement, passé deux jours, on s'y fait très bien.

















