Les branches du noyer du voisin envahissaient mon potager depuis trois ans. Avant de sortir le sécateur, j’ai découvert qu’un article du Code civil vieux de 220 ans encadrait cette situation bien précisément—et que couper soi-même pouvait me coûter très cher.
Les branches du voisin passaient au-dessus de mon potager : le jour où j’ai sorti le sécateur, j’ai compris qui allait payer

À retenir
- Pourquoi couper les branches soi-même peut transformer un problème de voisinage en procès coûteux
- La distinction méconnue entre branches et racines : un détail qui change tout légalement
- Un droit qui n'expire jamais, même après 50 ans de branches qui débordent
Le jour où les branches ont pris possession de mes tomates
Le noyer du voisin avait fini par recouvrir la moitié de mon carré de tomates. Trois années de suite, moins de soleil, moins de récolte, plus d'agacement.
Le sécateur était déjà dans ma main, posé sur l'établi, prêt à trancher. Un simple coup d'œil sur internet a suffi à me faire reposer l'outil.
Ce que j'ai découvert change tout pour qui possède un jardin partagé avec un voisin peu pressé de tailler. La loi française encadre ce type de situation depuis... 1804, et elle n'a pas bougé d'un pouce.
Le sécateur, la fausse bonne idée
Couper soi-même les branches qui dépassent chez vous semble logique. C'est votre terrain, votre potager, votre lumière confisquée.
En droit français, l'arbre reste la propriété de celui sur le terrain duquel il est planté, même si ses branches avancent chez le voisin, et couper soi-même ce qui dépasse constitue une atteinte au bien d'autrui. Une voie de fait, même avec les meilleures intentions du monde.
La moindre branche coupée sans accord expose à des dommages et intérêts si l'arbre a été fragilisé ou défiguré. Le sécateur peut donc vous coûter bien plus cher que la récolte perdue.
Ce que dit réellement l'article 673
Le texte fondateur tient en quelques lignes, mais il structure tout le contentieux de voisinage végétal en France. Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres, arbustes et arbrisseaux du voisin peut contraindre celui-ci à les couper.
Contraindre, pas couper soi-même. La nuance est mince sur le papier, énorme devant un juge.
Petit bonus au passage : les fruits tombés naturellement de ces branches lui appartiennent. Les noix ou les mirabelles tombées côté potager sont donc légalement à vous.
Racines contre branches : la nuance qui change tout
Le Code civil distingue deux régimes bien différents, et c'est là que beaucoup de jardiniers se trompent. Si ce sont les racines, ronces ou brindilles qui avancent sur son héritage, il a le droit de les couper lui-même à la limite de la ligne séparative.
Pour les racines qui soulèvent l'allée ou grignotent le carré de fraisiers, sécateur ou tranche-racines autorisés. Aucune autorisation nécessaire, aucune procédure à engager.
Pour les branches en revanche, zéro tolérance. L'article 673 indique que vous pouvez contraindre le voisin à couper ses branches, et non que vous pouvez agir à sa place.
Un droit imprescriptible, une histoire sans fin
Voici le détail le plus étonnant de cet article vieux de plus de deux siècles. Le droit de couper les racines, ronces et brindilles ou de faire couper les branches des arbres, arbustes ou arbrisseaux est imprescriptible.
Vingt ans, trente ans, cinquante ans de branches qui débordent sans réaction : rien n'y change. La Cour d'appel de Toulouse l'a rappelé fin février 2025, en précisant que « la prescription trentenaire n'est applicable qu'à l'arrachage des arbres visé par l'article 672 du code civil et non à l'élagage des branches qui est un droit imprescriptible ».
Un détail à connaître aussi : ne rien réclamer pendant des années ne crée aucun droit acquis pour le voisin. Le non-exercice de cette faculté, en l'absence de convention expresse, constitue une tolérance et ne saurait caractériser une servitude dont la charge s'aggraverait avec les années.
Qui paie, au final ?
Revenons à la question posée par le titre. Le voisin qui refuse d'élaguer malgré une demande claire s'expose, lui, aux frais.
La procédure classique passe d'abord par une lettre recommandée, puis par un conciliateur de justice si le dialogue échoue. En dernier recours, direction le tribunal judiciaire.
En ultime recours, le tribunal judiciaire peut ordonner l'élagage sous astreinte et accorder des dommages et intérêts. L'astreinte, une somme due par jour de retard, a le mérite de motiver même les voisins les plus procrastinateurs.
Précision utile pour les jardins mitoyens à une route ou une allée commune : ce droit ne s'applique qu'entre parcelles directement en contact. Les dispositions de l'article 673 du Code civil ne sont applicables qu'aux fonds contigus, mais pas aux fonds séparés par une voie publique.
Ce que j'ai fait de mon sécateur
Rangé, finalement. Une lettre simple, glissée dans la boîte aux lettres du voisin, a réglé l'affaire en quinze jours sans frais ni juge.
Il faut dire qu'un point mérite d'être connu avant toute demande : un arbre en bon équilibre peut parfois justifier de ne conserver qu'une branche gênante plutôt qu'une taille complète, si l'élagage total menace sa stabilité. Un argument que certains propriétaires d'arbres avancent devant les tribunaux, avec plus ou moins de succès selon les expertises forestières produites au dossier.
Sources : kohenavocats.com | elleadore.com
