Le gouvernement s’apprête à transformer en profondeur les titres-restaurant utilisés par 5 millions de salariés. Une proposition de loi sera déposée d’ici l’été 2025 pour une adoption avant fin 2026, marquant la fin programmée du ticket papier au profit de la dématérialisation complète.
D’ici fin 2026, cet objet que 5 millions de salariés ont dans leur portefeuille n’existera peut être plus

Glissé dans votre portefeuille depuis des décennies, parfois froissé dans un coin de veste, le ticket-restaurant papier vit peut-être ses derniers mois. Le dispositif est aujourd'hui utilisé par plus de cinq millions de salariés en France, et le gouvernement s'apprête à le transformer en profondeur. La réforme des titres-restaurant fera l'objet d'une proposition de loi déposée "d'ici l'été", a annoncé le ministre du Pouvoir d'achat Serge Papin, qui vise une adoption avant fin 2026. Une bonne nouvelle, à condition de comprendre ce qui change vraiment.
À retenir
- Le carnet papier disparaîtra, mais des avantages concrets accompagnent cette transition numérique
- Les supermarchés conserveront le droit d'accepter les titres-repas, malgré les protestations des restaurateurs
- Utilisation possible le dimanche et possibilité de donner ses titres à des associations : deux vraies victoires pour les salariés
Un chantier en gestation depuis des années
Les grandes lignes de cette réforme, en gestation depuis plusieurs années mais retardée par les changements de gouvernement, avaient été détaillées en juin 2025 par Véronique Louwagie, la prédécesseuse de Serge Papin au ministère du Commerce et des PME. Deux ministres, un même objectif : moderniser un outil social qui n'avait guère évolué depuis sa création sous de Gaulle en 1967. Le ministre confirme que "le texte est prêt", qu'il sera "porté par les parlementaires" et "déposé d'ici l'été pour être adopté avant la fin de l'année".
Ce qui frappe, c'est la clarté du calendrier. Serge Papin se déclare plus favorable à la notion de "titre-repas, placé au service du pouvoir d'achat" qu'à celle de "titre-restaurant", ce dernier ayant la faveur des restaurateurs, même si certains sont prêts à un compromis. Un glissement sémantique qui dit beaucoup sur l'ambition du texte : il ne s'agit plus seulement de financer la pause déjeuner au bistrot du coin, mais d'accompagner les nouvelles façons de manger et de faire ses courses.
Ce qui change concrètement pour vous
Premier changement attendu, et sans doute le plus visible au quotidien : le ministre confirme que la possibilité d'utiliser les titres-restaurant pour payer ses courses alimentaires en supermarché, qui court jusqu'à fin 2026, sera pérennisée. Et ce malgré les critiques que suscite cette mesure, lancée de manière temporaire en 2022 et prorogée chaque année depuis, chez les restaurateurs, qui y voient un manque à gagner. Le gouvernement tranche clairement en faveur des salariés.
Deuxième évolution, moins attendue : "Tous les salariés pourront l'utiliser le dimanche", a déclaré le ministre. Jusqu'à présent, leur utilisation restait en principe limitée aux jours travaillés, sauf dérogation accordée par l'employeur pour certaines professions. Ce point passera par une "mesure réglementaire" en parallèle des débats parlementaires. Concrètement : nul besoin d'attendre le vote final pour en bénéficier.
La réforme ne s'arrête pas là. Au programme également, la "dématérialisation complète" des titres-restaurant, tandis que "la possibilité d'en faire don à une association agréée" sera fixée "dans la loi". Ce dernier point est une vraie avancée : de nombreux salariés avaient pour habitude de distribuer leurs titres-restaurant papier à des personnes démunies ou à des associations, et la dématérialisation avait pu compliquer cette démarche. Une réflexion était en cours pour permettre le don aux associations malgré la digitalisation. Elle aboutit.
Côté transparence, certaines pratiques pour les professionnels seront interdites, comme les rétrocommissions, une fraude pour transformer des tickets en argent liquide. Un assainissement qui était réclamé de longue date.
La fin du carnet papier : une bascule déjà bien amorcée
Aujourd'hui encore, environ un quart des titres-restaurant circulent sous format papier. Un chiffre qui peut surprendre, tant la carte dématérialisée s'est imposée dans les grandes entreprises. Mais pour qui a passé la cinquantaine dans une PME ou un commerce, le petit carnet de chèques reste une réalité du quotidien.
La transition, elle, est déjà bien avancée. En 2025, environ 70 à 80 % des transactions s'effectuaient déjà via cartes ou applications. Les émetteurs de tickets-restaurant sont appelés à "ne plus avoir de stocks de papier au 1er janvier 2027", selon les intentions exprimées par la précédente ministre. Ces derniers seront tout de même encore utilisables durant l'année 2026, mais plus aucun titre papier ne sera utilisable dès le 28 février 2027.
Pour ceux qui s'inquiètent du passage au numérique, les avantages concrets sont réels. Avec le titre dématérialisé, les salariés peuvent régler leur repas au centime près, chose qu'il n'était pas possible de faire avec le ticket papier, car les commerçants n'étaient pas autorisés à rendre la monnaie. En cas de perte ou de vol, il est possible de faire opposition pour bloquer les titres. Si l'on oublie la carte, le téléphone, via l'application, peut être utilisé. L'argument écologique pèse aussi dans la balance : chaque année, plusieurs dizaines de millions de carnets sont imprimés, représentant des milliers de tonnes de papier, d'encre et d'enveloppes, auxquels s'ajoute le transport pour l'acheminement vers les entreprises et les renvois postaux par les commerçants. Une logistique lourde qui pèse sur l'empreinte carbone.
Les restaurateurs, grands absents de la fête ?
La réforme ne fait pas l'unanimité. Une déclaration qui anticipe la colère des restaurateurs, qui jugent souvent être les grands perdants de ce type de mesures. Ces derniers, déjà critiques lors de précédentes tentatives de réforme, sont inquiets d'un transfert des dépenses vers les grandes surfaces.
Le gouvernement a choisi un compromis. Le ministre souhaite qu'un titre-restaurant "ne puisse être utilisé que dans les commerces 'essentiellement alimentaires'", ce qui exclut de fait les enseignes de décoration ou les boutiques de confiserie qui avaient suscité la polémique. L'Umih, première organisation patronale de l'hôtellerie-restauration en France, avait écrit fin décembre au ministre pour l'"alerter" de l'agrément reçu par Hema, l'enseigne de décoration, "au titre d'une offre alimentaire composée quasi exclusivement de produits de grignotage et de confiserie". Message reçu, semble-t-il.
Reste une question ouverte sur laquelle le texte de loi devra trancher avec précision : où s'arrête exactement un "commerce essentiellement alimentaire" ? La frontière entre l'épicerie de quartier, le rayon traiteur d'une grande surface et la sandwicherie en ligne est, disons, poreuse. C'est là que se jouera, dans les mois à venir, le vrai rapport de force entre restaurateurs et grande distribution.
Sources : echosplus.com | francebleu.fr