Le service assainissement ne refuse pas la vidange d’une piscine parce qu’elle est trop grande : ce qu’il demande de laisser faire à l’eau avant d’ouvrir la bonde

Vider une piscine semble simple jusqu’au moment où le service assainissement pose ses questions. La taille du bassin n’est jamais un motif de refus, mais le chlore résiduel et les délais légaux changent tout. Voici ce que chaque propriétaire doit savoir avant d’ouvrir la bonde.

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Par L'équipe JDS

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Mon père a fait creuser sa piscine sept mètres sur trois, l'année de ses soixante ans. Aujourd'hui, il faut la vidanger pour changer le liner, et personne n'imaginait que ce chantier tournerait au casse-tête administratif.

Premier réflexe : appeler le service assainissement de la commune. Bonne nouvelle, la taille du bassin n'est jamais un motif de refus en soi.

Ce qui bloque, c'est autre chose : la composition de l'eau au moment où elle sort du bassin.

À retenir

  • Pourquoi la commune s'intéresse davantage au chlore qu'à la taille du bassin
  • La règle des 15 jours qui paralyse tous les chantiers de vidange
  • Le piège méconnu du réseau pluvial et ses conséquences pour la rivière

Pourquoi la taille du bassin n'est pas le problème

On imaginait que le service dirait non à cause du volume. En réalité, plusieurs dizaines de mètres cubes peuvent partir sans souci technique majeur, l'obstacle est ailleurs.

Vider une piscine représente plusieurs dizaines de mètres cubes d'eau, soit une consommation équivalente à celle d'un foyer entier pendant plusieurs mois. De quoi comprendre pourquoi la commune veut savoir précisément quand et comment ce volume va circuler.

Le vrai sujet, c'est le chlore ou le brome encore actifs dans l'eau. Ces désinfectants perturbent le fonctionnement des stations d'épuration, risquant de causer des surcharges dangereuses voire des défaillances techniques.

Ce que dit le règlement d'assainissement collectif

En règle générale, il est interdit de rejeter les eaux de vidange des bassins de natation dans le réseau de collecte des eaux usées, en vertu de l'article R.1331-2 du code de la santé publique.

Mais une dérogation existe, et c'est justement elle que le service assainissement de ma mère peut accorder. Cet article prévoit des dérogations si la capacité des ouvrages de collecte et de traitement le permet sans porter atteinte à la qualité du milieu récepteur, et il est souhaitable que la collectivité précise les conditions de ce rejet dans son règlement.

Concrètement, chaque commune fixe ses propres règles. Certaines l'autorisent volontiers, d'autres orientent systématiquement vers le réseau pluvial ou l'infiltration.

La règle des quinze jours, non négociable

C'est ici que se joue vraiment la vidange de mes parents. Les prescriptions générales imposent la neutralisation du désinfectant, avec un produit adapté ou en laissant l'eau non traitée dans les 15 jours précédant la vidange.

on arrête tout apport de chlore ou de brome deux semaines avant d'ouvrir la bonde. La piscine reste en eau, sans traitement, le temps que les résidus chimiques se dissipent naturellement.

D'autres collectivités préfèrent une méthode alternative. Le chlore devra être neutralisé avant rejet via un puits de décantation ou un délai minimum entre la fin du traitement de l'eau et l'épandage.

Chez mes parents, le service a exigé les deux : arrêt du traitement quinze jours avant, puis vérification avec des bandelettes de test avant le feu vert. Une précaution qui a rassuré tout le monde.

Le piège du réseau pluvial

On pensait naïvement que rejeter l'eau dans les eaux pluviales réglait tout, puisque ce n'est pas le réseau des eaux usées. Erreur classique, et potentiellement coûteuse.

Si la piscine est raccordée au réseau collectif d'eau pluviale, on peut y évacuer l'eau mais il faut avoir arrêté le traitement au chlore 15 jours au préalable. La raison est simple et un peu vertigineuse : les eaux pluviales débouchent dans la rivière.

Il n'y a donc aucune station de traitement intermédiaire. Ce qui part dans la bouche d'égout pluviale finit directement dans le milieu naturel, poissons compris.

Ce que risquent les propriétaires imprudents

Un fossé, un cours d'eau, un caniveau de rue : vider sa piscine à même le sol sans accord n'est jamais anodin. L'évacuation sauvage dans la nature constitue une infraction sanctionnée par l'article L211-2 du Code de l'environnement.

Le service de police de l'eau peut aussi s'en mêler, même en cas de rejet théoriquement autorisé vers le pluvial. La rubrique 2230 prévoit la possibilité pour la police de l'eau de fixer des prescriptions au maître d'ouvrage du réseau des eaux pluviales pour tenir compte de l'impact de ce type de rejets sur le milieu.

Pour la piscine de mon père, la mairie a d'ailleurs demandé une vidange progressive, étalée sur plusieurs heures plutôt qu'un rejet massif d'un coup. Une manière d'éviter tout débordement du réseau au moment du chantier.

La marche à suivre, dans l'ordre

Avant toute chose, contacter le service assainissement ou les services techniques de la commune concernée. C'est lui qui connaît la capacité réelle du réseau local et les modalités précises acceptées.

Ensuite, arrêter tout traitement chimique au minimum deux semaines avant la date prévue. Tester l'eau avec des bandelettes pour confirmer l'absence de chlore ou de brome résiduel avant d'ouvrir quoi que ce soit.

Enfin, ne jamais improviser un rejet vers un fossé ou un cours d'eau sans accord écrit. Pour ma mère, l'accord est arrivé par simple mail de la mairie, avec la date et l'heure autorisées inscrites noir sur blanc.

Un détail surprend souvent les familles qui vidangent pour la première fois : les eaux de lavage des filtres ne suivent pas les mêmes règles que l'eau du bassin elle-même. Les eaux de nettoyage du bassin et de lavage des filtres sont considérées comme polluées et assimilées à des eaux usées domestiques du fait de la présence de détergent, acide ou eau de javel, et doivent être rejetées au réseau d'eaux usées. Deux circuits, deux destinations : de quoi expliquer pourquoi le service assainissement pose autant de questions avant de donner son feu vert.

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