Chaque jour, des millions de Français jettent des aliments simplement parce que la date est passée. Pourtant, les emballages portent deux mentions bien distinctes : une seule d’entre elles impose vraiment de se débarrasser du produit. Comprendre la différence pourrait changer vos habitudes et votre budget.
On s’obstine tous à jeter un produit dès que la date affichée est passée, alors qu’une seule des deux mentions l’impose vraiment

Les avis de taxe foncière remplissent les boîtes aux lettres, la météo annonce une chute de sept degrés ce mercredi 16 septembre, et le premier vrai froid de la saison est attendu vers le 23. Au milieu de cette rentrée qui multiplie les papiers à trier, un autre tri, plus discret, se joue chaque jour dans les cuisines françaises. Devant un yaourt ou un paquet de biscuits dont la date affichée est passée, le réflexe reste identique pour presque tout le monde : direction la poubelle.
Les emballages alimentaires portent pourtant deux mentions bien distinctes, et une seule d'entre elles impose vraiment de jeter le produit. La date limite de consommation (DLC) indique une limite impérative. La date de durabilité minimale (DDM), elle, est une date indicative apposée sur certaines denrées alimentaires.
Confondre les deux coûte cher, autant au porte-monnaie qu'au frigo bien rempli.
À retenir
- Deux dates mystérieuses sur vos emballages : l'une est un couperet, l'autre beaucoup plus flexible
- 53 % des Français les confondent encore — avec des conséquences sur le portefeuille et l'environnement
- Certains signaux extérieurs à l'étiquette ont plus d'importance que n'importe quelle date imprimée
Quand la date est un couperet
La DLC est signifiée par la mention « à consommer jusqu'au… » suivie du jour, du mois et de l'année. Elle s'applique à la majorité des produits à conserver au frais qui sont microbiologiquement très périssables, comme les viandes, les poissons, la charcuterie, les plats cuisinés réfrigérés ou certains produits laitiers tels que les yaourts. Cette échéance n'a rien d'arbitraire : elle est fixée sous la responsabilité des professionnels lors de tests de vieillissement sur chaque produit.
Passé ce cap, il n'y a plus de négociation possible. Au-delà de cette date, les aliments concernés sont impropres à la consommation car ils présentent un risque pour la santé, et il est interdit de les commercialiser sous peine de sanctions. Le commerçant a même l'obligation de détruire les produits impropres à la consommation.
Une erreur d'étiquetage ne dispense d'ailleurs pas les industriels de leurs responsabilités. En cas d'erreur sur la DLC, le fabricant doit rappeler ses produits et les déclarer sur Rappelconso. À côté de la DLC existe aussi la DLV, la date limite de vente : un sigle qui s'apparente à la DLC, appliqué côté rayon plutôt que côté consommateur. Une enseigne contrôlée en possession de produits dont la DLC ou la DLV est dépassée s'expose à des sanctions financières.
Ce que change la chaîne du froid
Une DLC respectée à la lettre ne protège de rien si le froid a été rompu en chemin.
En cas de rupture de la chaîne du froid, le produit devient impropre à la consommation et constitue un risque potentiel pour la santé, même avant l'échéance affichée. Il faut donc respecter la température d'entreposage ou de conservation mentionnée sur l'emballage, du trajet en voiture jusqu'au rangement dans le réfrigérateur. Un autre réflexe est à bannir : il ne faut jamais congeler un produit dont la DLC est proche, atteinte ou dépassée.
La date de préférence, une liberté que la loi reconnaît elle-même
La DDM concerne par exemple les produits secs, stérilisés et déshydratés comme le café, les gâteaux secs, les boîtes de conserve, les pâtes, le riz, le sucre ou la farine. Pour les produits dont la durabilité dépasse dix-huit mois, l'étiquette peut même se contenter d'indiquer l'année, sans jour ni mois précis.
Je pensais que la date de durabilité minimale imposait, comme sa cousine la DLC, de jeter le produit sans discussion : à la DGCCRF, on m'a expliqué qu'il n'en est rien tant que l'emballage reste intact. Pourvu que l'emballage n'ait pas été altéré, les denrées dont la DDM est dépassée peuvent être consommées sans risque par le consommateur. La DDM n'a pas le caractère impératif de la DLC. Une fois la date passée, la denrée peut avoir perdu une partie de ses qualités gustatives, sans pour autant présenter un risque pour celui qui la consommerait.
Un décret de novembre 2022 est même venu clarifier les choses sur l'emballage lui-même. Les fabricants peuvent désormais ajouter, à côté de la DDM, la mention « Ce produit peut être consommé après cette date ». L'enjeu est loin d'être anecdotique : près de dix millions de tonnes de nourriture consommable sont jetées chaque année en France, selon l'Ademe.
Une enquête récente relève que 53 % des Français confondent encore les deux notions.
Les produits qui échappent à toute date
Certains aliments n'affichent ni DLC ni DDM, et c'est parfaitement légal. Sont exemptés les denrées vendues non préemballées, les fruits et légumes frais, les boissons alcoolisées, les vinaigres, les sels de cuisine, les sucres solides, les produits de boulangerie et de pâtisserie normalement consommés dans les 24 heures, ainsi que certains produits de confiserie. Les œufs suivent leur propre logique : la DCR, ou date de consommation recommandée, leur est spécifiquement réservée.
Pour ces produits sans étiquette contraignante, c'est le bon sens qui prend le relais. La DDM et les aliments sans date laissent plus de liberté, à condition d'être attentif, et adopter de bonnes habitudes de conservation permet d'éviter le gaspillage tout en consommant en toute sécurité.
Les signaux qui priment sur toute date
Les boîtes de conserve méritent une attention particulière, au-delà de la simple lecture de l'étiquette. Pour un produit en conserve, c'est l'aspect extérieur de la boîte qu'il faut d'abord considérer pour juger de sa stabilité. Une déformation, des traces de rouille ou un bombage peuvent révéler une altération du contenu. En cas de doute, mieux vaut renoncer à consommer le contenu.
Un bombement suffit, peu importe ce qu'indique l'étiquette.
Dès qu'un emballage est ouvert, la DDM perd d'ailleurs toute son utilité, quelle que soit la date qui y figure. Chez les tout-petits, la vigilance reste de mise pour une autre raison : les aliments de diététique infantile voient leur DDM correspondre à la date jusqu'à laquelle les teneurs en vitamines et minéraux sont garanties, une garantie qui disparaît une fois l'échéance dépassée. Pour tout le reste, l'odeur, la texture et l'aspect restent les meilleurs juges, souvent bien avant la date imprimée sur l'emballage.
Le terme DDM a remplacé l'ancienne « date limite d'utilisation optimale » depuis l'application du règlement européen n°1169/2011 sur l'information des consommateurs. Le sigle a changé, la confusion, elle, a survécu jusque dans les rayons de ce mois de septembre.
Sources : weblex.fr | quechoisir.org