Injecter de la mousse expansive autour d’une fenêtre semble résoudre les courants d’air, mais crée rapidement de la condensation et endommage la menuiserie. La norme DTU 36.5 l’interdit explicitement, préférant des solutions élastiques comme les bandes compribande et le mastic silicone.
J’ai bourré de mousse expansive le tour de ma fenêtre pour ne plus sentir le courant d’air : au premier matin de buée, il était trop tard

Un dormant qui laisse passer un filet d'air froid, une main posée dessus qui le confirme, et l'envie d'agir avant les premiers frimas : c'est ainsi que la mousse expansive finit régulièrement injectée tout autour d'une fenêtre. Le geste soulage l'oreille et la main sur le moment. Puis vient le premier matin froid, la vitre se couvre de buée, et le mal est déjà fait.
- La mousse expansive rigidifie en séchant et ne supporte pas les mouvements naturels du bâti, créant des microfissures invisibles.
- Elle bloque la migration de la vapeur d'eau, causant de la condensation et pouvant pourrir le bois ou corroder le PVC.
- La norme DTU 36.5 n'autorise que trois solutions : mastics, mousses imprégnées classe 1 et membranes d'étanchéité.
- Le matin de buée signale que le joint a modifié la circulation de l'air et emprisonne l'humidité contre le dormant.
Le geste d'avant-hiver, presque un réflexe
La sensation est connue de tous les propriétaires de menuiseries anciennes : un léger souffle d'air, perceptible au niveau du dormant, celui-là même qui accueille le vantail. On passe la main, on sent le filet frais, on va chercher la bombe de mousse polyuréthane oubliée dans le garage.
Ce réflexe, des milliers de foyers le reproduisent chaque automne.
La mousse gonfle en séchant, comble le vide entre le dormant en bois ou en PVC et la maçonnerie, puis durcit en occupant tout l'espace disponible. Elle ne gère pas correctement le transfert de vapeur d'eau entre l'intérieur et l'extérieur, ce qui favorise les condensations dans le joint et dégrade l'isolation au fil du temps. Le professionnel du bâtiment le sait depuis longtemps, le particulier qui bricole un dimanche d'octobre beaucoup moins. C'est justement cette différence de savoir qui transforme un geste d'entretien en source de problème durable.
Ce que dit vraiment la norme sur cette mousse
Le document technique qui encadre la pose des fenêtres en France, le DTU 36.5, est catégorique sur ce point précis. Un calfeutrement entre gros œuvre et dormant de la fenêtre par injection de mousse expansive ne permet pas de satisfaire aux exigences d'étanchéité décrites et d'en assurer la pérennité. La formule est reprise mot pour mot dans plusieurs communiqués professionnels depuis des années.
Les mousses polyuréthane en bombe n'ont pas reçu d'avis technique couvrant cette application, contrairement à ce que laisse penser leur usage massif chez les particuliers.
Ce que la norme prescrit réellement pour le calfeutrement du pourtour d'une fenêtre tient en trois familles de solutions. Le DTU 36.5 ne mentionne que trois types de calfeutrement : les mastics sur fonds de joint, les mousses imprégnées classe 1 et les membranes d'étanchéité. La mousse expansive en bombe n'y figure nulle part.
Ce qui se joue derrière le dormant, invisible
Le bois et le PVC ne se comportent pas comme un bloc figé une fois la fenêtre posée. Ils se dilatent avec la chaleur, se rétractent avec le froid, bougent légèrement à chaque saison. La mousse expansive ne compense pas les mouvements du bâti, dilatation du dormant ou tassement du mur, contrairement aux bandes pré-comprimées conçues pour rester élastiques. Rigide une fois sèche, elle se fissure au premier mouvement du cadre. Ces microfissures, invisibles à l'œil nu, deviennent des chemins pour l'humidité.
La résistance de ce matériau aux intempéries pose un autre problème, distinct de la question des mouvements. Son utilisation pour calfeutrer les fenêtres n'est pas conseillée en raison de sa faible résistance aux intempéries, et lorsque les conditions météorologiques se dégradent, cette mousse peut perdre son efficacité et compromettre l'isolation intérieure. L'air froid et l'humidité finissent par reprendre le chemin qu'on croyait avoir bouché.
Une fois emprisonnée dans le joint, la vapeur d'eau ne trouve plus d'issue vers l'extérieur. Elle stagne contre le bois du dormant, ou contre le PVC, sans pouvoir migrer normalement.
Le matin où la buée est apparue
Le vitrage couvert de buée au réveil.
Ce voile n'est pas anodin : il signale que l'air chaud et humide de la pièce rencontre une surface froide qu'il ne parvenait plus à contourner autant qu'avant. Le joint de mousse, en modifiant la circulation de l'air autour du cadre, a déplacé le point où la condensation se forme. Ce qui semblait résolu, le courant d'air, a simplement changé de nature pour devenir un problème d'humidité stagnante.
Sur un dormant en bois, cette humidité répétée matin après matin ouvre la voie aux moisissures et, à terme, au pourrissement de la menuiserie. Sur un dormant en PVC, le risque porte davantage sur les ferrures métalliques et les joints d'origine, qui se corrodent au contact prolongé de l'eau.
Ce qu'il fallait employer à la place
Les professionnels du calfeutrement travaillent avec un trio précis, pensé pour rester souple dans la durée. Le trio compribande, fond de joint et silicone bâtiment en finition forme l'ensemble périphérique et indispensable du cordon de calfeutrage et d'étanchéité à l'eau et à l'air du dormant sur maçonnerie. La bande compribande, une mousse imprégnée qui se dilate progressivement, épouse les mouvements du bâti sans se fissurer. Le mastic silicone ou acrylique posé par-dessus assure la finition étanche visible.
Pour un simple courant d'air léger, sans gros écart entre dormant et mur, une solution plus modeste existe. Le bourrelet en mousse polyuréthane adhésif se colle sur le dormant en quelques minutes et peut calfeutrer des interstices de 1 à 5 mm, mais son point faible reste une durée de vie limitée à 2 à 5 ans. C'est une solution d'appoint, pas un traitement définitif.
La mousse expansive en bombe n'est pas totalement à bannir, à une condition stricte. Elle peut être utilisée pour combler l'isolant intérieur détérioré lors de la rénovation de la fenêtre, si elle n'est en aucun cas en contact avec l'extérieur. jamais sur le pourtour exposé, jamais en remplacement d'un joint d'étanchéité.
Comment rattraper l'erreur maintenant
Il faut d'abord retirer ce qui a été posé.
La mousse durcie se travaille au cutter, en découpant l'excédent au ras du dormant sans entamer le bois ou le PVC en dessous. Une fois sèche, elle se taille au cutter pour une pose nette, ce qui permet de retrouver un support propre. Sur cette base dégagée, on installe un véritable fond de joint puis un cordon de mastic adapté au matériau du cadre, silicone neutre sur le PVC et l'aluminium, acrylique peignable sur le bois.
Quand la mousse a été posée par un artisan lors d'une pose complète de fenêtre, la question de la responsabilité se pose différemment. Il est légitime de demander à l'artisan s'il confirme que ses travaux seront couverts par la garantie décennale, en rappelant la position des fabricants de menuiseries en lien avec les DTU. Un calfeutrement non conforme engage sa responsabilité, pas celle du propriétaire.
Ce type de non-conformité n'a rien de rare : la vérification est devenue systématique lors des réceptions de chantier, et les rapports de non-conformité mentionnent désormais explicitement l'utilisation de mousse expansive, souvent avec photos à l'appui. La buée du premier matin froid n'est donc pas un hasard isolé, mais le symptôme le plus visible d'un défaut que les diagnostiqueurs repèrent chaque automne sur des milliers de fenêtres françaises.
Sources : batiweb.com | forumconstruire.com