Les géomètres ne se fient plus aux vieux piquets pour retracer une limite : ce qu’ils ressortent à la place décide qui devra déposer sa clôture

Un piquet planté par un géomètre-expert inscrit à l’Ordre prime sur tous les autres repères, y compris les vieilles bornes du grand-père et le plan cadastral. Seul le procès-verbal de bornage, signé par les deux propriétaires ou imposé par un juge, fait foi devant la loi et détermine si votre clôture doit rester en place.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png
Par L'équipe JDS

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

Trois mètres de grillage flambant neuf longent le fond du jardin depuis trois ans. À quelques centimètres, planté dans l'herbe, un repère métallique surmonté d'un plot orange trahit le passage récent d'un géomètre-expert. Ce petit bout de métal va décider si la clôture reste où elle est, ou si elle doit être arrachée.

Le vieux piquet rouillé du grand-père, lui, ne compte plus pour rien.

À retenir
  • Le procès-verbal de bornage signé par deux propriétaires ou homologué par un tribunal fixe définitivement la limite de propriété.
  • Le plan cadastral n'a qu'une valeur fiscale et ne constitue pas une preuve juridique devant un juge.
  • Seul un géomètre-expert inscrit à l'Ordre peut établir un bornage opposable ; les repères posés par d'autres n'ont aucune valeur légale.
  • Une clôture posée du mauvais côté doit être déplacée si un bornage signé le prouve, indépendamment de son ancienneté.

Le bornage, seule preuve qui tienne devant un juge

Le bornage fixe la limite entre deux terrains privés, et lui seul en a le pouvoir. Il existe en deux versions : amiable, quand les deux voisins signent le document dressé par le géomètre-expert, ou judiciaire, quand l'un des deux refuse et qu'un tribunal doit trancher. Chaque propriétaire peut l'exiger de son voisin, sans que celui-ci puisse s'y soustraire indéfiniment, comme le rappelle l'article 646 du Code civil, qui dispose que « tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës ».

Une fois signé par les deux parties, le procès-verbal de bornage vaut titre. Une fois le procès-verbal de bornage signé par toutes les parties, la limite est définitive et incontestable, y compris devant un juge.

Ce papier ferme le dossier, pour longtemps.

Amiable si possible, judiciaire si nécessaire

Dans sa version amiable, le géomètre-expert commence par étudier les titres de propriété, les plans anciens et les traces visibles sur le terrain avant de proposer une limite aux deux voisins. Le bornage contradictoire amiable est la procédure la plus courante pour établir les limites entre deux propriétés contiguës, et implique qu'un ou plusieurs voisins sollicitent un géomètre-expert pour déterminer les limites de leurs propriétés respectives. Si les deux parties signent, la limite devient juridique et durable. Les frais, eux, se partagent en principe à égalité entre les deux propriétaires, sauf accord contraire entre eux.

Quand l'un des voisins refuse de signer, le géomètre rédige à la place un procès-verbal de carence. Ce document consigne les recherches menées, mais ne fixe rien de définitif. Il ouvre alors la voie à la procédure judiciaire, devant le tribunal du lieu où se situe le terrain.

Le tribunal désigne à son tour un géomètre-expert, chargé de reprendre les opérations sur place. Le tribunal désigne lui-même un géomètre-expert chargé de réaliser le bornage, qui se déroule selon le même schéma, et à l'issue de ses travaux, le géomètre remet son rapport au greffe du tribunal. Ce rapport est ensuite proposé à la signature des deux parties. Si l'une d'elles refuse encore, le tribunal prononcera alors l'homologation qui s'impose aux voisins concernés.

Signé à l'amiable ou imposé par un juge, le résultat s'applique de la même façon aux deux camps. Aucune procédure ordinaire ne permet ensuite de revenir en arrière.

Le plan cadastral, un document fiscal, pas une preuve

Le plan cadastral, lui, ne pèse rien dans ce genre de litige. Il a été conçu pour calculer l'impôt foncier, pas pour fixer une limite de propriété. Il constitue un document administratif et fiscal, mais non un titre de propriété.

Sa valeur juridique reste celle d'un simple indice.

Ce que répond le géomètre-expert

Interrogé sur cette hiérarchie des preuves, un géomètre-expert la résume sans détour : le cadastre n'a qu'une valeur de « présomption simple », qui s'efface devant toute autre preuve. Le juge, de son côté, ne s'appuie jamais sur ce seul document pour trancher un désaccord entre voisins. Il privilégiera les actes authentiques, les titres de propriété et surtout les conclusions d'un bornage contradictoire.

Seul un professionnel inscrit à l'Ordre peut réaliser un bornage opposable à tous. Uniquement un géomètre-expert inscrit à l'Ordre, en vertu de la loi du 7 mai 1946, peut délimiter juridiquement un terrain et établir un procès-verbal opposable. Le simple géomètre, lui, n'a pas cette compétence. Il ne doit pas être confondu avec le simple géomètre, dont l'activité n'est pas réglementée.

Un repère planté par n'importe qui d'autre ne vaut donc rien juridiquement.

Quand la clôture doit vraiment tomber

Revenons aux trois mètres de grillage. Si le piquet planté à côté provient d'un bornage signé par les deux propriétaires, la limite qu'il matérialise prime sur tout le reste, cadastre compris. La clôture posée du mauvais côté devra alors être déplacée, quelle que soit son ancienneté.

Si aucun bornage n'a jamais eu lieu, ce piquet isolé ne prouve rien de plus qu'un vieux poteau rouillé. Il faut d'abord vérifier qui l'a posé, et sur quelle base juridique.

Sans procès-verbal signé, aucun repère ne fait foi devant un tribunal.

Le bornage n'est pas une obligation légale en France, sauf en cas de division parcellaire. Le procès-verbal de bornage n'est pas toujours obligatoire mais est fortement recommandé lors de la vente d'un terrain. Pour ces trois mètres de clôture en litige, tout se jouera donc sur un seul point : l'existence, ou non, de ce document signé par les deux voisins.

Cropped Favicon Journal Des Seniors Logo.png

Toute l'équipe de rédaction Journal des Seniors vous guide à travers ce sujet qui nous concerne tous : la retraite. Comment l'anticiper, la préparer, et comprendre tous les rouages et informations pratiques pour une retraite paisible.

Aucun commentaire à «Les géomètres ne se fient plus aux vieux piquets pour retracer une limite : ce qu’ils ressortent à la place décide qui devra déposer sa clôture»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires