Fini les héroïnes trentenaires qui paniquent devant leur horloge biologique en sirotant un cocktail entre copines. Youth, la nouvelle création de Sharon Horgan, est disponible sur HBO Max depuis le 21 septembre et déplace le curseur vingt ans plus tard, à un âge que les comédies romantiques préfèrent généralement ignorer.
En cette rentrée où les plateformes rivalisent de séries choc, celle-ci aborde un sujet que peu osent traiter frontalement : le désir, la solitude et la reconstruction amoureuse après la cinquantaine. Huit épisodes composent cette saison inaugurale, diffusés au compte-gouttes jusqu'en novembre, à raison d'un nouvel épisode chaque semaine.
- Youth, créée par Sharon Horgan, est disponible sur HBO Max depuis le 21 septembre, avec huit épisodes diffusés hebdomadairement jusqu'en novembre
- Sharon Horgan y interprète Alex, une agente littéraire divorcée de 50 ans partagée entre deux prétendants, sa famille et sa vie professionnelle
- La série mêle une intimité dépourvue de glamour hollywoodien à une satire du monde de l'édition, incarnée notamment par la romantasy parodique Goblin Seed
Alex, 50 ans, divorcée, et toujours dans la course : le pari culotté de Sharon Horgan
Sharon Horgan campe Alex, agente littéraire divorcée dont le quotidien tient de l'équilibrisme permanent. Entre un fils sur le point de quitter le foyer pour l'université et des parents vieillissants qui réclament attention, elle doit aussi composer avec sa propre vie sentimentale, mise entre parenthèses depuis la séparation.
Deux prétendants gravitent autour d'elle, chacun incarnant une facette différente du désir adulte : l'un séduisant mais insaisissable, l'autre rassurant mais qui ne fait pas vibrer. Quant à son ex-mari, acteur au melon surdimensionné parti tourner à l'étranger, il reste une ombre agaçante qui rappelle à Alex tout ce qu'elle a laissé derrière elle. Ce qui frappe surtout, c'est le refus assumé du glamour hollywoodien dans les scènes d'intimité : on est loin des corps parfaits et des éclairages léchés, plus proche d'une maladresse touchante et souvent hilarante, qui dit beaucoup sur l'écart entre sexe et véritable intimité.
Goblin Seed : quand la satire mord aussi fort que le désir
Au-delà de la comédie sentimentale, Youth s'amuse aussi à croquer le monde de l'édition avec une ironie mordante. Parmi les cibles de choix figure Goblin Seed, une romantasy volontairement grotesque qui lorgne du côté de Twilight, signée par un ancien poulain d'Alex devenu riche après un rejet puis une auto-édition.
Cette satire littéraire donne du relief à un récit qui, sans elle, aurait pu rester cantonné à la seule quête amoureuse. On y retrouve la patte de Sharon Horgan, déjà remarquée pour Motherland, dans cette manière de dépeindre des groupes d'amis et des lieux de travail divers sans jamais donner l'impression de cocher des cases. Le casting s'élargit avec Rupert Friend, révélé début d'année, puis Sharlene Whyte, Aran Murphy et Robbie Gee, arrivés quelques mois plus tard pour compléter cette distribution soignée. Réalisée par Dawn Shadforth, dont le parcours passe par les clips musicaux et une contribution remarquée à His Dark Materials, la série bénéficie d'une mise en scène qui évite l'esthétique trop lisse habituelle des comédies romantiques.
Sharon Horgan n'est pas une inconnue du petit écran : après Pulling, Catastrophe et Bad Sisters, elle confirme avec Youth sa capacité à observer les femmes contemporaines sans filtre ni complaisance. La série, produite par sa société Merman fondée avec Clelia Mountford, s'inscrit dans une filmographie cohérente où le rire côtoie toujours une forme de mélancolie assumée. En osant montrer une quinquagénaire encore en quête de désir et de sens, Youth vient combler un vide que les comédies romantiques classiques n'avaient jamais vraiment exploré. On espère que d'autres productions suivront cette voie, tant le sujet semble aussi riche que sous-exploité jusqu'ici.

