L’option heures creuses promet des économies la nuit, mais elle augmente le tarif en journée. Pour être rentable, il faut décaler au moins 26 % de sa consommation en heures creuses. Avant de basculer, vérifiez votre consommation réelle auprès de votre fournisseur.
J’ai basculé sur une offre à double tarif pour payer ma nuit moins cher : c’est la facture de la journée qui m’a rattrapé

Passer en heures creuses paraît malin sur le papier : un tarif de nuit moins cher, de quoi soulager la facture. Mais le contrat repose sur une mécanique à deux vitesses que beaucoup découvrent après coup. L'option heures pleines / heures creuses propose deux prix du kWh selon la plage horaire de consommation : un prix moins élevé pendant 8 heures creuses par jour et un prix plus élevé pendant les 16 heures pleines. Le prix de la nuit baisse, oui. Celui de la journée grimpe aussi, et c'est souvent ce second mouvement qu'on oublie de lire dans le détail.
L'abonnement change également de tarif. L'abonnement en option heures pleines / heures creuses est plus cher que celui de l'option base. Un surcoût mensuel modeste, mais qui s'ajoute au calcul global.
- Le prix du kWh en heures pleines augmente significativement quand on choisit l'option double tarif.
- L'option heures creuses n'est rentable que si au moins 26 à 30 % de la consommation se décale en heures creuses.
- Les appareils programmables comme le chauffe-eau et l'électroménager migrent facilement la nuit, contrairement à l'éclairage et la cuisson.
- 3,2 millions de foyers perdraient de l'argent avec l'option heures creuses et devraient revenir à l'option base.
Deux prix, un seul piège possible
Concrètement, sur un compteur au tarif réglementé, l'écart entre les deux tarifs de la journée est net. Au tarif réglementé EDF en 6 kVA, le prix du kWh est de 0,1589 € en heures creuses et 0,2142 € en heures pleines. Ce différentiel n'a rien d'anodin : tout ce que vous consommez hors de la plage creuse coûte mécaniquement plus cher qu'avec l'ancienne option Base.
Chez certains fournisseurs alternatifs, l'écart est encore plus marqué. Il peut atteindre plus de sept centimes entre les deux tarifs, selon les grilles publiées en septembre 2026. La logique du double tarif ne pardonne rien à qui consomme surtout en journée.
L'idée derrière ces deux prix est de lisser la demande : des heures creuses moins chères, des heures pleines plus chères. Le réseau électrique respire mieux quand la consommation se répartit sur la journée entière. Mais ce lissage collectif ne devient un gain individuel que si votre foyer suit réellement le mouvement.
Le seuil qu'il faut vraiment dépasser
Voici le chiffre qui manque souvent dans les publicités. L'option heures creuses est rentable si vous pouvez décaler au moins 26 % de votre consommation pendant les heures creuses, au tarif réglementé. En dessous de ce seuil, l'opération devient perdante face à l'option Base.
D'autres sources affinent ce chiffre autour de 30 %. Pour que l'option soit rentable, 30 % de votre consommation doit avoir lieu en heures creuses, au minimum. L'écart entre ces estimations tient aux offres et aux fournisseurs, mais l'ordre de grandeur reste stable : il faut basculer plus d'un quart de sa consommation annuelle, pas juste une lessive de temps en temps.
Avec les offres de marché les plus agressives sur l'écart tarifaire, ce seuil peut descendre. Le seuil peut descendre à 15 % avec certaines offres de marché. Un détail qui change tout selon le fournisseur choisi.
Résultat, tout le monde n'y gagne pas automatiquement. 78 % des usagers en option Heures Pleines/Heures Creuses rentabilisent cette option, avec une économie moyenne de 47,6 €/an. Une majorité gagnante, donc, mais pas une unanimité.
L'inverse existe aussi, et il est significatif. 3,2 millions de foyers gagneraient à passer de l'option HP/HC à l'option base, tandis que 2,9 millions auraient intérêt à changer de base pour HP/HC. Deux populations presque équivalentes, chacune coincée dans le mauvais choix tarifaire.
Ce qui se déplace vraiment la nuit
Tout ne se décale pas avec la même facilité. Certains usages basculent sans effort particulier, d'autres résistent à toute tentative de reprogrammation.
Le chauffe-eau arrive en tête des équipements qui migrent naturellement vers la nuit. Ces heures creuses étant généralement situées la nuit, il faut être assez rigoureux dans votre utilisation des appareils électriques les plus énergivores : chauffe-eau, radiateurs, lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle. Un contacteur jour/nuit ou une simple programmation suffit pour ces appareils qui n'ont besoin d'aucune présence humaine pour fonctionner.
Les foyers équipés d'un ballon d'eau chaude programmable et d'un contacteur jour/nuit, les propriétaires d'un véhicule électrique rechargé pendant les heures creuses, les logements chauffés à accumulation et les foyers avec électroménager programmable lancé la nuit forment le profil type qui rentabilise l'option sans difficulté. Un lave-linge, un lave-vaisselle, un sèche-linge : ces appareils tournent seuls, sans surveillance, et se prêtent parfaitement au décalage nocturne.
Ce qui reste bloqué en journée
L'éclairage ne se déplace pas. On ne repousse pas l'allumage de sa lampe à 23 heures parce que le tarif y est plus doux.
La cuisson non plus. Préparer un repas suit le rythme des repas, pas celui du compteur, et personne ne va décaler son dîner à minuit pour économiser quelques centimes.
La télévision, les ordinateurs, la box internet, tous ces usages liés à la présence dans le logement restent en heures pleines par nature. Ce sont précisément ces postes, incompressibles et quotidiens, qui subissent de plein fouet le tarif de journée relevé. Plus votre vie se déroule dans la journée, plus la part qui échappe au tarif avantageux pèse lourd dans la facture finale.
La vérification qui change tout : lire sa propre facture
Avant de conclure quoi que ce soit, un seul geste compte : regarder la répartition jour/nuit déjà réalisée sur sa consommation actuelle. Cette information existe, elle est déjà enregistrée par votre compteur.
Il n'est pas nécessaire de connaître ses consommations en HP et en HC soi-même : le conseiller téléphonique a accès à la base de données du gestionnaire de réseau Enedis et peut retrouver ces informations, simplement sur demande. Un simple appel permet donc de savoir, avant toute bascule, si votre foyer dépasse déjà naturellement le seuil de 25 à 30 %.
Le calcul se fait ensuite en trois données : la puissance de l'appareil concerné, la durée réelle de son usage, et le prix du kilowattheure appliqué à chaque tranche horaire. Cette méthode, reproductible avec les chiffres de sa propre facture, vaut mieux que n'importe quel pourcentage affiché en gros sur une publicité.
Un détail mérite d'être vérifié aussi de près : les horaires exacts. Depuis le 1er novembre 2025, les heures creuses comprennent au moins 5 heures consécutives la nuit et au maximum 3 heures l'après-midi, mais les plages exactes varient selon la commune. Certains foyers ont même désormais des heures creuses en journée grâce à la production solaire, ce qui change la donne pour qui est présent chez soi l'après-midi.
Chercher à alléger sa facture reste un réflexe parfaitement sain, et personne ne devrait culpabiliser d'avoir tenté l'option. Le problème n'est pas d'avoir basculé, mais d'avoir basculé sans vérifier au préalable si son mode de vie s'y prêtait vraiment. La bascule reste réversible, généralement sans frais, sur simple appel au fournisseur.
Sources : fournisseurs-electricite.com | lesfurets.com | selectra.info