Les grèves de pilotes perturbent régulièrement le trafic aérien en France, et les compagnies aériennes profitent souvent de la confusion des passagers pour refuser toute compensation financière. Beaucoup de voyageurs se voient opposer un refus catégorique lorsqu'ils réclament une indemnisation après l'annulation de leur vol, sous prétexte de "circonstance extraordinaire". Pourtant, la loi européenne dit tout autre chose, et cette méconnaissance coûte cher à des milliers de personnes chaque année.
- Une grève interne au personnel de la compagnie (pilotes, hôtesses) n'est pas une circonstance extraordinaire selon l'arrêt C-28/20 de la CJUE, contrairement à une grève de contrôleurs aériens.
- Le règlement européen CE 261/2004 prévoit une indemnisation de 250 à 600 euros en cas d'annulation ou de retard de trois heures ou plus, si l'annulation est notifiée moins de 14 jours avant le départ.
- Un dossier solide (carte d'embarquement, notification, mails) et un courrier recommandé citant l'arrêt C-28/20 permettent souvent de faire céder les services clients.
Mon vol annulé pour grève des pilotes : le refus injustifié de la compagnie
Un vol annulé la veille du départ, un mail laconique évoquant un "mouvement social interne", et puis plus rien. C'est le scénario classique vécu par de nombreux passagers touchés par les grèves de pilotes et de personnel navigant chez easyJet, notamment lors des mouvements des 15 et 16 août puis des 13 et 14 septembre 2026. Ces débrayages, liés à l'instabilité des plannings et aux conditions de travail des équipages, ont cloué au sol des dizaines de milliers de voyageurs en pleine période estivale.
Face à une demande d'indemnisation, la réponse de la compagnie tombe souvent sans appel : "circonstance extraordinaire", donc aucune compensation due. Un remboursement du billet, parfois un vol de remplacement, mais jamais l'indemnité forfaitaire prévue par la réglementation. Or cette réponse repose sur une interprétation erronée, voire volontairement trompeuse, du droit européen.
La grève interne n'est pas une circonstance extraordinaire selon la CJUE
Le règlement européen CE 261/2004 prévoit une indemnisation comprise entre 250 et 600 euros selon la distance du vol, en cas d'annulation ou de retard de trois heures ou plus à l'arrivée. Cette compensation ne s'applique pas lorsque la compagnie invoque une circonstance extraordinaire, un événement échappant totalement à son contrôle. Une grève de contrôleurs aériens entre dans cette catégorie, puisqu'elle est externe à l'entreprise.
Mais une grève menée par les propres salariés de la compagnie, pilotes ou hôtesses, relève d'une tout autre logique juridique. La Cour de justice de l'Union européenne a tranché la question dans un arrêt devenu une référence pour les litiges aériens, le C-28/20, rendu en 2021. Les juges européens ont estimé qu'un conflit social interne, même imprévisible dans son déroulement, reste un risque inhérent à l'exploitation normale de l'activité de transporteur.
La distinction est donc cruciale : une grève interne (pilotes, personnel navigant) ouvre droit à indemnisation, tandis qu'une grève externe (contrôleurs aériens, aiguilleurs du ciel) en exonère la compagnie. Les transporteurs le savent parfaitement, mais préfèrent souvent miser sur l'ignorance des passagers plutôt que sur la transparence.
Ce qu'il faut retenir pour obtenir son indemnisation de 250 à 600 euros
Certaines conditions doivent être réunies pour prétendre à cette compensation forfaitaire. Le passager doit notamment avoir été informé de l'annulation moins de 14 jours avant la date de départ initialement prévue. Voici les critères principaux à vérifier avant toute réclamation :
- Le vol partait d'un aéroport européen, ou arrivait dans un aéroport européen avec une compagnie européenne
- L'annulation a été notifiée moins de 14 jours avant le départ
- La grève concernait le personnel de la compagnie elle-même, pas les contrôleurs aériens
- Le retard à l'arrivée dépasse trois heures, ou le vol a été purement annulé
Même lorsqu'une véritable circonstance extraordinaire est reconnue, la compagnie reste tenue d'obligations minimales. Elle doit proposer un remboursement intégral sous sept jours, ou un réacheminement vers la destination finale dans des conditions comparables. Ces obligations existent indépendamment du droit à l'indemnité forfaitaire.
Un dossier de réclamation solide s'appuie sur des preuves concrètes : carte d'embarquement, notification de la compagnie, échanges de mails. Un courrier recommandé citant explicitement l'arrêt C-28/20 de la CJUE met souvent fin aux réponses évasives des services clients.
Sur les 20 millions de passagers européens touchés chaque année par des perturbations aériennes, à peine 10 % tentent d'obtenir réparation. La plupart abandonnent face au jargon juridique ou au silence prolongé des compagnies, laissant filer une somme qui leur revenait pourtant de droit.

