Retenir son souffle, le remède universel contre le hoquet, ne fonctionne pas à tous les coups. Les chercheurs ont testé une approche radicalement différente : une paille rigide munie d’une valve qui force à aspirer fort. Ce dispositif repose sur une compréhension fine des mécanismes du hoquet et de nos origines évolutives.
« Je pensais bien faire en retenant mon souffle » : pourquoi, contre le hoquet, les chercheurs ont testé un tout autre geste

Retenir son souffle, c'est le réflexe presque universel face au hoquet. Le geste ne fonctionne pourtant pas à tous les coups, et les chercheurs qui se sont penchés sur la question ont fini par tester tout autre chose : une paille rigide munie d'une valve, qui oblige à aspirer fort avant d'avaler. L'idée paraît étrange. Elle repose pourtant sur une compréhension assez fine de ce qui se passe dans la gorge au moment du spasme.
Le hoquet reste un mystère physiologique.
Personne ne sait vraiment pourquoi ce réflexe existe, ni à quoi il sert chez l'être humain adulte. Une équipe de chercheurs, menée par Christian Straus à l'université de Calgary, a proposé en 2003 dans la revue BioEssays une explication qui sort tout droit de l'évolution des vertébrés.
- Le hoquet serait un vestige de la respiration branchiale de nos ancêtres amphibiens, persistant depuis des millions d'années.
- Une paille spéciale munie d'une valve (FISST) mobilise simultanément le diaphragme et l'épiglotte pour recalibrer les nerfs impliqués.
- Une étude rapporte 92 % de succès avec ce dispositif, bien que la recherche clinique reste insuffisante pour valider définitivement son efficacité.
Une hypothèse venue du fond des étangs
Les chercheurs sont partis du principe que le générateur de rythme respiratoire des vertébrés inférieurs constitue la base sur laquelle se sont développés les circuits respiratoires des vertébrés supérieurs. Le hoquet se caractérise par une fermeture de la glotte pendant l'inspiration et par une apparition précoce dans le développement, en lien avec la ventilation pulmonaire. Deux détails qui, pris isolément, n'ont l'air de rien.
Mis bout à bout avec d'autres observations, ils dessinent une piste plus large. Le hoquet est inhibé quand la concentration de gaz carbonique inhalé augmente, et il peut être supprimé par le baclofène, un agoniste des récepteurs GABAB. Ces propriétés ne sont pas propres à l'humain.
Elles seraient partagées par les rythmes ventilatoires des vertébrés inférieurs, ce qui conduit à l'hypothèse que le hoquet serait l'expression de programmes moteurs archaïques, en particulier celui de la ventilation branchiale chez les animaux à respiration mixte comme la plupart des grenouilles. le circuit nerveux qui produit nos spasmes respiratoires viendrait tout droit de nos lointains cousins amphibiens, ceux qui respirent à la fois par les branchies et par les poumons. Reste une question : pourquoi ce vieux programme moteur a-t-il survécu chez les mammifères, qui n'ont plus de branchies depuis longtemps ? Le circuit aurait persisté parce qu'il a permis le développement d'autres fonctions utiles du pharynx et des muscles thoraciques, comme la succion ou la respiration normale.
L'hypothèse date de plus de vingt ans. Elle n'a jamais été formellement infirmée, mais elle n'a pas non plus été démontrée au sens strict : c'est un scénario évolutif cohérent, appuyé sur des indices convergents, pas une certitude gravée dans le marbre.
Pourquoi le hoquet s'arrête, ou pas, tout seul
Dans l'immense majorité des cas, il n'y a d'ailleurs rien à faire. Un hoquet ne dure normalement que quelques minutes, rappelle le service public de santé britannique, le NHS. Il est souvent déclenché par le stress, par de fortes émotions comme l'excitation, ou tout simplement par le fait de manger et de boire. Rien d'inquiétant, donc, dans la grande majorité des épisodes.
Il existe cependant un seuil au-delà duquel la vigilance s'impose. Dans de rares cas, un hoquet qui dure plus de 48 heures peut être lié à une maladie ou à un médicament pris par la personne. Le NHS recommande alors de consulter un médecin, en particulier si les épisodes reviennent très fréquemment et finissent par perturber le quotidien.
Face à un hoquet ordinaire, les remèdes de grand-mère ne manquent pas : sac en papier, eau glacée, sucre, citron, apnée volontaire. Le NHS précise cependant qu'il n'existe aucune preuve que ces méthodes fonctionnent pour tout le monde. Quand aucune cause médicale n'est identifiée mais que le hoquet s'installe, un médecin peut prescrire de la chlorpromazine, un traitement qui, là encore, ne marche pas systématiquement.
Le geste que les chercheurs ont préféré à l'apnée
C'est dans ce contexte de solutions bricolées qu'un dispositif un peu particulier a attiré l'attention des chercheurs américains. Le FISST est un tube rigide muni d'une valve d'entrée qui exige un effort d'aspiration pour tirer l'eau d'un verre vers la bouche ; la génération d'une forte pression négative intrathoracique nécessite une contraction du diaphragme, immédiatement suivie de la fermeture de l'épiglotte. Deux mécanismes, activés en même temps.
Le dispositif est commercialisé sous le nom HiccAway. Son principe repose sur l'idée qu'un geste qui mobilise à la fois le diaphragme et l'épiglotte pourrait recalibrer les nerfs phrénique et vague, ceux-là mêmes impliqués dans le déclenchement du hoquet.
En 2021, la revue JAMA Network Open a publié une évaluation de cet outil. L'équipe, dont fait partie James Alvarez, a interrogé des volontaires du monde entier via un questionnaire en ligne. Sur les 674 personnes ayant reçu le dispositif, 249 réponses ont finalement été validées et analysées.
Les résultats affichés sont impressionnants. FISST aurait arrêté le hoquet dans près de 92 % des cas et aurait été jugé favorablement par rapport aux remèdes maison, quelles que soient les caractéristiques démographiques, la fréquence ou la durée des épisodes de hoquet. 90,1 % des répondants l'ont trouvé plus efficace que les astuces traditionnelles, et aucun effet indésirable n'a été signalé.
Une étude prometteuse, mais pas une preuve
Ces chiffres méritent d'être regardés de près, tant la méthode utilisée s'éloigne des standards habituels de la recherche clinique.
Il n'y avait pas de groupe témoin dans cette étude. Les résultats reposaient uniquement sur des questionnaires en ligne remplis par les utilisateurs eux-mêmes, donc sur des impressions subjectives plutôt que sur des mesures objectives. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent que de futures études devront évaluer l'efficacité du FISST par des essais cliniques randomisés. Un détail complique encore l'interprétation : l'un des coauteurs de l'étude, Ali Seifi, est aussi l'inventeur du dispositif et détenteur du brevet, ce qui n'invalide pas les résultats mais impose une lecture prudente.
Le dispositif a d'ailleurs poursuivi sa carrière commerciale, avec un passage remarqué dans l'émission américaine Shark Tank et une distribution qui s'est étendue depuis. La popularité grand public d'un objet n'équivaut cependant jamais à une validation scientifique solide.
Ce que la recherche ne sait toujours pas trancher
Le flou scientifique ne s'arrête pas à cette paille. Une synthèse publiée en 2015 dans Alimentary Pharmacology & Therapeutics, portant sur 15 études et 341 patients souffrant de hoquet persistant ou rebelle, concluait qu'il n'existait aucune donnée de haute qualité sur laquelle fonder des recommandations de traitement. Près d'une décennie plus tard, et malgré l'engouement pour des solutions comme le FISST, ce constat reste largement d'actualité : contre le hoquet chronique, la médecine tâtonne encore autant qu'elle innove.
Sources : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov | academia.edu | onlinelibrary.wiley.com