Un jeune génie des mathématiques, un professeur de Harvard aux méthodes inquiétantes, et des décennies plus tard, un pays terrorisé par des colis piégés. Depuis le 25 septembre, Netflix propose Unabomber, un drame signé Janus Metz Pedersen qui revient sur la jeunesse de Ted Kaczynski, avant qu'il ne devienne l'un des terroristes les plus recherchés des États-Unis, responsable de 3 morts et de plus de 20 blessés.
En cette rentrée où les plateformes multiplient les fictions true crime, ce film choisit un angle moins attendu : plutôt que de s'attarder sur la traque, il interroge ce qui a bien pu transformer un étudiant surdoué en poseur de bombes.
- Depuis le 25 septembre, Netflix propose « Unabomber », un drame de Janus Metz Pedersen qui explore la jeunesse de Ted Kaczynski et ses années à Harvard aux côtés du professeur Henry Murray, joué par Russell Crowe.
- Le film alterne cette trame universitaire avec une traque du FBI dans les années 1990, menée par l'agente Joanne Miller, une partie jugée par les critiques moins convaincante que le volet Harvard.
- Il s'agit d'une fiction inspirée de faits réels qui suggère un lien entre les expériences psychologiques subies à Harvard et la radicalisation de Kaczynski, une thèse que le vrai Ted Kaczynski a toujours contestée.
Harvard, le vrai point de départ du cauchemar
C'est là que le film trouve sa matière la plus troublante. À la fin des années 1950, le jeune Ted Kaczynski, incarné par Jacob Tremblay, intègre Harvard. Il y croise la route de Henry Murray, professeur de psychologie joué par Russell Crowe, qui mène en réalité des expériences pour le compte de la CIA, dans la lignée des tristement célèbres méthodes de manipulation mentale façon L'Homme au bras d'or.
À ses côtés, Annabelle Wallis prête ses traits à Christiana Morgan, sa partenaire académique. Ces expériences ont réellement eu lieu et sont aujourd'hui considérées comme non éthiques. Le film choisit de suggérer un lien direct entre ces manipulations et la dérive meurtrière future de Kaczynski, une thèse que le vrai Ted Kaczynski a pourtant toujours contestée. Ce parti pris scénaristique donne lieu à des scènes glaçantes, portées par une interprétation de Jacob Tremblay saluée pour son intensité : il dépeint un jeune homme incapable de la moindre connexion humaine, presque étranger à lui-même.
Une double temporalité qui divise les critiques
Le film alterne ces années Harvard avec une seconde trame, située dans les années 1990, où l'agente du FBI Joanne Miller, interprétée par Shailene Woodley, tente de mettre la main sur le terroriste. Problème : cette partie, plus classique dans sa construction, peine à convaincre autant que le récit universitaire.
Les critiques s'accordent à dire que le format thriller policier manque de souffle face à l'originalité du volet Harvard. Le scénario, écrit par Sam Chalsen et Nelson Greaves, reste également en surface sur la psychologie profonde du personnage, préférant montrer sa colère plutôt que d'en explorer les racines. Un choix qui a valu au film une comparaison peu flatteuse à une copie d'étudiant ayant retenu toutes les dates sans en saisir le sens véritable.
Unabomber a quand même des atouts à faire valoir
Malgré ces réserves, Unabomber reste un thriller efficace, porté par des interprétations solides, en particulier celle de Jacob Tremblay, jugée aussi convaincante que dérangeante. Le film souffre néanmoins de sa structure éclatée entre deux époques, qui dilue parfois la tension qu'il cherche à construire. Il convient enfin de le rappeler : il s'agit d'une œuvre de fiction inspirée de faits réels, non d'un documentaire.
La simplification de certains ressorts psychologiques, notamment le lien suggéré entre les expériences de Harvard et la radicalisation de Kaczynski, mérite d'être regardée avec la distance nécessaire. Reste que ce type de récit, qui préfère creuser les origines d'un basculement plutôt que de s'attarder sur la chasse à l'homme, change des habituels polars policiers.



