Depuis le 1er juillet 2024, les supermarchés de plus de 400 m² doivent afficher un panneau spécifique quand un produit voit sa quantité diminuer sans baisse de prix. Cette obligation légale, née de l’arrêté du 16 avril 2024, vise à démasquer la shrinkflation, cette pratique marketing qui réduit le contenu tout en maintenant le prix.
Fini les paquets qui fondent en douce au même prix : les supermarchés doivent désormais afficher ce petit panneau dans le rayon

Un paquet de gâteaux racheté par réflexe depuis des années, la même marque, le même prix affiché en rayon. Mais en le soupesant, quelque chose cloche : il paraît plus léger que dans son souvenir. Ce n'est pas une impression. Depuis le 1er juillet 2024, les enseignes ont l'obligation légale de signaler ce genre de tour de passe-passe, directement sur l'étagère.
La pratique porte un nom peu élégant, la réduflation, plus connue sous son équivalent anglais, la shrinkflation. Elle consiste à réduire le poids ou le volume d'un produit tout en maintenant son prix, voire en l'augmentant légèrement. Le consommateur paie alors plus cher au kilo ou au litre sans forcément s'en rendre compte, puisque l'emballage reste souvent identique.
- Un panneau obligatoire doit signaler les changements de quantité et hausse de prix au kilo ou au litre dans les supermarchés depuis juillet 2024
- Le texte affiché est imposé mot pour mot avec les chiffres exacts de l'ancienne et nouvelle quantité, plus le pourcentage de hausse
- L'étiquette n'est obligatoire que pendant deux mois après la mise en vente du produit réduit, puis elle disparaît
Une règle née d'un arrêté publié en avril 2024
Le texte qui encadre cette obligation s'appelle l'arrêté du 16 avril 2024. Il vise les distributeurs du secteur de la distribution à prédominance alimentaire pour les magasins de plus de 400 mètres carrés. votre supérette de quartier de 150 m² n'est pas concernée, mais le grand hypermarché où vous faites vos courses hebdomadaires, si.
Le gouvernement de l'époque n'avait pas mâché ses mots pour justifier la mesure. Selon Bruno Le Maire, alors ministre de l'Économie, « La pratique de la shrinkflation est une arnaque ! Nous y mettons fin. » Une formule brutale, presque étonnante dans la bouche d'un ministre, mais qui reflète l'agacement accumulé par des années de paquets qui rétrécissent en silence.
Le principe est limpide sur le papier. Ces pratiques ont pour effet de masquer la diminution de quantité de certains produits préemballés, alors que leurs prix sont maintenus voire augmentés, et une affichette doit être apposée à proximité du produit lorsque sa quantité diminue et que son prix reste inchangé ou augmente.
Une phrase unique, imposée mot pour mot
Voici l'élément le plus concret de cette réglementation : le texte à afficher est fixé, sans marge d'improvisation pour l'enseigne. La mention d'information qui devra être affichée sur l'emballage du produit ou sur une étiquette placée à proximité du produit concerné est la suivante : « Pour ce produit, la quantité vendue est passée de X à Y et son prix au (unité de mesure) a augmenté de …% ou …€. »
Pas de formule maison, pas de tournure édulcorée. Le magasin doit remplir les blancs avec les vrais chiffres, l'ancienne quantité, la nouvelle, et le pourcentage ou le montant de la hausse au kilo, au litre ou à l'unité. Cette étiquette doit en outre respecter la même taille de caractères que le prix unitaire habituel, pour qu'elle ne se dilue pas dans le décor du rayon.
Un détail change la donne : ce panneau ne concerne pas uniquement les produits vendus au poids ou au volume. Il s'applique aussi lorsque c'est le nombre d'unités dans un lot qui a baissé, un paquet de biscuits individuels qui passe de dix à huit pièces, par exemple, pour le même prix affiché en façade.
Une durée d'affichage limitée dans le temps
Cette information n'est pas permanente. Cette information devra être apportée par les distributeurs dans les grandes et moyennes surfaces, à proximité immédiate des produits concernés, durant les deux mois qui suivent la mise en vente du produit dans sa quantité réduite. Passé ce délai, l'étiquette disparaît, même si le nouveau format reste en vente.
Ce choix a une logique commerciale évidente. Deux mois suffisent, dans l'esprit du texte, pour que les clients fidèles d'un rayon remarquent le changement et ajustent leur perception du prix réel. Reste que pour un acheteur occasionnel, qui ne passe devant ce produit qu'une fois par trimestre, la fenêtre peut se refermer avant qu'il n'ait eu l'occasion de la voir.
La vigilance reste donc de mise. Un produit racheté il y a six mois, dont le format a changé sans que vous l'ayez remarqué à l'époque, ne portera plus aucune étiquette aujourd'hui, même si la baisse de quantité, elle, est toujours bien réelle sur l'emballage actuel.
Ce que la loi couvre, et ce qu'elle laisse de côté
Le champ d'application mérite d'être précisé, car il a ses limites. Les obligations d'informations légales relatives à la « shrinkflation » concernent les produits préemballés de grande consommation, mais ne sont pas concernées les denrées alimentaires préemballées à quantité variable ou vendues en vrac.
Concrètement, un fromage à la coupe vendu en vrac, dont le poids varie naturellement d'une pièce à l'autre, échappe à cette obligation. Le rayon des conserves, lui, entre pleinement dans le champ visé, puisqu'il s'agit typiquement de produits préemballés à quantité nominale fixe, le format même qui a le plus servi de terrain de jeu à la réduflation ces dernières années.
Une nuance technique compte aussi : la nouvelle obligation d'information s'impose quelle que soit l'ampleur de la variation de quantité et de la hausse prix que celle-ci induit. Même une baisse minime, quelques grammes à peine, déclenche donc théoriquement l'affichage, dès l'instant où elle se traduit par une hausse du prix rapporté à l'unité de mesure.
Une méfiance qui dépasse les rayons de supermarché
Cette suspicion envers ce qu'on paie sans vraiment le mesurer n'est pas nouvelle. Elle rappelle d'autres achats où le consommateur découvre, une fois la livraison faite, qu'il manquait presque un tiers de ce qui avait été annoncé, comme cela peut arriver avec du bois de chauffage vendu au stère sans contrôle rigoureux du volume réel.
Dans les deux cas, le problème est le même : une unité de mesure floue ou un emballage trompeur permettent de vendre moins pour le même prix, sans que l'acheteur puisse vérifier facilement sur place. L'étiquette imposée en rayon depuis 2024 tente justement de combler ce trou noir, en rendant visible ce qui, avant, ne se découvrait qu'en comparant deux tickets de caisse espacés de plusieurs mois.
Beaucoup de clients ignorent d'ailleurs qu'une règle existe déjà, depuis longtemps, sur l'affichage du prix au kilo dans les rayons de conserves et d'épicerie, un repère précieux mais souvent négligé au moment de comparer deux formats du même produit.
Que faire concrètement en rayon
Le réflexe à adopter est simple. En passant devant un produit habituel, jetez un œil rapide à l'étiquette de prix, pas seulement au prix total, mais au prix ramené au kilo ou au litre, inscrit en petit juste en dessous.
Si une étiquette rectangulaire mentionne un changement de quantité et une hausse de prix au kilo, elle doit obligatoirement reprendre la formule légale, avec les deux chiffres, l'ancien format et le nouveau, mis côte à côte.
L'absence d'étiquette ne garantit rien non plus. Un produit dont le format a changé il y a plus de deux mois ne sera plus signalé, même si la réduction de quantité, elle, perdure sur les étagères depuis cette date.
Le vrai outil de vigilance reste donc votre mémoire de client fidèle, doublée d'un coup d'œil régulier au prix unitaire. La loi offre une fenêtre d'alerte de deux mois, ni plus ni moins : au-delà, c'est à vous de comparer, de vous souvenir, et parfois de vous étonner qu'un paquet ait discrètement changé de silhouette sans prévenir personne.
Sources : processalimentaire.com | entreprendre.service-public.gouv.fr