Un week-end en Champagne à bord de l’Audi la plus puissante jamais produite

Le soleil entre doucement dans la chambre à travers les grandes baies vitrées. Dehors, les premiers rayons réchauffent les coteaux de Mutigny et font peu à peu changer de couleur les rangs de vigne. Dans ces matins-là, l’heure perd vite de son importance. Quelques longueurs dans la piscine face à la vallée peuvent bien retarder le départ.

Avatar
Par Julien Thoraval

Vous aimez notre contenu ?

Ajoutez-nous à vos
favoris Google

Sur le parking du Loisium attend pourtant une raison assez sérieuse de reprendre la route : une Audi RS e-tron GT Performance, 925 ch en Launch Control et le titre, pour quelques mois encore, de voiture de série la plus puissante jamais produite par la marque.

Drôle de monture pour une escapade champenoise ? Pas tant que cela. Entre patrimoine automobile, petites routes forestières, grandes maisons, vignes et bonnes tables, la région offre justement tout ce qu’il faut pour éprouver une certaine idée du grand tourisme.

Reims-Gueux, là où tout commence

La veille, le week-end avait débuté à Reims-Gueux. Les courses ont disparu depuis 1972, mais les anciens stands et la tribune bordent toujours la longue ligne droite. Les publicités peintes ont pâli sur les murs ; le lieu, lui, continue d’attirer les passionnés.

Dans son gris Nimbus, l’Audi semble presque naturellement trouver sa place dans ce décor chargé d’histoire. Basse, très large, avec un pavillon qui ne dépasse pas 1,41 mètre, elle possède davantage les proportions d’un coupé que celles d’une berline traditionnelle.

L’anachronisme apparaît sous le long capot : pas un cylindre. Deux moteurs électriques développent jusqu’à 925 ch, de quoi expédier le 0 à 100 km/h en 2,5 secondes. La RS e-tron GT est assemblée à Böllinger Höfe, à Neckarsulm, là même où Audi construisait autrefois la R8.

Audi Rs E Tron Gt Perf 0482
Crédit : Julien Thoraval

Quelques kilomètres plus loin, les grandes lignes droites laissent place aux forêts de la Montagne de Reims. Ici, la route monte, tourne et se resserre jusqu’à une succession d’épingles. La puissance impressionne, évidemment. Appuyer franchement sur l’accélérateur suffit à faire arriver le prochain virage beaucoup plus vite que prévu.

Mais le plus étonnant reste l’aisance de cette voiture de près de cinq mètres et 2,4 tonnes. Les quatre roues directrices et la suspension active de notre exemplaire lui donnent une agilité inattendue, tandis que la caisse reste presque parfaitement à plat.

Puis il suffit de lever le pied pour retrouver une autre voiture. Le silence revient, la suspension filtre la route et les sièges font oublier les kilomètres. C’est probablement là que la notion de grand tourisme prend tout son sens.

Un phare, une montagne et l'avenue la plus chère du monde, la Champagne, terre de curiosité

La forêt finit par s’ouvrir sur Verzenay. Son phare, construit en 1909 au milieu des vignes, fait partie de ces curiosités que l’on ne s’attend pas forcément à croiser en Champagne. Un peu plus loin, le moulin domine lui aussi les coteaux.

Entre les deux, la plaine de Reims s’étend derrière les premiers rangs de vigne. L’endroit mérite qu’on coupe le moteur — façon de parler — et qu’on sorte l’appareil photo.

Audi Rs E Tron Gt Perf B9939
Crédit : Julien Thoraval

La route descend ensuite vers Épernay. En fin d’après-midi, l’avenue de Champagne change complètement d’ambiance. Moët & Chandon, Perrier-Jouët et les autres grandes maisons alignent façades et hôtels particuliers sur un peu plus d’un kilomètre. À trente kilomètres à l’heure, les 925 ch ne servent évidemment plus à grand-chose. Le coffre, davantage.

Avec 350 litres annoncés, la grande Audi impose quelques choix après une halte œnologique. Deux cartons de six bouteilles, les valises et les sacs photo occupent déjà une bonne partie de la malle. Ceux qui envisagent de ramener une demi-cave devront probablement faire confiance au service de livraison.

Une nuit dans les vignes de Mutigny

Quelques kilomètres encore et la route quitte Épernay pour remonter vers Mutigny. Le Loisium apparaît à la lisière de la forêt, posé au-dessus des vignes avec ses façades de bois blond et ses grandes baies vitrées.

La RS réserve alors une petite attention inattendue. À l’ouverture de la portière, sa suspension active relève la carrosserie d’une bonne cinquantaine de millimètres afin de faciliter la sortie. Quelques heures plus tôt, le même système maintenait près de 2,4 tonnes à plat dans les virages. Ici, il joue les majordomes.

À l’intérieur, le cabinet Jouin Manku a privilégié un minimalisme sombre et de larges ouvertures sur le paysage. La chambre domine directement les coteaux.

Le dîner se poursuit à La Table des Amis. Un cœur de saumon Bømlo fumé maison et ses blinis au sarrasin précèdent un maigre de Corse au fenouil confit à l’orange. Le sommelier puise dans une cave de 4 000 flacons ; je confesse avoir mieux retenu les bulles que les étiquettes. Un vacherin aux fruits rouges accompagné de son sorbet fraise-Champagne referme la soirée.

Puis vient ce réveil face aux vignes. Le soleil gagne lentement la chambre, la lumière change sur les coteaux et le vert profond prend des nuances plus chaudes. Le genre de matin que l’on aimerait étirer un peu avant de reprendre la route.

Quand le temps va trop vite

Quelques détours supplémentaires dans les paysages champenois permettent de retarder l’autoroute, mais il faut bien finir par rentrer. Et avec une électrique de 925 ch, la question de la recharge finit forcément par se poser.

Une borne renseignée dans le GPS déclenche automatiquement le préconditionnement de la batterie de 97 kWh utiles. Lors de notre premier arrêt, commencé autour de 25 %, la puissance grimpe jusqu’à 296 kW. Plus parlant encore : 60 kWh sont délivrés en 15 min 38 s. Une deuxième halte permettra d’en récupérer 52 en quinze minutes. À peine le temps de marcher quelques mètres et de prendre un café.

Sur les quelque 800 kilomètres du week-end, la consommation a oscillé entre 23 et 25 kWh/100 km. Les performances ont parfois été exploitées et le parcours n’avait rien d’un cycle d’homologation. Plus important pour un tel voyage, les arrêts recharge n’ont jamais réellement cassé le rythme.

C’est finalement ce que cette escapade en Champagne aura le mieux montré. Les 925 ch font évidemment partie du spectacle, mais ils ne constituent qu’une facette de l’expérience. La même voiture peut grimper avec une étonnante agilité dans la Montagne de Reims, traverser Épernay au pas, avaler plusieurs centaines de kilomètres dans le silence puis attendre tranquillement face aux vignes pendant que le jour se lève.

Pour un week-end à deux, il existe des moyens nettement moins coûteux de découvrir la Champagne (à partir de 170 000€, près de 30 000€ supplémentaires pour la configuration essayée). Peu réunissent avec autant de facilité le voyage et l’envie de prendre la route la plus longue.

Avatar

Journaliste et photographe éditorial, je couvre l’automobile, l’art de vivre et les territoires à travers des récits où le texte et l’image se répondent. Mon approche repose sur une conviction : un essai, un objet ou une rencontre ne se résument pas à leurs caractéristiques. Ils prennent sens dans un lieu, une lumière et une histoire, fruit de cette alchimie.

Aucun commentaire à «Un week-end en Champagne à bord de l’Audi la plus puissante jamais produite»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés
* Champs obligatoires