Le farouch, ce trèfle incarnat aux racines historiques provençales, revient en grâce auprès des agronomes. Cet ancien semis d’automne couvre la terre nue pendant l’hiver et enrichit le sol en azote, un atout redécouvert pour le potager familial.
Les anciens l’appelaient le farouch : aujourd’hui les agronomes confirment le pouvoir de ce semis d’automne pour nourrir le sol du potager

Farouch : c'est le nom d'un trèfle incarnat, utilisé généralement comme fourrage. Le CNRTL range le mot parmi les termes botaniques régionaux, notamment de Provence. Ce vieux semis d'automne retient aujourd'hui l'attention des agronomes pour ce qu'il laisse derrière lui dans le sol.
Beaucoup se souviennent d'un grand-père qui ne laissait pas la terre nue.
- Le farouch est un trèfle incarnat, Trifolium incarnatum, attesté en français depuis 1796 comme fourrage régional du Midi.
- La plante résiste aux hivers ordinaires jusqu'à -13 °C et se sème à 2-3 cm de profondeur en automne.
- Les agronomes reconnaissent un effet bénéfique en azote sur les cultures suivantes, notamment le maïs et la pomme de terre.
- Le trèfle incarnat ne fleurit qu'au printemps avec des fleurs rouges en forme de cône, sans intérêt pour les butineurs d'automne.
Un nom du Midi, attesté depuis 1796
Le mot vient du provençal moderne farouch, qui lui-même dérive du catalan farratge. Le CNRTL le relève en français dès 1796, dans l'Encyclopédie méthodique. Le Littré le décrit comme un trèfle incarnat cultivé en grand comme fourrage et consommé en vert. Le poète Francis Jammes l'évoquait encore en 1898, du côté des fermes, dans un recueil de vers.
Un traité vétérinaire de 1843 lui réservait un compliment sans détour : « Le farouch ou trèfle rouge est l'un des meilleurs fourrages pour les ruminants. » Ce n'était donc pas une plante de décor, mais un outil de ferme.
Le Wiktionnaire lui connaît d'autres noms anciens, foin rouge ou trèfle du Roussillon. Un auteur toulousain de 1869 le disait fourrage annuel fort en usage en Haute-Garonne. Un manuel de 1958 le citait encore parmi les fourrages annuels d'hiver, souvent appelé farouch.
Ce que reconnaît la fiche ARVALIS
Du côté de l'agronomie, la fiche « couvert » d'ARVALIS (Institut du végétal) classe le trèfle incarnat, Trifolium incarnatum, parmi les légumineuses. C'est aussi une espèce hivernante, qui passe la saison froide sur la parcelle.
Le mot-clé de cette fiche reste l'azote, toujours au conditionnel.
Les agronomes reconnaissent un effet potentiellement bénéfique en azote sur le maïs suivant. Ils notent aussi un effet potentiellement bénéfique sur la fertilisation de la pomme de terre. Ces deux cultures relèvent des grandes surfaces agricoles, pas du carré de légumes. Rien n'est écrit, dans ce que j'ai lu, sur un résultat en potager familial, et il vaut mieux garder cette frontière en tête avant de rêver de récoltes record.
La fiche précise que l'espèce est riche en matière azotée lorsqu'on la valorise en fourrage. Elle n'est pas non plus hôte de l'Aphanomyces des pois, une maladie qui touche cette culture.
Semer, puis laisser l'hiver passer
La graine se dépose à 2-3 cm de profondeur, indique ARVALIS. La fiche ne donne aucun calendrier de semis pour le jardin, et je ne vous en inventerai pas. Votre fournisseur de graines, ou un groupement de jardiniers de votre région, saura dire quelle période convient chez vous.
Côté froid, la fiche indique que la plante n'est détruite par le gel que sous -13 °C. Un hiver ordinaire devrait donc laisser le tapis en place.
Reste la question du moment où l'on fauche ou enfouit le couvert au printemps. La fiche pure ne fixe pas de règle pour un jardin, et celles des mélanges parlent de destruction tardive pour le maïs. À vous d'observer votre carré et de noter ce que vous faites.
Aucune source consultée ne chiffre un gain de rendement au potager.
Pas d'abeilles en octobre
Ne comptez pas sur des butineurs cet automne : la fiche précise que le trèfle incarnat ne fleurit pas à cette saison.
La fleur rouge, en forme de cône, n'apparaît qu'au printemps. Elle explique le nom de « foin rouge » et le surnom de trèfle rouge de l'ancien traité. Un carré de potager fleuri de cette couleur, en avril, n'a rien d'une punition.
Les fiches ARVALIS consacrées aux mélanges recommandent par précaution d'éviter un couvert de légumineuses avant féverole ou lupin, surtout en pur. Si ces cultures figurent dans votre rotation, choisissez un autre emplacement pour le farouch.
La terre qu'on ne laissait pas nue
Ce réflexe d'autrefois relève du bon sens plus que du folklore. Un carré vidé de ses légumes reste nu tout l'hiver si on ne fait rien. Le tapis de farouch lui donne une couverture verte, et les agronomes documentent son intérêt azoté, sur de grandes cultures.
Un seul carré suffit pour essayer. Comparez-le au printemps avec un voisin resté nu, et notez vos dates.
Dans le Val de Loire et la Beauce, le même trèfle se dirait « fareau », déformation supposée du mot languedocien farouch, signifiant foin rouge. L'information vient d'une encyclopédie locale citée par le Wiktionnaire, donc à prendre au conditionnel. Selon la région, vos voisins plus âgés connaissent peut-être encore l'un de ces deux noms.
Sources : fiches.arvalis-infos.fr | biodiv-paysdelaloire.fr
