Les adaptations de grands classiques littéraires ne garantissent jamais un succès d'audience, mais celle-ci coche toutes les cases. Depuis le 1er octobre 2026, Netflix diffuse A l'Est d'Eden, mini-série en sept épisodes tirée du roman de John Steinbeck, et le pari semble gagné haut la main. La série occupe désormais la première place du top Netflix France, détrônant au passage L'Arène, et récolte des critiques plutôt favorables à l'international.
Portée par Florence Pugh dans un rôle d'anti-héroïne qui dérange, cette fresque familiale doit beaucoup à sa scénariste, Zoe Kazan, petite-fille du cinéaste qui avait déjà adapté ce même roman en 1955. Entre transmission et réécriture, la série intrigue autant qu'elle captive.
- Depuis le 1er octobre 2026, la mini-série A l'Est d'Eden, adaptation du roman de Steinbeck, domine le top Netflix France devant L'Arène.
- Scénarisée par Zoe Kazan, petite-fille d'Elia Kazan, la série réhabilite le personnage de Cathy Ames, incarnée par Florence Pugh, en l'étirant sur plusieurs générations de la guerre de Sécession à la Première Guerre mondiale.
- Si la prestation de Florence Pugh est saluée, certains critiques jugent que l'écriture reste en surface dans l'exploration de la nature humaine.
Cathy Ames, le personnage qui change tout
Tout commence dans la violence. Cyrus Trask, ancien vétéran de la guerre de Sécession, élève ses deux fils Adam et Charles dans la brutalité et la rivalité, posant d'emblée les bases d'une histoire inspirée de Caïn et Abel, transposée sur trois générations dans l'Ouest américain. Puis surgit Cathy, ensanglantée, rampant jusqu'à la maison des Trask dès la scène d'ouverture. Ce basculement initial annonce un drame qui ne va cesser de s'étendre.
Le deuxième épisode remonte le fil de son passé trouble : manipulation, prostitution, incendie criminel, fausse mort, abandons successifs de maris et d'un enfant. On comprend vite que Cathy n'est pas une simple pièce rapportée dans le récit des frères Trask, mais le véritable moteur de toute l'intrigue.
Zoe Kazan réécrit l'héritage de son grand-père
Voilà le vrai sujet de cette nouvelle version : comment Zoe Kazan corrige la vision de Cathy proposée par le film de son grand-père et transforme une figure longtemps réduite à la simple méchante en personnage central et complexe. Le film d'Elia Kazan, sorti en 1955 avec James Dean, n'adaptait qu'une partie du roman, celle centrée sur Cal et Aron adolescents. Zoe Kazan confie avoir ressenti, en regardant ce film pourtant culte, l'absence de ce qu'elle aimait le plus dans le livre : le personnage de Cathy Ames et l'aspect intergénérationnel de l'histoire.
Sa série répare donc ce manque, en étirant le récit sur plusieurs décennies, de la guerre de Sécession jusqu'à la Première Guerre mondiale. Pour incarner cette Cathy réinventée, la scénariste s'est tournée vers Florence Pugh, marquée par sa prestation dans le film d'horreur Midsommar. Un choix payant : l'actrice britannique livre ici une Cathy présentée non plus comme une incarnation du mal absolu, mais comme une âme libre, noire certes, mais qui refuse les diktats d'une société patriarcale. Autour d'elle, Christopher Abbott campe Adam Trask, son mari, Mike Faist incarne Charles, le demi-frère de ce dernier, et Joseph Zada reprend le rôle de Cal, celui qui avait propulsé James Dean au rang de star en 1955.
La critique reste toutefois partagée sur la profondeur réelle de l'écriture : si l'interprétation de Florence Pugh est saluée, certains observateurs estiment que le personnage demeure difficile à rendre pleinement crédible, l'exploration de la nature humaine restant en surface malgré une mise en scène soignée.
Reste que ce succès populaire, couplé à cette tentative affirmée de réhabiliter une figure féminine longtemps caricaturée, fait de A l'Est d'Eden bien plus qu'une simple adaptation de plus. C'est une œuvre qui dialogue ouvertement avec son propre héritage, et qui donne, par ricochet, une nouvelle jeunesse à un roman vieux de plus de soixante-dix ans.


